La place de l’intuition chez l’aide-soignant en gériatrie[1]

follow your intuition phrase handwritten on blackboard

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La présence quotidienne des aides-soignants auprès des malades fait que chaque intervention apporte un regard neuf et continu à l’équipe. Il existe dans une  journée de travail de multiples situations où l’aide-soignant pourra « sentir » les choses, non seulement auprès du patient mais également auprès de l’entourage de ce même patient.

La proximité établie entre soignants et soignés amène souvent les premiers à trouver des réponses intuitives aux divers problèmes qui se présentent au quotidien: « Au-delà de l’apparente banalité des petits tracas résolus, il y a tout un travail de soutien au quotidien qui demande non seulement de la réflexion mais aussi du savoir-faire. ».[2]

Ce souci ou cette nécessité du devoir d’accompagnement est complémentaire à celui de soigner. Souvent dans les établissements gériatriques, la présence des infirmiers n’est pas continue. Elle se situe aux moments les plus stratégiques comme la préparation et la distribution des médicaments, les soins stériles, les visites médicales ou les démarches administratives. De plus, les postes de nuit ne sont assurés que par des aides-soignants aidés parfois dans les EHPAD par des agents de service.

L’intuition, ce petit plus

Ce face à  face, ou ce corps à corps amène parfois les aides-soignants à poser un regard singulier en mettant en œuvre des processus intuitifs.  L’intuition est ce petit plus, que certains soignants développent, disent-ils, devant les situations complexes, nouvelles ou imprévues.

Selon la définition courante, l’intuition est un sentiment plus ou moins précis de ce que l’on ne peut vérifier, de ce qui n’existe pas encore, synonyme de pressentiment, inspiration.

L’origine latine du mot, « intueri », signifie « regarder attentivement, fixer », et de manière plus absolue, avoir de l’intuition c’est  avoir du flair, sentir ou deviner les choses.

Pour Bergson comme pour d’autres philosophes, « on appelle intuition cette espèce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec de qu’il a d’unique et d’inexprimable »[3].

Ainsi, lors d’un soin, ou d’une visite auprès d’un patient, les aides-soignants sont capables d’activer leur raisonnement intuitif, un raisonnement qui se fait sans outils, il s’agit d’une « impression » (parfois désignée par le terme « gutfeeling », dans la littérature anglo-saxonne) que les soignants se forgent à propos des patients et de l’évolution de leur état, sans effort conscient, et sans avoir toujours la possibilité d’y donner une explication logique[4].

C’est ainsi que les médecins sont parfois interpellés par ces soignants qui sentent que l’état des patients s’aggrave, que les patients vont mal, ou qu’un patient ne réagit plus comme la veille, et les médecins de demander : comment vont-ils mal ?

Intuition et objectivité…

Il s’agit ensuite de combiner ce raisonnement intuitif avec du raisonné, de l’associer à ce qui est appris au cours de leur formation initiale, tel le référentiel de compétences. On le sait, l’observation de la personne âgée est une opération importante dans l’activité quotidienne et probablement encore plus lorsqu’il s’agit d’une personne mourante.

Le fait d’observer est une démarche non négligeable pour la continuité des soins et leur réajustement. Les aides-soignants exerçant auprès des personnes âgées les  connaissent bien, établissent une relation de proximité, parfois même aux confins de l’intimité. Dans leur mémoire sont stockées des informations, des expériences vécues et partagées…

L’aide-soignant, mémoire vibrante de la vieille personne soignée ?

 

Marie- Agnès Costa-Clermont

 

[1]  Mary-Agnès Costa-Clermont, L’aide-soignant face à la fin de vie, en institution gériatrique, Eres 2015

 [2] Audrey Meyapin, Etre aide-soignant(e) Lyon : Lieux dits, ed 2011.

[3] Henri Bergson, La Pensée et le mouvant, Genève : A. Skira, 1946

[4] Les bases du raisonnement lors des prises en charge soignantes

2 réflexions au sujet de « La place de l’intuition chez l’aide-soignant en gériatrie[1] »

  1. Didout marie Alice

    Réflexions très constuctives
    Suis formatrice auprès d aide soignantes
    Je recherche des exercices leur permettant de reperer et de développer leurs capacités intuitives

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    1. Mary-Agnès Costa-Clermont

      Je crois que les capacités intuitives se développent grâce à deux facteurs : la formation qui « apprend » à observer et repérer et l’expérience au chevet des patients. Ce que je fais en formation :pour les futurs soignants partir de cas cliniques et pour les anciens aller chercher leurs expériences ce qui je pense active leurs sens et donne du sens à leurs pratiques. Et merci d’avoir pris le temps de lire.

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