Archives mensuelles : octobre 2016

Crise du vieillissement, crise identitaire, crise de foi(e)… ah ! Crise ! Quand tu nous tiens !

images         Le sens étymologique premier de crise est « faire un choix », « décider ». Initialement la crisis (latin) qui dit l’« assaut », est la manifestation grave d’une maladie. Le grec Krisis s’entend au sens de séparer, distinguer. La racine indo-européenne krei signifiant quant à elle : juger, distinguer, trier, passer au crible…

Ainsi, alors que ces sens premiers nous donnent bien une idée de rapidité d’installation, de durée courte sinon fugace, et de décision amenant à un nouvel équilibre moins douloureux, si on ne retient comme définition de la crise qu’« un changement d’état », il faut alors bien reconnaître que la vie est une crise du début à la fin, sans aucune accalmie. Et, on se demande alors si cette dernière acception fait sens, puisqu’on sait depuis Héraclite qu’« on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

Si on se cantonne à une vision plus aigüe, paroxystique, et pour tout dire médicale, de cette crise, elle a donc un début, plutôt brutal, et aussi une fin car qui vivrait une crise de colique néphrétique ou hépatique, une crise cardiaque ou une crise d’appendicite qui ne cesserait pas mourrait, plus ou moins rapidement, mais mourrait.

C’est donc qu’il doit y avoir avantages à la « crise chronique ». Et en premier lieu, celui de faire croire qu’elle pourrait cesser tout en disant qu’elle ne cessera pas. Coluche avait bien cerné le problème en son temps : « Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c’est une crise. Depuis que je suis tout petit c’est comme ça ! ».

Mais d’où nous vient cette schizophrénie ? Il faut peut-être aller outre-manche pour comprendre que si heart attack est la crise cardiaque, les termes français « dépression », « effondrement », peuvent se dire là-bas − de manière non accidentelle (sic) − « crash ». La crise ! Une orientation clairement économico-boursière depuis la grande dépression de 1929, et tous les crashs boursiers qui suivront. La crise est un outil de gouvernance en économie libérale. Car, c’est qu’il y a intérêt à gouverner en temps de crise « profonde et terminale » (comme la loi qualifie la sédation pour fin de vie !), ça permet, parce que c’est la crise tout de même, de demander de l’effort toujours plus, de médicaliser et de médicamenter toujours plus, de psychologiser toujours plus, d’infantiliser toujours plus, de couvre-feu-iser et d’état-urgencer toujours plus, bref de presser le citron toujours plus.

Alors, la crise, mon œil !

 

Christian Gallopin

Ce sourire ne vieillit pas

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Ce  sourire,

Par ma présence

Comme il jaillit !

C’est un enfant qui cavale

Et va vers son bonheur.

Il traverse ma mémoire,

Ce sourire courant.

Et peu importe que ces dents te manquent…

 

Ce sourire,

Que devient-il en mon absence ?

Est-il venu le temps des menaces,

Ces ombres inquiètes, et bruissent

Les voix qui te font seule,

Rendant ton corps intranquille.

L’absence envahit,

Tout. Comme l’eau.

Et peu importe que ces dents te manquent…

 

Ce sourire,

D’autres aussi l’appellent,

Echos du temps présent,

Ô, miroirs sans souvenirs.

De quelle force nous vient le sourire,

Quand ainsi, il  se dresse et,

S’adresse au genre humain ?

Et peu importe que ces dents te manquent…

 

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Ce sourire,

Ligne courbe et filante,

Va et vient

Entre ta vieillesse et mon origine.

Ce sourire,

Et peu importe que ces dents te manquent,

Que deviendrais-je quand il disparaitra ?

 

José Polard

Une astreinte ordinaire

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Périodiquement, je suis d’astreinte, une semaine complète qui commence le Lundi matin pour s’achever 7 jours et 7 nuits plus tard. Donc, le Lundi matin suivant. Je suis médecin, c’est mon métier, cette situation ne me dérange pas. Je suis susceptible de donner des avis et des  conseils médicaux au jeune interne qui chaque jour effectue la garde sur place auprès des malades âgés, voire très âgés, qui sont hospitalisés.

Il ne s’agit pas pour moi de critiquer qui que ce soit, ni d’incriminer tel ou tel. Mais les échanges téléphoniques que j’ai, nuit et jour lors de ces astreintes, et au-delà des individus médecins en formation avec qui je converse, en disent long sur l’enseignement de la médecine tel qu’il est réalisé actuellement. Enseignement totalement homogène à la société où nous vivons. Et on ne voit guère comment il pourrait en être autrement. Vision où seule la technique a sa place, où l’humain s’estompe de plus en plus à tel point qu’il pourrait bien totalement disparaître, vision d’un pur quantitatif où ce qui compte, in fine, c’est précisément le compte : compte d’une vie prolongée à n’importe quel prix, coûte que coûte. Où le qualitatif n’a plus sa place, donc la parole du patient. En dépit des ronflantes proclamations sur les « directives anticipées », dont on sait bien que cela fait partie du discours technocratique pour justifier le tout technique. Et les jeunes médecins que j’ai au bout du fil, assez souvent paniqués et stressés, ne me parlent que de « grave pneumopathie traitée par une association sophistiquée d’antibiotiques dernier cri », de « saturation en oxygène qu’ils ne parviennent pas à faire remonter en dépit de l’administration d’oxygène à haut débit », de « grave hyponatrémie qu’il faudrait corriger ». Ils ne m’interrogent que sur le fait de savoir s’il faut « adresser ce vieillard de 89 ans, grabataire, avec une démence très évoluée, qui présente un escarre au sacrum favorisé par son mauvais état nutritionnel » à l’urgentiste de l’hôpital voisin afin de chercher le point d’appel  à ce syndrome infectieux manifeste. Ou encore au cardiologue de garde pour qu’il donne son avis sur la douleur thoracique de ce vieux monsieur de 92 ans et qu’on lui dose la troponine. Dès fois qu’il viendrait à l’idée du cardiologue de placer un stent sur la coronaire du malade en question.

Ce qui me frappe de façon récurrente, c’est qu’on ne parle pas avec le malade et qu’on ne lui demande pas son avis sur la situation. Chose pas toujours facile, il faut bien l’admettre. Mais, néanmoins, il est certainement possible d’observer les attitudes du corps du malade tout centré qu’il est autour de sa souffrance : recroquevillé, prostré, atone. Et son visage où se manifeste l’expression de sa profonde douleur et de son désarroi qui ne l’est pas moins. Car les médecins ont été formatés autour de l’idée : que les soins palliatifs, dont l’objectif est d’améliorer ce qui contribue à l’inconfort du malade, attestent de l’échec de la médecine dans une perspective curative donc de la médecine tout court.

Et le dernier point, corrélé à ce qui précède, ce sont les vaines et illusoires tentatives d’évacuer la question de la mort. La mort : effroi suprême de nos sociétés gravement névrosées. L’effroi est tel qu’on s’imagine qu’on va éternellement surseoir. Alors que si on était un tant soit peu raisonnable, c’est dans ce moment de l’extrémité ultime de la vie près de son achèvement que la médecine pourrait accompagner les malades avec humilité, simplicité, humanité.

 

Alain Jean

Le tournant de l’ambulatoire

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René a 84 ans. Du diabète, un cœur au bout du rouleau et une fonction rénale à genou. Bref, René est bien fatigué.

Il vit seul avec sa femme, toute menue et aussi fatiguée que lui à force de jours et de nuits à surveiller, écouter, aider et ramasser quand la chute est là, et c’est souvent.

Quatre hospitalisations en six mois. La dernière après une nouvelle chute, nouvelle défaillance cardiaque, nouveau déséquilibre diabétique…

Après quelques jours le médecin dit à sa femme :

  • « Votre mari va sortir. »

Sa femme s’inquiète car elle ne se voit absolument pas revenir si vite à son enfer, à leur enfer.

  • « Depuis combien de temps êtes-vous mariés? » s’enquiert le praticien.
  • « Depuis 63 ans, Docteur»
  • « Et bien, il faut croire que vous avez mangé votre pain blanc, maintenant ne reste que le noir! »

Cette histoire, vécue pas plus tard que la semaine passée, signe en plus du manque d’humanité de la part d’une société schizophrène, l’état des hôpitaux publics, seuls à accueillir ces patients difficiles, précaires et chroniques. Les hôpitaux sont pleins. Comme des œufs. Et, ce médecin – que rien ne peut excuser quant à son discours − n’en pouvait plus de répéter à toutes ces vieilles personnes remises sur leur trottoir à coup d’ambulance : « l’hôpital est plein, je ne sais pas où vous mettre, d’autres attendent à la porte, les urgences me pressent… ».

Le tournant de l’ambulatoire. Magnifique expression qui nous explique comment les actes de chirurgie doivent désormais être réalisés en externe ou en hospitalisation très courtes, dans le public comme dans le privé. Quel que soit l’âge, ou la vulnérabilité, des personnes. Plus d’hospitalisation. Le pendant est bien entendu la fermeture de lits. Peu importe que chaque hiver, ce soit la même galère, les urgentistes ne savent plus où hospitaliser les patients qui le nécessitent, les médecins des services où renvoyer les mêmes patients qui ne sont pas en état d’être chez eux. Mais l’hôpital est plein. Alors ils rentreront, tomberont à nouveau et reviendront jusqu’à la catastrophe. René est rentré chez lui. Après 72 heures, il est mort. Le fameux tournant de l’ambulatoire et son corollaire : la réduction des capacités d’hospitalisation, est une sorte de génocide annoncé des vieux. La dernière trouvaille idéologique politico-gestionnaire pour atteindre le non moins fameux équilibre. Comment s’étonner que ces vieux finissent par demander leur mort. Mais, ça ne fait rien René, Marisol vous embrasse, toi et ta femme. Et ça, ça fait chaud au cœur.

Toute ressemblance avec des faits ou des personnes ayant réellement existés est loin d’être fortuite.

 

Christian  Gallopin

J’enrage  

 

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 photo de Maja Daniels

 

La porte de l’EHPAD, fermée, codée.

Vitrée,

Si proche, c’est loin.

Opaque,

Là-bas, dehors.

Ô ce  pouvoir de l’ouvrir.

 

Et ces chiffres et lettres n’ont aucun sens.

De l’autre côté du mur,

De l’autre côté,  la vie,

De l’autre côté de ma vie !

Qu’est ce qui m’arrive, qu’est ce qui leur prend,

Qu’est ce ….

Ô ce pouvoir de dire.

 

Attendre qu’il vienne, attendre qu’ils viennent,

Est-ce qu’ils viendront…

Pourquoi m’empêcher d’aller et venir ?

Aller et venir, mais pourquoi ?

Attendre, c’est long,

Beaucoup trop long d’attendre la vie.

Ô ce pouvoir d’appeler.

 

Est-ce cela vieillir ?

Ô ce pouvoir de fuir.

 

Pour Elle,

 

José Polard

Charte de l’éthique et des responsabilités des personnes âgées face au climat

Ampoule_TerreProposée par l’association A6

Préliminaire:

La déclaration universelle des Droits de l’homme du 10 décembre 1948, s’applique de la naissance à la fin de vie par les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance et leur respect par la loi ; le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; le Pacte relatif aux droits civils et politiques

Par cette charte, nous souhaitons participer, dans nos conduites éthiques et responsables face aux changements climatiques, à diminuer les risques de mettre en jeu notre bien vieillir longtemps ensemble dans un monde où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Art 1 – La dignité, l’éthique et les responsabilités ne s’estompent pas avec l’âge.
La personne âgée, riche des années vécues, est capable de s’engager face aux enjeux des changements climatiques

Art 2 – La situation nouvelle d’une humanité où l’allongement de l’espérance de vie contribue à l’augmentation du nombre des êtres humains, fait que les personnes âgées, en représentant près du tiers de la population mondiale, ont une influence grandissante face aux enjeux climatiques.

Art 3 – Les gouvernements, les élus et responsables politiques, les scientifiques doivent faciliter l’expression de la personne âgée dans ses droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels sans discrimination et de façon accessible.

Art 4 – L’éducation, la formation, la sensibilisation et le prévention demeurent, chez les personnes âgées des objectifs pour participer à une société «éco responsable » face aux défis actuels et futurs.

Art 5 – Quelles que soient les évolutions du climat, la vieillesse ne doit pas entraîner une image de faiblesse à protéger, de rejet ou de discrimination, pouvant faire des personnes âgées sous condition de droits ou de devoirs différents dans les populations.

Art 6 – Disposant de temps, riches de savoir être, de savoir-faire et d’expériences personnelles et professionnelles, les personnes âgées continuent d’assumer leurs responsabilités individuelles et collectives pour le bien vivre ensemble longtemps.

Art 7 – Sortie de leur carrière publique ou privée, les personnes âgées s’inscrivent volontiers
pour repenser que les espèces vivantes en voie de disparition, l’eau potable, l’air, les terres et leurs ressources menacées, ne sont pas un capital sur lequel il est possible de spéculer.

Art 8 – En développant leurs savoirs pluridisciplinaires, scientifiques, techniques et pratiques, les personnes âgées s’engagent à transmettre de façon professionnelle, les meilleures orientations aux générations plus jeunes, afin de lutter ensemble contre les causes des changements climatiques imputables à nos modes de vie.

Art 9 – Les progrès des derniers siècles ont fait qu’une partie de l’humanité a pu s’évader de la misère au prix d’inégalités aujourd’hui flagrantes entre les pays et les populations. Les personnes âgées reconnaissent leur part de responsabilité et s’engagent à porter un regard lucide sur le chemin qui reste à parcourir pour venir en aide aux laissés-pour-compte.

Art 10 – En s’engageant dans une conduite éthique et responsable, les personnes âgées, veulent apporter aux pouvoirs publics, aux entreprises publiques et privées, aux associations et fondations, toute leur énergie pour la protection des environnements, le développement durable harmonieux et équitable.

Art 11 – Le climat est comme la paix, une cause universelle. Les personnes âgées ont conscience que leurs valeurs culturelles et spirituelles contribuent à la volonté commune des 10 milliards d’êtres humains possibles avant la fin du XXIe siècle, au partage des espérances dans un monde futur qui n’a que deux issus : le bonheur pour le plus grand nombre ou la disparition de tous.

 

 

Pour conclure, nous, groupe de réflexions et d’actions, représentant quatre générations, réunis au sein du Gérontopole Pays de Loire, menons un travail sur la nécessité d’apprendre à bien vieillir longtemps, dans une société où nous voulons mettre la liberté et la sécurité, la coopération et la compétition au service du toujours mieux humain avant le toujours plus matériel.

 

Pour L’association A6[1]

Pierre Caro

 

http://www.infolocale.fr/saint-gildas-des-bois_44161_association-a6_176421