Archives mensuelles : octobre 2018

Enfant

la personne noir et blanc fille monument statue soldat parc Monochrome grand-mère grand-mère sculpture Enfants figure bronze Texas observation des oiseaux Photographie monochrome film noir pays du sucreInfans, tis,  qui ne parle pas, incapable de parler, jeune enfant

Si j’en crois mon fidèle Gaffiot, il ne serait pas absurde de parler d’enfant devant la personne âgée mutique, ou aphasique ou, comme on dit à tort, démente.

Histoire vraie, tout à l’heure.

Ma petite fille, trois ans, va rendre visite à son arrière grand-mère, qui a emménagé dans une institution il y a quelques jours.

Même si elle parle très correctement pour son âge, elle est une jeune enfant et, comme il se doit, cours partout en riant dans les couloirs.

Une résidente errante, comme on dit, et totalement mutique, déclinant, en outre, à peu près tous les alpha privatifs de la langue grecque : apraxie, aphasie, agnosie… passe près de l’enfant.  Rencontre hors réalité, mais probablement pas hors vérité. La petite, qui pousse des cris de joie, voit la vieille dame mettre son doigt devant la bouche, signifiant : « chut ! ».

« Chut », c’est pour demander à l’enfant de se taire, ou bien exprimer qu’il y a entre les deux un secret.

Et quel secret, si ce n’est celui du Dire avant le Dit cher à Lévinas. Merveille que cet instant de rencontre entre trois générations, par-delà les mots, par-delà toutes les conventions sociales.

La résidente a pris l’enfant par la main, à moins que ce ne fût l’inverse, pour aller vers je ne sais quoi. Les deux « enfants » ont vécu quelques instants de communion.

Un oiseau de printemps est passé dans le ciel automnal.

La vieille dame a souri, ce que l’on n’avait pas vu depuis sans doute des mois. Celle qui, pour les grandes personnes, ne parle pas et celle qui ne parle plus, ont exprimé ensemble que le « logos » ne passe pas.

Question politiquement incorrecte : les petits enfants en maison de retraite, cela cote combien dans une coupe pathos ?

 

Dominique Rivière

En EHPAD, croquer la vie à pleine dents

Il y a quelques jours se tenait à Nantes un congrès réunissant des professionnels de la gérontologie et au cours duquel plusieurs membres d’EHPAD Côté sont intervenus. Il y avait là aussi des exposants qui parlaient de leur travail et des produits qu’ils destinent à l’usage des vieillards résidant en EHPAD. Cela m’a donné l’occasion d’avoir une longue discussion avec un prothésiste dentaire. Son enthousiasme à imaginer des solutions pour améliorer l’état bucco-dentaire des résidents en EHPAD était très communicatif.

A beaucoup de gens non-initiés, la question de la dentition des vieillards qui vivent en EHPAD (ou pas d’ailleurs) n’apparait peut-être pas primordiale. Et pourtant, il suffit de regarder le tableau de Francisco Goya : « Deux vieillards mangeant de la soupe » pour aisément se convaincre qu’une bouche édentée laisse au milieu du visage une hideuse béance qui abolit le sourire et l’envie de se regarder soi-même ans la glace.

Dans les établissements gériatriques, les plaintes des familles ou des entourages pour perte d’un dentier sont parmi les plus fréquentes et les plus mal supportées car la silhouette et la physionomie de celui qui l’a perdu s’en trouvent notablement dégradées. Les dents et la bouche des vieillards sont pour eux une cause fréquente de désagréments, de douleurs, d’infections sans compter le rejet éventuel de la part des soignants qui répugnent à soigner cet endroit qui peut être particulièrement malodorant.

Un point peu connu et qui ne vient pas forcément à l’esprit : la dénutrition constitue un fléau fréquent dans le grand âge. Mais il n’y a pas que les muscles qui ont tendance à fondre et les os à se fragiliser. Les gencives aussi souffrent, elles s’amaigrissent avec pour conséquence que les dentiers se décrochent et « flottent » dans la bouche. On comprend aisément que cette situation qu’on pourrait croire anodine désempare les vieillards eux-mêmes, leurs familles et proches ainsi que les équipes soignantes et médicales. On est là, en outre, dans un cercle vicieux : le mauvais état bucco-dentaire est un des facteurs de dénutrition et réciproquement.

Le soin de bouche, pour terminer ce tour d’horizon un peu technique, est un élément nodal du confort du patient dans les derniers jours de son existence.

Les soignants sont, face à la situation banale du dentier qui « se décroche », dans une position d’impuissance car ils ont l’expérience de la quasi inefficacité des » colles » pourtant largement utilisées. Sans résultat.

J’ai appris, à l’occasion de cet échange, qu’il y a des innovations efficaces en la matière à base de silicone. Il suffit d’appliquer une mince couche élastique de gel de silicone sous la prothèse. Ce gel va durcir dans un délai d’une à cinq minutes tout en restant souple. Il y a lieu de mettre tout de suite en bouche la prothèse recouverte de gel : l’avantage en est que la prothèse est immédiatement stabilisée. Les aides soignant(e)s peuvent s’approprier ces techniques, ce qui est très valorisant pour le malade comme pour celui qui en prend soin. De même que le rôle de l’esthéticienne est fondamental en EHPAD car elle contribue à rendre plus séduisant le visage d’une vieille dame, l’attention que porte l’aide-soignante au sourire, à la capacité de manger correctement et surtout à l’apparence physique du vieillard se trouve gratifiée de résultats.

Il est des choses, en apparence anodines, qui peuvent changer la vie.

 

Alan Jean