Archives mensuelles : octobre 2019

Les robots pour les personnes âgées : des robots anti-citoyens ?

Quel est le point commun entre les enfants autistes et les personnes âgées ? A priori,  tout semble opposer ces deux publics. Mais c’est sans compter sur certains robots faisant le défi de les réunir.  Parfois, nommé robot familial ou encore robot émotionnel, certains demeurent intéressants comme une aide fonctionnelle (lire et envoyer des messages, réveiller, surveiller maison et appeler en cas de problème, alerter en cas de chute, rappeler la prise de médicaments, ou partager des moments en réel avec des proches). Cette « prothèse-parentale » permet aussi d’occuper les enfants, voire de les aider sur leurs devoirs, mais aussi aux proches de surveiller des personnes âgées. Comment entendre quand même qu’il s’agit de robots pour les personnes seules ou isolées ? Même s’ils peuvent offrir une interaction avec les proches, toutes possibilités de sortir de sa sphère privée semble exclue. Certes, quelques machines proposent des jeux, fermant ainsi la porte aux loisirs en chair et en os. Qu’en est-il de ces appareils proposés auprès d’autres publics ?

D’autres robots ont été développés dans certains hôpitaux pour permettre aux enfants malades de sortir de leur bulle et  surtout afin de ne pas rompre les différents liens noués avec l’extérieur.

Les robots de téléprésence sont certainement ceux qu’il faudrait développer dans les EHPAD où, actuellement,  majoritairement les activités sont proposées par les établissements. Certes, il ne faut pas oublier celles étant le fruit d’animateurs externes. Mais il faut bien constater qu’il s’agit toujours du même groupe de résidents qui y participe, parfois avec d’autres personnes vivant dans des EHPAD voisins, sans véritable échange avec des individus différents de soi. Toute  possibilité de rencontrer d’autres personnes, de laisser l’opportunité à la surprise, est annihilée. Sans doute, la psychologie sociale mettrait en avant que l’identité en tant que résident n’est que renforcée mais celle de citoyen est occultée pourrait-on se risquer à dire.

Par exemple, le robot de téléprésence, Projet VIK-e, permet à certains enfants de participer à un cours d’art plastique via l’écran. Alors qu’un premier appareil permet à l’enfant de suivre la leçon de sa chambre, un autre robot sur pied dans la salle de cours demeure libre de se déplacer et de favoriser des interactions avec le professeur mais également, certainement, de manière plus intime, avec un des autres participants. Chez un public âgé, le robot peut aussi donner des cours de gymnastique mais cette fois-ci à l’intérieur de l’établissement avec les usagers. À en croire les spécialistes, ce dernier favoriserait le sport plutôt que des cours dispensés par un humain car celui-ci pourrait juger des performances. Mais comment un robot sans corps serait-il en possibilité de dispenser des conseils ?

Mais d’autres initiatives ont été entreprises, pour les enfants hospitalisés, comme rencontrer des athlètes à l’autre bout du monde ou plus simplement de sortir dans les musées. Nouvelle différence de taille, alors que le premier robot permet l’interaction avec des êtres animés, pour nos aînés, le second robot conversationnel a pour vocation de discuter. Mais constitue-t-il vraiment un compagnon ? Que peut-il savoir des questions métaphysiques en rapport avec la condition humaine (la maladie, la mort, la joie, …) ?

Dans cette même perspective, certains robots développés en EHPAD, « offrent » l’opportunité de faire du sport « en sortant » de la résidence puisqu’une réalité virtuelle diffuse un paysage donnant l’illusion de se plonger dans la nature ! Nature ou culture, le débat est dépassé via le numérique. Certains vont jusqu’à offrir la possibilité de remonter le temps, en trichant sur les décors, faisant croire ainsi qu’une époque révolue d’il y a 30 ans est actuelle. Même si les bienfaits de la réminiscence demeurent intéressants, pourquoi ne pas favoriser un ancrage dans le présent par le biais d’une visite dans un musée mais aussi d’exploiter la demande de la personne ?

En comparant, les robots à disposition des enfants dans les hôpitaux et ceux attribués aux personnes âgées, il est clair que ces appareils ne sont pas construits forcément pour le bien-être de ces individus comme le sont ceux des enfants. Mais probablement la famille ou les institutions en demeurent les acheteurs. Mêmes s’ils sont légitimes, les intérêts de ce public (sécurité, santé,…) paraissent prôner sur les bénéfices des principaux usagers.

Bien que certains robots restent de merveilleuses inventions avec un précieux aspect utilitaire, d’autres questionnent. Dans le Larousse, par curiosité, je suis allé rechercher la définition première de citoyen : « Dans l’antiquité, personne qui jouissait du droit de cité ».

Peut-on dire qu’avec cette nouvelle vague de robots une nouvelle ère s’ouvre, substituant au monde réel retirant un peu plus les personnes du monde au profit d’un autre artificiel, d’un monde fait de semblants où la personne âgée n’aurait plus droit de cité ?

 

Frédéric Brossard

ALERTE INFO! Un déclencheur très contemporain

 

Depuis plusieurs mois, nous sommes interpellés par un nouveau phénomène, un nouveau déclencheur, de plus en plus envahissant auprès des personnes âgées désorientées dans les Ehpad et à domicile. Provoquant, majorant des troubles du comportement à type d’anxiété, d’angoisse, de peur, et donc un besoin croissant de sécurisation.

Mais d’abord qu’est-ce qu’un déclencheur ?

Il nous faut rappeler au préalable un principe de la méthode de Naomi Feil : Des évènements, émotions, couleurs, sons, odeurs, goût ou images du présent peuvent réveiller le souvenir d’évènements passés associés aux mêmes émotions.

Un déclencheur réactive des comportements vécus, appris plus tôt dans leur vie, des mécanismes d’adaptation : se cacher dans un placard, derrière une porte, crier : » Au secours ! » vouloir partir, se sauver par tous les moyens.

Ces comportements sont l’expression d’un besoin, rappelons qu’un besoin est impérieux, vital, irrépressible, et nos aînés mettent alors tout en œuvre pour répondre à ce besoin. Cela ne fait pas que majorer les comportements, mais aussi augmenter en conséquence le travail du personnel de ces institutions lesquels doivent gérer tout cela.

Certains nous diraient qu’il suffit de supprimer ce déclencheur puisqu’il est identifié ! Et bien c’est là tout l’effet pervers de celui-ci ! Il rend ceux qui le subisse « addict » avec l’envie, voir le besoin de le retrouver sans cesse.

Ce déclencheur passe par les canaux des chaines d’info en continu et particulièrement BFM, leader de ce marché et si souvent allumé en continu dans les salons d’EHPAD ou dans la salle à manger d’une maison ou d’un appartement.

Moins que les images, c’est surtout la bande déroulante en bas de l’écran qui stimule, excite. Avec ce dispositif à l’écran de ces chaines, nous subissons en permanence une mise en alerte, si bien que le moindre évènement devient catastrophique et anxiogène :

« ALERTE INFO » sur fond rouge.

J’ai vu des personnes âgées désorientées, le visage collé à la TV tentant de lire ce bandeau dont l’écriture quelquefois défile vite, majorant leur peur de perdre une information importante, tel des résistants l’oreille collé au poste TSF à l’écoute de radio Londres, le visage inquiet, les yeux remplis de larmes.

Un autre déclencheur sévit actuellement auprès de nos aînés encore dans leur domicile, persistant, insidieux, qui rentre chez eux par ruse. A domicile souvent ou en établissement parfois, ces appels téléphoniques à visée de démarchage, « porte ou fenêtre ou isolation », sont très intrusifs.

Enervant pour nous-mêmes au quotidien, ils deviennent insupportables pour ces personnes âgées vivant souvent seules à domicile. Pour une génération pour qui lorsque le téléphone sonne, c’est forcément important, alors quand il s’agit de 20 appels par jour…

Répondre à cette inquiétude en débranchant le téléphone ? Mais alors ce serait au prix de se couper de ses proches…

En tant que formateur, je sensibilise les soignants accompagnant les personnes âgées désorientées, à à décrypter et agir sur ces comportements qui les troublent et nous troublent.

Au-delà des réponses banales et quotidiennes, que faire ? Il me semble qu’il s’agit moins d’une question clinique que d’un dysfonctionnement social pervers d’une société d’hyper consommation et donc de sollicitations.

Puissent ces lignes rencontrer la lecture d’un représentant des pouvoirs publics ou d’un législateur.

Appelons cela une bouteille à la mer !

Gwenael André

D’un banal âgisme actuel et d’une certaine bienfaisance ségrégative.

José,

Tu m’as demandé de relater encore certains aspects de ma situation sociale actuelle et du parcours qui y a conduit, en ce qu’ils te paraissaient illustrer un certain âgisme actuel, souvent ségrégatif, et auxquels il m’est déjà arrivé de faire allusion – un peu trop, peut-être – dans ce blog.

J’ai donc rédigé ce “billet” dans ce sens, en précisant bien que ce n’est pas pour solliciter quoi que ce soit – ma vie s’achève à présent et je n’en attends plus grand chose pour moi – mais parce que, en exposant, à travers mon cas, certaines réalités sociales actuelles plus ou moins ignorées, je peux, peut-être, contribuer à les faire évoluer.

Lorsqu’il y a une quinzaine d’années, ayant fait l’objet d’une procédure d’expulsion pour n’avoir pu me porter acquéreur du logement que j’occupais quand celui-ci fut mis en vente, et mes moyens financiers ne pouvant non plus me laisser espérer pouvoir me reloger à Paris (où je vis depuis plus de 70 ans) dans le parc privé, j’étais, et déjà depuis plusieurs années, demandeur de logement social, remplissant l’ensemble des conditions pour pouvoir y être admis.

C’est alors que, après que l’on m’ait laissé entendre qu’en raison de mon âge – je venais de dépasser 60 ans –, je n’avais aucune chance d’obtenir un logement dans le parc social, je fus “orienté” (pour ne pas dire dirigé) par les instances sociales municipales vers une “résidence pour personnes âgées” , ainsi que sont nommés ce type de logements sociaux (ces “établissements” ).

A cette époque, il se trouve que, dans le cadre de mes activités associatives : http://ludaqua.over-blog.com/page-658351.html , je fis la connaissance de quelqu’un à qui ce qu’allait donc être ma situation qui lui paraissait extravagante, voulut – je ne lui demandais rien – que je rencontre sa compagne (ou son épouse) qui était alors conseillère d’arrondissement et maire ajointe chargée de l’urbanisme de cet arrondissement (autre que le mien) et devint ensuite adjointe au maire (au masculin, puisque c’était alors Bertrand Delanoë) de Paris.

Celle-ci ne parut nullement étonnée de ce qui m’était arrivé et me confia que cela lui semblait tout à fait aller dans le sens de ce qu’elle savait de la politique parisienne d’alors (et encore aujourd’hui ?) en matière de logement, priorisant avant tout les jeunes générations ; politique à laquelle les services sociaux devaient participer.

Bien sûr, il ne s’agit que d’un témoignage oral et qui n’a aucune valeur probante de ce que cette élue avait pu me confier et dont je suis convaincu, d’autant que d’autres échos entendus ultérieurement, – notamment lorsque je dû passer une visite médicale pour être admis à résider chez les “personnes âgées” (déjà la crainte d’Alzheimer ?) – m’ont paru aller dans le même sens.

Ainsi, ayant eu la chance (?) d’être “ en situation de retraite” à 60 ans – j’ai commencé à travailler, donc à “cotiser”, à 17 ans –, ai-je pu bénéficier de cette possibilité de relogement, quand je n’en entrevoyais aucune autre.

Mais, en même temps, je découvrais que, selon le “Règlement général des établissements pour personnes âgées”, c’était, sauf dérogation[1], à la condition que celles-ci n’envisagent pas, si elles en ont la possibilité, de reprendre éventuellement une activité professionnelle (conformément aux conditions de cumul emploi-retraite existant alors), pouvant leur procurer des revenus complémentaires du montant de leur retraite, généralement très modeste (et, par ailleurs, les excluant du nombre des personnes qui, poursuivant une activité, continuent, par leurs cotisations et contributions, d’abonder aussi aux systèmes de solidarité dont elles relèvent).

J’ai interrogé de nombreux responsables politiques pour connaître leur opinion au sujet de cette interdiction, parmi lesquels d’autres élu-e-s[2] au Conseil de Paris – dont le premier d’entre elles et eux –, siégeant au conseil d’administration du Centre d’action sociale de la ville de Paris et autres “ membres nommés par le maire parmi les personnes, non membres du conseil de Paris, participant à des actions de prévention, d’animation ou de développement social menées dans la ville de Paris” , mais sans obtenir de réponse d’aucun-e.

Mme l’Adjointe au Maire de Paris, “chargée des seniors et du lien intergénérationnel” d’alors, quant à elle, me fit répondre, à propos “ des conditions très précises pour pouvoir prétendre à l’occupation d’un appartement de résidence a caractère social, [qu’] il ne s’agit donc en aucun cas d’une manière “d’empêcher” ces personnes “d’améliorer leurs ressources” [mais] bien de leur offrir une solution digne et juste alors même que le montant de leur pension de retraite ne leur permettrait pas de trouver un logement satisfaisant sans aides municipales”.

(J’ai proposé la lecture de cette réponse à la réflexion d’étudiant-e-s en “écoles de travail social” !)

M. l’adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative de l’époque – dont, en raison de son handicap, je tiens à saluer l’attention qu’il m’a portée, en me lisant, et la courtoisie qu’il a eu de correspondre avec moi à plusieurs reprises – a transféré mes courriers à une conseillère technique au cabinet du maire. Celle-ci, me précisa que l’interdiction qui m’était faite d’exercer encore une activité professionnelle souffrait toutefois une exception s’agissant de mes “droits de plume” .

(Aussi, l’ai-je assurée de ce que, si la publication éventuelle des réflexions que m’inspire entre autres la vie politique actuelle de mon pays devait me valoir de percevoir quelques droits d’auteur, j’abandonnerais ceux-ci à une oeuvre sociale, comme par exemple, s’il en existe, un fonds d’entraide des conseillers (masculin générique, si je peux me permettre) de Paris nécessiteux ou de parlementaires et anciens ministres dans le besoin.)

J’avais sollicité aussi l’opinion de celui qui était à l’époque président du Conseil économique, social et environnemental, aujourd’hui haut-commissaire aux retraites, délégué auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Celui-ci avait bien voulu me faire répondre, mais, visiblement, la personne ayant rédigé le courriel de réponse manquait d’informations sur le sujet.

(Espérons qu’aujourd’hui, M. le haut commissaire est mieux aidé dans ses nouvelles fonctions.)

Les “personnes âgées” ne restent pas toujours en couple. Un jour vient, tôt ou tard, ou l’une des deux “s’en va” et l’autre devient célibataire – à moins qu’elles “partent” ensemble, mais c’est moins fréquent – et prévoit-on beaucoup de logements destinés à des célibataires (studios,”F1”…) dans le parc social ordinaire (hormis les logements destinés à des étudiant-e-s ou à des jeunes travailleu-rs.-es) ?

Par ailleurs, pour ces mêmes causes (“naturelles”), il y a forcément un turn-over plus important dans les “résidences pour personnes âgées” que dans nombre d’autres logements sociaux (dans lesquels nombre de personnes qui s’y trouvent logées, y demeurent souvent bien après qu’elles ne remplissent plus les conditions qui leur avaient permis d’y être admis).

J’ai exercé en “pédopsy” – toi aussi, sans doute – à une époque où, sous l’égide de l’Éducation nationale, se multipliaient les dispositifs destinés aux enfants considérés comme présentant, ou supposés devoir présenter, des difficultés pour pouvoir être intégrés normalement dans un parcours scolaire ordinaire (l’époque des “dys”, des CMPP, des CAPP…[3]).

Nous étions alors souvent confrontés aux difficultés qu’il y avait à faire admettre, par “L’École”, des enfants, pouvant, certes, rencontrer certaines difficultés, notamment d’apprentissage, mais qui pouvaient, néanmoins, selon nous, suivre un parcours scolaire normal (ce dont nombre d’expériences pédagogiques ont pu faire la preuve, sans que celles-ci soient toutes très révolutionnaires).

Il nous était alors répondu que puisqu’il existait des dispositions spécifiques pour ce type d’enfants, leur place n’était pas à l’école ordinaire : “Pourquoi, voulez-vous qu’on les prenne ici puisqu’il y a, ailleurs, des choses prévues pour eux ?”

J’ai souvent repensé à cela lorsque quelqu’un me dit un jour son étonnement qu’à mon âge – j’avais alors à peine plus de 60 ans ! –, je veuille intégrer un logement (social) normal, puisque, n’est-ce pas, ”il en existe de prévus pour les gens comme [mo i ] ”.

Ce qui me fait dire – mais, je ne dis rien d’original – qu’il est des inclusions qui procèdent d’une exclusion (d’une mise “ de côté” !) – et je ne songe pas seulement aux Ehpad.

S’agissant de la réglementation des “établissements pour personnes âgées” ) qui, sauf dérogation[1], ne permet pas que les personnes admises à être relogées dans ce type d’établissement poursuivent une activité professionnelle, il semble qu’avant mars 2007, date à laquelle cette réglementation a été modifiée, cette interdiction concernait les personnes qui y étaient admises “ à titre exceptionnel, de 60 à 65 ans ” ( “à condition d’être en situation de retraite ou de préretraite, ou en cas d’inaptitude au travail “ : “Règlement général des établissements pour personnes âgées” ).

Ainsi, avant 2007, il semble que ces établissements étaient prévus pour des personnes de plus de 65 ans et, à l’époque, au regard des instances municipales, n’était-on donc, d’une certaine façon, considéré comme une “personne âgée” qu’à partir de 65 ans et non 60 ans, comme depuis cette date.

Et, ainsi aussi, il semblerait que, là, on ait plutôt avancé l’âge du début de la “vieillesse” .

Et aujourd’hui et demain, où l’âge de la retraite risque, pour certain-e-s, d’être porté, de façon avouée ou pas, bien au delà de 60 ans…?

Quelques autres réflexions, à présent :

Certaines “résidences pour personnes âgées” du Centre d’action sociale de la ville de Paris disposent d’un restaurant auxquels peuvent accéder, le midi, les parisien-e-s titulaires, sous conditions de ressources, de la ”carte Émeraude” .
Depuis 2010, quelques-uns d’entre eux “se transforment le soir en restaurants solidaires dédiés aux personnes en grande précarité” : https://www.paris.fr/pages/distribution-de-repas-123/

Au delà de l’aspect de “bienfaisance” de cette mesure, ne relève-t-elle pas aussi d’une assimilation des “personnes âgées” , autres qu’aisées, à des “pauvres” ou des “nécessiteux” , devant faire l’objet d’une certaine conception de l’ ”assistance” sociale, bien plus que de l’application des principes d’égalité et de justice ?

(N’en est-il pas souvent de même s’agissant des “personnes handicapées” ?)

Concevrait-on des équipements relevant de la solidarité ou de l’assistance, intégrés, par exemple, dans des ensembles de logement social ordinaire (et je ne songe pas à ceux où résident certaines personnalités politiques actuelles ou anciennes) ?

Sans rapport avec ce qui précède, j’ai entendu il y a peu le romancier et essayiste Pascal Bruckner présenter son livre  » Une brève éternité – Philosophie de la longévité  » : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-04-septembre-2019

Des propos de philosophe (qui m’ont paru assez convenus) : « Nous avons réussi à repousser la vieillesse au plus loin : il y a un demi-siècle, la vieillesse commençait à 55 ou 60 ans » ; « Repeindre la retraite aux couleurs de l’enchantement, c’est oublier qu’elle est souvent la conjonction de deux phénomènes : le vieillissement et la diminution de la rémunération » ; « Je ne crois pas à la sagesse de la vieillesse : les personnes âgées ne sont pas sages, elles sont, comme les jeunes, agitées de pulsions contradictoires »…

Et puis, cette phrase qui m’a semblé, quant à elle, relever d’une vision assez “réaliste” : “La maladie est aussi le salaire [moi, j’aurais utilisé un autre mot] de la longévité.”

Amitiés.

Bernard Gibassier

P.-S. : J’avais conclu un précédent billet (sur certains âges de la vie) en citant une chanson d’Henri Gougaud : https://www.youtube.com/watch?v=I9-D9DoA-Vg , à laquelle j’aurais pu ajouter celle-ci, plus ancienne : https://www.youtube.com/watch?v=mRhMu_ffGsY&t=43s
Comme certain-e-s me demandent souvent pourquoi je m’évertue à écrire sur des sujets tels ceux évoqués encore une fois ici, si personne ne m’écoute (ne me lit) et me répond, je terminerai celui-ci en proposant, encore de cet auteur, ce conte dit par lui : https://www.youtube.com/watch?v=ribE1nPTgbI

1. Précision apportée depuis, et récemment, par les services sociaux de la ville de Paris, au Défenseur des droits (mon “conscrit” !), que j’avais sollicité à ce sujet.

2. écriture inclusive, pour ne pas m’attirer de “verts” reproches !
A ce sujet, s’insurge-t-on beaucoup de ce que, généralement, on emploie indistinctement le masculin générique “vieux” pour désigner aussi les autres “personnes âgées” que l’on évite – et c’est heureux – d’appeler “vieilles”.

3. Pour un rappel historique de ces dispositifs, voir :

https://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1984_num_66_1_1581

Et, plus récemment : https://theconversation.com/la-france-est-elle-vraiment-en-marche-vers-lecole-inclusive-118724 ?

Cherche auxiliaire de vie qualifiée 

Quand OCPO va en bateau (pour remplacer OPCA), les services à domicile chavirent. Et ceux qui ont besoin d’aide pour vivre chez eux restent le bec dans l’eau. C’est ce qui est apparu de manière criante aux dernières Assises nationales de l’aide à domicile.

Pour les structures d’aide à domicile, c’était un argument attractif dans le recrutement des auxiliaires de vie : proposer une formation diplômante payée par l’employeur. Cela faisait passer la pilule de la faible rémunération du métier : tarif horaire souvent inférieur au SMIC ( soit 7,5 € au lieu de 7, 93 €), nombre d’heures travaillées permettant rarement de gagner de quoi payer un loyer, temps de déplacement supérieur à 20 mn non rémunéré, frais de déplacement pas toujours remboursés. Sans parler des horaires – interventions réparties sur onze heures environ. Ni du manque de valorisation de ceux qui se rendent au domicile de personnes fragilisées pour entretenir leur cadre de vie, leur préparer à manger, soutenir leurs besoins– se laver, se raser, se coiffer, s’habiller  -, les accompagner dans leurs sorties, leur proposer un lien humain.

Bref, l’argument « formation payée » au moment du recrutement, c’était laisser entrevoir au candidat « auxiliaire de vie » une perspective d’évolution. Ce qui était motivant. Enfin pouvait l’être, car les candidats ne se sont jamais bousculé au portillon. Le secteur des services à la personne a beau être présenté depuis le début des années 2000 par les différents gouvernements comme un eldorado de l’emploi assuré, il ne s’est jamais développé comme il aurait pu…Il aurait fallu pour cela comprendre le rôle réel des professionnels des services à la personne. Et en parler avec d’autres mots que ceux renvoyant à la domesticité.

Une nouvelle manne pour Pôle Emploi

Avec la loi « Avenir professionnel » déployée depuis le 1er avril 2019, les structures d’aide à domicile ne peuvent plus proposer de formations pour la bonne raison qu’elles ne savent pas comment les financer.  En cherchant à simplifier l’organisation de la formation professionnelle, les technocrates des Ministères ont semé le désordre.  Il y avait 20 organismes paritaires collecteurs (de la taxe formation professionnelle) agréés, les fameux OPCA, il n’y a plus que 11 opérateurs de compétences (OCPO), chargés d’accompagner la formation professionnelle. Simplification ?  Non complication. L’argent versé par les structures aux OCPO ne leur revient plus sous forme de formations payées à leurs professionnels. Il est redistribué différemment. Désormais, un gros pourcentage des cotisations formation est reversé à Pôle emploi, investi par le gouvernement comme le Zorro capable d’attirer plus de monde dans ces métiers et par là-même de faire fondre le nombre de chômeurs. En six mois, le volume financier dévolu à la formation gérée par les OCPO a chuté de façon vertigineuse, passant de 70 millions € à 500’000 €.  Résultat, si elles veulent former leur personnel, les structures sont obligées de ponctionner leur trésorerie. De ponctionner beaucoup : à titre d’exemple, une formation professionnelle sur 3 ans coûte environ 130’000 €. Rares sont celles qui ont la trésorerie suffisante pour y parvenir.

Comprendre ce que l’on vend

Par ailleurs, Pôle emploi n’est pas la structure la plus qualifiée pour attirer de la main d’œuvre dans les services à la personne. Ses agents n’ont pas été formés pour bien vendre le métier. Ainsi vont-ils chercher des candidats dans un ROME (ainsi désigné chez Pôle emploi un répertoire de métier) qui n’est pas forcément le plus adapté : le « sans qualifications ».

Vu de l’extérieur, le métier n’est-il pas  à  la portée de n’importe quelle personne capable de pousser un balais, laver un corps ou de la vaisselle, faire des courses pour préparer un repas ?  C’est ce que considèrent ceux qui ne savent pas regarder entre les regards, les silences, les gestes des auxiliaires de vie. Ni décrypter leurs mouvements du corps.

Celui de Sylvie, par exemple, ne traduit aucune crispation d’impatience lorsque Lucienne, 90 ans, s’arrête encore une fois dans sa marche pour raconter une histoire. Et pourtant, on devine que cela n’est pas facile pour elle de contenir son dynamisme. Qu’elle préférerait passer d’une pièce à une autre en quelques enjambées souples et tonique. Mais elle accepte d’être freinée pour se mettre au service de Lucienne.

Le regard de Vivianne pourrait se tourner à l’intérieur d’elle-même plutôt que s’intéresser à Louise, 88 ans. Vivianne a des dizaines de sujets de préoccupations personnels qui suffiraient largement à occuper sa tête tandis qu’elle fait le ménage chez Louise. Mais quand elle vaque dans l’appartement de Louise, retape un coussin, plie sa chemise de nuit, ramasse ses cheveux dans le lavabo, elle se sent happée à l’extérieur d’elle-même. La vie intime de Louise passe entre ses mains, comment ne pas s’intéresser à elle ? Et se sentir concernée par ce qu’elle vit ?

Quand Emma fait du repassage chez une personne âgée, elle n’exécute pas seulement une tâche de repassage. Elle la réalise en suivant les attentes, implicites ou  non, de la personne.

Autrement dit, les métiers des services à la personne nécessitent des compétences relationnelles. Si les agents de Pôle Emploi en avaient conscience,  ils intégreraient la notion « transfert de compétences » et mèneraient des recherches de candidats dans d’autres ROME (hôtellerie, restauration, protection des personnes etc). Mais cela n’est pas le cas.

Résultat, la pénurie d’auxiliaires de vie devient problématique dans de nombreuses structures. Les besoins de services à domicile sont plus importants que le nombre de professionnels disponibles sur le marché. Et pourtant, le socle de la politique du vieillissement est le maintien à domicile…Et pourtant, les soins ambulatoires, même en cas de pathologie lourde, se propagent. Quant aux structures d’accueil de personnes handicapées, on sait bien qu’elles ne sont pas suffisantes pour décharger les familles d’enfants autistes, polyhandicapés etc ? N’est-ce pas paradoxal ?

Comment se faire aider quand on est malade, fragile en perte d’autonomie ? Et surtout, comment bien se faire aider, par des professionnels qui ne le sont pas par défaut ?

Toutes ces questions ont été soulevées par les responsables de structures de services à domiciles lors des dernières Assises nationales de l’Aide à domicile, qui se sont tenues fin septembre à Paris. Réponses des politiques présents ? « Oui, c’est dur, oui, votre dévouement est admirable. Mais patience… ». Patience…

Voilà qui ne donne envie de faire de vieux os et de prendre le risque de se fragiliser.  Qui s’occupera de nous, demain ? Mais peut-être est-ce le but recherché ? Vouloir dégoûter de s’éterniser à vivre dès lors que l’existence ne se conjugue plus avec « pleine possession de ses moyens ».

 

 

Par Véronique Châtel, journaliste spécialiste des problématiques liées à l’avancée en âge, auteure de reportages pour la presse et l’édition sur les professionnels du grand âge (Je veux vieillir chez moi, Scrineo, 2015, Je vous trouve si belles, Scrineo, 2010).