L’e-mortalité

Facebook.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore, Facebook est un réseau sur Internet  dont on dit, à mon sens à tort, qu’il est social. Il permet à toute personne possédant un compte de se présenter en créant son « Profil » et d’y publier des informations plus ou moins accessibles à d’autres personnes, possédant ou non un compte. L’usage de ce réseau s’étend du simple partage d’informations d’ordre privé (par le biais de photographies, liens, textes, etc) à la constitution de Pages et de Groupes visant à faire connaître des institutions, des entreprises ou des causes variées.

On s’y connecte, on y entretient son réseau en se faisant des « amis » (sic), on partage des liens, des informations, on y publie les photos de ses dernières vacances, on y raconte sa vie, tout et n’importe quoi.

Et puis un jour on meurt. Et notre profil nous survit. C’est arrivé à une amie voilà plus d’un an maintenant et qui hélas n’est plus là pour en témoigner. Mais aujourd’hui encore on peut lui demander de bien vouloir être une « amie », on peut lui envoyer des messages auxquels évidemment elle ne répond pas.

Et elle n’est pas la seule. Il existe maintenant sur Facebook des milliers de fantômes virtuels qui continuent à nous sourire depuis l’au-delà au risque de réveiller ou d’attiser la douleur des familles et des proches. Certes, ceux-ci peuvent désormais signaler le deuil de la personne et demander la suppression de son  « profil » mais aussi, et voilà le progrès qu’on n’arrête pas, de le transformer en une sorte de mémorial virtuel.

Nous avions jusqu’à présent plusieurs possibilités pour honorer la mémoire du cher disparu, la tombe, l’urne, le bouquet de fleurs attaché à un arbre le long d ‘une route meurtrière. Maintenant, nous avons, par la magie d’Internet et de Facebook, la possibilité de lui dresser un « mur » funéraire et virtuel.

 

Le dit « mur » demeure actif et on peut y épingler les messages des uns et des autres, les mots des proches, les messages de condoléances. Il accueille aussi des correspondances plus longues qui tentent de maintenir un lien avec la personne perdue.

Après l’escamotage de la mort dans nos sociétés par de multiples procédés qui la rendent invisible, le cyber-deuil va plus loin encore. Ainsi, il est probable que dans les temps à venir nous n’aurons plus à nous déplacer pour aller poser un bouquet le jour de la fête des morts. Assis dans un fauteuil, un simple clic avec l’index sur le bouton gauche de la souris de l’ordinateur suffira pour avoir un geste et une pensée pour eux.

Et ce, sans limitation de temps contrairement aux concessions souscrites pour les tombes. Ainsi, les hommes auront trouvé, pensent-ils, une réponse à la question de leur immortalité. Leurs données resteront suspendues sur la Toile dans une sorte d’éternité alors qu’ils seront redevenus poussière depuis longtemps déjà. Le temps, celui qui use, fatigue, élimine « ne fera rien à l’affaire »  et baisse les bras devant l’éternité !

Nous connaissions le e-commerce pour la vente à distance en ligne, e-bay pour la vente aux enchères, vient de naitre l’e-mortalité. Ainsi va le monde !

 

Didier Martz

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