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Les oubliés des grèves

Madame M a 92 ans, elle garde, comme elle dit, « sa tête », mais ne peut plus se mobiliser. « Maudite arthrose » dit-elle souvent. Elle a vendu son petit appartement pour déménager dans un établissement parisien, proche du domicile de son enfance. La maison de retraite est sympathique, accueillante, mais chère. Ses économies y passent petit à petit, et elle se désole de ne pouvoir laisser à ses enfants le fruit de sa vie de travail.

En cette fin d’année, elle voit à la télévision des foules défiler dans les rues et bloquer les transports. C’est, comprend-elle, pour les retraites. Un monsieur à moustache dont elle n’arrive pas à se souvenir du nom, explique que c’est pour ses petits et arrières petits-enfants qu’il se battent… Elle se rappelle la crise de 29 et, pense-t-elle, cela peut être utile.

Mais les jours passent, Madame M constate que le personnel est de plus en plus nerveux, tendu, fatigué. L’aide-soignante, Fatima, qu’elle aime bien, ne s’arrête pas beaucoup dans sa chambre ; elle s’excuse ne n’avoir pas eu le temps de l’aider à sa toilette… Madame M sait que Fatima, comme la plupart de ses collègues, habite loin, qu’il lui faut prendre le RER et le bus. Une heure et demie le matin, autant le soir. Elle se demande comment, avec des enfants à charge, elle peut tenir. Les transports en commun, elle voit à la télé qu’il n’y en a plus, et se prend à penser : « ils se battent pour les retraites, mais pas pour les maisons de retraite »

Dans l’institution, justement, cela commence à devenir intenable. Madame M, qui n’arrive plus à s’alimenter seule, n’a quasiment rien mangé hier. Fatima n’a pas le temps, ses collègues non plus.

Pire, l’épidémie de gastro entérite redoutée arrive.  Elle entend dans le couloir Fatima : « Le livreur de protections ne peut pas venir aujourd’hui… les grèves… on n’a presque plus de stock…comment on va faire, ils ont tous la diarrhée… »

Madame M, a fini par l’attraper, cette satanée gastro. Ce matin, elle n’a pu se retenir et les odeurs envahissent la chambre ; elle si pudique et soignée, c’est comme si un monde se dérobait. Elle sonne une fois, deux fois, trois fois… rien. « Madame, madame » crie-t-elle. Après un temps qui lui semble une éternité, une aide-soignante arrive, énervée. « Arrêtez de crier comme ça ou je ne vous change pas ! »

Madame M se tait. Une larme coule sans que l’aide-soignante la remarque ; elle est changée en un rien de temps. Enfin, changée, si l’on peut dire… il reste quelques bien mauvaises odeurs.

Dans le couloir, elle entend l’infirmière : « c’est vrai qu’on devient franchement maltraitantes. Que faire ? Il y a encore un arrêt ce matin. Même en faisant le minimum du minimum, on n’y arrive pas. Hier, Fatima est partie en pleurant, la peur au ventre, morte de peur à l’idée de ne pouvoir arriver chez elle»

« La direction est sympa et autorise que les chambres non occupées puissent l’être par le personnel, mais les enfants, on ne peut les laisser seuls… quelle galère !»

« Faudrait quand même laisser passer les soignants… on habite loin en banlieue… »

Madame M se souvient un peu de ses très lointaines leçons de philosophie. « La fin justifie-t-elle les moyens ? » Elle se rappelle même avoir disserté sur le sujet et avoir eu une bonne note. Elle avait cité Arendt : on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, mais les œufs se rebiffent…

Comment se rebifferait-elle, dans son fauteuil, avec ses articulations désespérément douloureuses et presque incapable du moindre mouvement ?  Comment dire à ceux qu’elle voit à la télé, que le personnel n’en peut plus et qu’elle ne pourra pas être lavée, nourrie, soignée correctement, comment expliquer qu’il faut la changer plusieurs fois par jour ?

A 92 ans, qui, dans la rue, s’intéresse à elle ?

Madame M laisse couler une nouvelle larme.

Merci monsieur moustache.

 

Dominique Rivière

« Ok boomer » ?

       Le plus souvent, lorsque dans un échange qui tourne mal un des interlocuteurs veut clore le débat en clouant le bec à l’autre, la formule utilisée, peu élégante, avouons-le, mais parfois très efficace, ressemble à quelque chose du genre : « Ta gueule connard! » Cette formule peut alors, à cause de l’insulte qu’elle contient, renforcer le désaccord, attiser le désir de vengeance et, parfois, déclencher un passage à l’acte qui pourra à son tour, entraîner des coups, voire des blessures injustifiables, même s’il arrive que l’on puisse les trouver compréhensibles…

Il arrive qu’à « connard » on soit tenté de substituer quelque chose de moins répréhensible… Il arrive même que « Ta gueule » laisse la place à quelque chose qui semble presque dire le contraire… C’est ainsi sans doute que s’est construite et se répand, se propage, cette expression aussi sympathique que détestable: « OK Boomer[1] ».

Sympathique, du moins en apparence et au premier degré. « Ok » d’origine américaine, puis québécoise, exprime l’accord, qui s’en plaindrait ? Le mot « Boomer » quant à lui fait référence, évidemment, à l’âge de la personne implicitement désignée comme étant née entre 1945 et 1960 et faisant, par conséquent, partie de la désormais fameuse génération des « baby-boomers »!

Et voilà ce qui pourrait bien rendre moins sympathique l’usage de cette expression… « Ok boomer » pourrait bien être, osons le dire, une manière de ne pas dire mais de donner à comprendre un « compliment » du genre « Ta gueule vieux con… je n’ai pas l’intention de continuer à parler avec toi, je n’ai pas de temps à perdre! »

Et voilà que celles et ceux qui, pour de sombres raisons d’intérêt économique, cherchent depuis des années à opposer les générations, à rompre le pacte de solidarité entre les générations (par exemple en  démantelant le système de retraite par répartition…) pourraient bien être en train de gagner… Voilà que l’âge devient une raison de se taire, d’être une nouvelle fois privé de son droit de parole… Comme si faire taire les vieux, les réduire au silence, pouvait avoir pour corollaire de donner mieux la parole aux jeunes…

Quelle bêtise! « Personne ne libère autrui, personne ne se libère seul, les hommes se libèrent ensemble » disait Paolo Freire[2] avec tellement de pertinence… Ensemble…

Cette expression qui fait le buzz évidemment sur les réseaux soi-disant « sociaux » est d’autant plus détestable qu’elle vient désigner les vieux comme disqualifiés, mauvais, incapables, incompétents, etc, à cause de leur âge. Comme si l’âge pouvait être un critère d’évaluation de l’intelligence, de la pertinence, de la lucidité… L’âgisme émerge exactement à cet endroit, regroupant toutes les formes de discrimination, de ségrégation, de mépris fondées sur l’âge et leur permettant de s’exprimer.

Bien sûr il y a eu dans la génération des baby boomers quelques privilégiés, évidemment minoritaires qui, comme dans toutes les générations d’avant ou d’après, ont eu des avantages liés parfois à leurs origines, à des rencontres, à la chance…

Bien sûr il y a eu dans cette génération des privilégiés qui ont fait bien peu de cas de leurs concitoyens et des conditions de vie de la plus part d’entre eux, des profiteurs indignes, des corrompus, des manipulateurs, des… Oui bien sûr mais ce n’est pas cette génération qui les a inventés et je me réjouirais d’être certain que les générations suivantes ont bien rompu avec ces comportements, mais…

Bien sûr il y a eu tout cela mais, de grâce, ne faisons pas de cette génération  dite du baby boom la génération privilégiée que tout le monde pourrait aujourd’hui envier parce qu’elle aurait tout eu, parce qu’elle aurait joui de tout sans se soucier des autres…

Non ! Les femmes et les hommes de cette génération n’ont eu de liberté que celle que leurs parents et grands parents leur ont donnée en la payant bien cher à travers les guerres qu’ils ont dû faire et vivre… et celle qu’ils ont dû conquérir à travers l’extraordinaire mobilisation de 1968 pour mettre en question l’autorité ou plutôt l’Autorité de l’État, du Patronat, de l’Église, des institutions, de la famille, etc. Il a fallu pour cela se battre, rester mobilisé, transformer les conditions de travail, conquérir un peu plus de congés payés et un âge décent pour partir à la retraite, etc… Il a fallu conquérir le droit à la contraception, transformer (même s’il reste beaucoup à faire) le statut des femmes et celui des hommes parallèlement… Il a fallu se battre pour faire valoir des droits tels que la liberté de penser, d’écrire, de publier, etc. Il a fallu changer le regard sur celles et ceux qui, porteurs d’un handicap, revendiquent, malgré tout, le droit de trouver leur place dans une société qui n’en finit pas de les tenir à distance… Il a fallu adapter la société française aux transformations gigantesques d’un monde où enfin on pouvait commencer à vieillir nombreux, du moins plus nombreux que par le passé.

Oui ! Les femmes et les hommes de cette génération ont cotisé, non pas pour « s’acheter » une retraite mais pour s’ouvrir un droit et contribuer ainsi à la solidarité nationale en finançant ainsi les retraites de celles et ceux qui les précédaient…

Et puis les vieux de cette génération dont il est devenu banal de dire qu’ils ont tout eu… ont eu des conditions de vie, étant jeunes, dont il faudrait aussi parler… À l’école, en pension, en colonie de vacances même, en apprentissage, à l’armée, au travail, en formation…

Je n’ose dire ici quelles étaient les conditions de vie, de travail, de ressources dans lesquelles j’ai grandi… Je n’ose dire ici à quel âge il m’a bien fallu commencer à travailler pendant les vacances pour imaginer faire des études… en travaillant… Je n’ose dire parce que l’objet n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, mais ce « Ok Boomer » a quelque chose d’insupportable, je le reçois personnellement et solidairement comme une insulte. Si cette insulte n’était adressée qu’à moi, ce serait déjà difficile mais l’adresser à une génération c’est lamentable, insupportable…

Bien sûr cette génération ne laisse pas à celles d’après le monde idéal dont légitimement elles peuvent rêver… Bien sûr dans de nombreux domaines elle aurait dû et peut-être pu faire mieux… Bien sûr elle laisse en héritage un monde imparfait, une nature en souffrance et des inégalités sociales dramatiques. Mais se pose- t-on la question de savoir qui a tenu les rennes ? Qui a manipulé ? A qui a rapporté cette mystification dont globalement nous génération d’après-guerre nous avons fait l’objet ? Se pose-t-on la question de savoir comment cette génération de l’immédiat après guerre a été manipulée par un ultra libéralisme qui nous a fait croire que pour vivre mieux il nous faudrait consommer toujours plus ? Qui nous a conditionnés pour croire que la voiture c’était évidemment la liberté, que la vitesse l’emporterait sur la lenteur, que les biberons en plastique et l’eau en bouteilles était meilleure pour la santé de nos enfants, que les sodas étaient simplement bons à boire, que le nucléaire n’était pas polluant, que le diesel était mieux que l’essence et reviendrait moins cher, que les grandes surfaces seraient l’avenir, que les OGM permettraient de réduire la faim dans le monde et j’en passe tellement, dans tant de domaines…

Bien sûr nous avons collectivement et personnellement manqué de sens critique, de lucidité, de capacité à résister… Bien sûr nous nous sommes laissés éblouir par la télévision, séduire par l’image, par la publicité envahissante ! Bien sûr nous n’avons pas collectivement assez travaillé sur tous ces sujets… Mais n’est-ce pas le propre de ceux à qui l’on ment d’être manipulés par le mensonge et de le prendre pour vérité jusqu’à ce que…

Alors non nous ne sommes pas coupables ! Non je ne suis pas coupable d’avoir été manipulé ! Je veux bien en être responsable, puisque j’ai à en « respondre », à en répondre, à m’en expliquer devant les générations qui viennent. Mais si celles-ci m’interdisent la parole au moment où je veux précisément répondre de cette histoire qui nous a faits, alors elles ne sauront jamais, elles croiront comprendre mais ne sachant pas, elles ne comprendront pas.  Elles s’exposent alors elles-mêmes à une manipulation plus moderne, plus subtile peut-être, plus imperceptible encore mais certainement pas moins efficace… L’ultra libéralisme s’adapte, se décomplexe mais ne lâche rien… Je souhaite à celles et ceux qui s’autorisent cet odieux « Ok boomer » de ne jamais se faire manipuler mais malheureusement j’ai du mal à y croire…

Alors non pas « Ok boomer! » Non certainement pas ok! L’âge ne peut jamais être un critère de disqualification et nous, les vieux, nous savons d’expérience que la disqualification des uns a toujours pour effet d’entraîner la disqualification des autres… Plus les jeunes s’autoriseront à disqualifier les vieux et plus ils se retrouveront eux aussi disqualifiés par un mécanisme exactement symétrique et avec des arguments aussi injustifiables… L’âgisme est sans doute pour l’âge ce que le sexisme est au sexe ou ce que le racisme est aux « races ».

Non les vieux ne se tairont pas! Non nous ne fermerons pas notre gueule de vieux parce que nous avons le droit d’être fiers de notre âge… Nous serons, comme les autres, tenus à respecter nos interlocuteurs mais nous ne renoncerons pas à la liberté de parole que nous avons mis tant de temps à conquérir et dont la conquête n’est sans doute jamais suffisamment acquise.

 

Non nous ne nous tairons pas, je l’espère du moins, parce que je suis profondément convaincu que c’est dans la belle complicité entre les générations que nous pourrons inventer l’avenir…

 

Michel Billé

[1] L’expression « OK Boomer » est utilisée de manière péjorative pour tourner en dérision des jugements perçus comme mesquins, dépassés ou condescendants, de la part de personnes âgées, particulièrement les baby-boomers. En novembre 2019, Chlöe Swarbrick, une parlementaire néo-zélandaise, alors qu’elle intervient sur le changement climatique, répond d’un expéditif « OK Boomer » à un collègue plus âgé qui cherche à la déstabiliser. L’expression est devenue sur le web ce que l’on appelle un « mème internet », (de l’anglais meme [miːm], à ne pas confondre avec le français même) c’est à dire un élément culturel reconnaissable, reproduit et transmis par l’imitation du comportement d’un individu par d’autres individus. (Source : wikipedia).

[2] Paulo Freire (1921-1997) pédagogue brésilien connu pour son travail d’alphabétisation visant les adultes de milieux pauvres, une alphabétisation militante, conçue comme un moyen de lutter contre l’oppression. Il est notamment l’auteur de : Pédagogie des opprimés. Ed. Maspero. 1974.

Les rois mages en grève !!!

             Je ne sais pas si  vous êtes au courant mais je viens d’écouter des infos et d’apprendre que les Rois Mages ont déposé un préavis de grève pour le 6 janvier prochain… vous me direz que ça ne provoquera sans doute pas autant de réactions que la grève à la SNCF ou à la RATP, c’est vrai, mais figurez-vous que Melchior, Balthazar et Gaspard ont décidé de rejoindre solidairement la mobilisation contre la réforme des retraites…
Déjà le Père Noël, l’an dernier, je vous avais raconté qu’il était sur les ronds-points avec les gilets jaunes, et cette année ceux qui ont participé aux manifestations l’ont rencontré dans plusieurs villes, il portait une banderole explicite: Delevoye tes cadeaux on n’en veut pas…

Mais là c’est encore autre chose: l’épiphanie, le 6 janvier prochain, c’est vraiment le jour des Rois Mages… Ils se rendent à la crèche, ils apportent des cadeaux, une galette, on la partage, on boit un coup, on fête une nouvelle fois la nouvelle année… Mais les Rois Mages, ils viennent de loin et ne peuvent venir que s’ils prennent le train, le métro, des intercités, des trains de banlieue… Dans le contexte ils auraient donc décidé de renoncer à faire le voyage et de le faire savoir pour dire leur solidarité avec celles et ceux qui s’opposent à la réforme des retraites… Et même, s’ils arrivent à venir ils auraient décidé d’offrir leurs cadeaux (l’or,l’encens et la myrrhe) en contribuant aux caisses de soutien aux grévistes: de l’or, alors ils vont mettre un peu d’argent dans la caisse; l’encens, alors ils vont en faire brûler un peu pour parfumer les gares et les stations de métro; enfin la myrrhe, parce qu’elle soigne depuis toujours une multitude de problèmes de santé et que si la grève dure encore nos concitoyens auront bien besoin d’aide…

Alors? Galette, frangipane, brioche? Peu importe… Au moment où tous, plus ou moins nous serons amenés à la partager, nous aurons en tête l’étymologie du mot que nous serons censés célébrer: épiphanie en grec ( épiphaneia) signifie « ce qui apparaît ». Par extension une épiphanie c’est la compréhension soudaine, la manifestation de ce qui était caché…
Alors en ce début d’année, formulons un vœu, même utopique, on y a bien droit de temps en temps: imaginons que même avec un peu de chance, de sérendipité, le gouvernement, apprenant la grève des Rois Mages, surpris par leur mobilisation qu’il n’attendait pas, et après être passé à côté de la mobilisation du Père Noël, imaginons que le gouvernement découvre et comprenne que nos concitoyens qui sont mobilisés contre la réforme des retraites sont d’abord engagés pour défendre la solidarité entre les générations, au nom de la fraternité républicaine…Et si cela se vérifiait alors on pourrait vraiment se dire: Bonne année à tous!

Michel Billé

Vieillir comme le (bon) vin 1: Le vigneron et la belle

Mon propos est de vous rapporter une histoire ; celle de Melle I. qui est devenue Mme Françoise F.

Ainsi, il y a une quarantaine d’années, Françoise, récemment repérée lors d’un bal à Noël par son Charmeur, est invitée par celui-ci à visiter la cave de son vigneron de père. Françoise ne buvait pas une goutte de vin. Elle n’était pas issue de ce milieu de vignerons ou de la viticulture qui caractérisaient la vie dans ce village. Et, de plus, « mon père ne buvait que du vin jeune » dira-t-elle.

Elle risquait de déguster !

Elle était en terre inconnue en se présentant sur le terrain de vie du patriarche. Homme charismatique qui allait lui permettre de s’épanouir. A l’époque, elle n’en avait aucune idée.

Ainsi, alors qu’elle découvrit le lieu mythique de La  cave, Le Grand-Père présent ce jour-là, lui dit,

« On ne peut pas dire que l’on n’aime pas tant que l’on n’a pas goûté ».

La suite fera que la transmission passera par Le  fils du Grand-Père. Après l’accueil de la novice Il ne savait pas encore qu’il parlait à celle qui deviendrait sa fille spirituelle. Fille, qu’il avait tant attendue et que son fils aîné lui amenait. Elle ne savait pas qu’elle l’appellerait Le Père.  Cet homme novateur, précurseur, acceptait donc de parler viticulture, œnologie à une femme en devenir. Gageur, car celle-ci pouvait faire tourner le vin si……croyait-on à l’époque,… enfin, vous savez bien.

Par son accompagnement, il allait alors perpétuer une tradition de création qui lui venait de sa filiation, en allant au-delà de la  tradition figée ; j’enseigne, je transmets à Mon fils. Mais il parlait, il parlait, lui qui était issue de huit générations de vignerons, il parlait au désir de son fils. En plantant le décor, il reconnaissait la légitimité d’une naissance. Celle d’un amour, et surtout celle qui donnera naissance à Françoise F.. C’est ainsi qu’à l’occasion de cette première rencontre Françoise fut initiée à l’esprit du vin, de la terre à la bouche, une âme, une découverte pour elle, esprit qui avait rempli, imprégné, son Charmeur depuis son enfance.

Les images, les métaphores vont remplir le discours du ce Beau-père. Françoise comprend alors qu’il lui faudra aussi s’imprégner de cette culture si, au-delà de la rencontre avec son Charmeur elle veut en faire une histoire. Une Histoire de longévité, de mariage, de naissances en barriques et en berceaux.

Le contexte, de la viticulture et du travail en cave sont du même ordre que l’attente d’une naissance et l’accompagnement parental. Le naturel est ce qu’il y a de mieux, mais parfois il faut un savoir-faire pour ne pas tout perdre. [Certains vignerons sont capables de ne pas s’y risquer si le résultat est peu probable…  ou proposer un étiquetage différent.. normes, normalité…   éthique personnelle et la loi].

 

Enfances choyées, comblées laissant la part des anges se faire et son ouillage  poursuivre l’œuvre du temps qui  doit faire son office. Petit de l’homme ou produit de la terre nourricière, les fruits de rencontres sont dépendants et immatures, il leurs faudra du temps pour être, s’épanouir …et mourir.

Comprendre que le bouchon ne bouchonne pas forcément mais avant tout, qu’il permet au vivant de respirer. Assimiler qu’il faut attendre que la bouteille « fasse la maladie de la bouteille » pour comprendre ce que « le vigneron expérimenté » attend de ce jus imparfait mais  en devenir. Le cul incurvé de la bouteille permet un meilleur ventre pour le vieillissement du vin. Le cul bourguignon, plat quant à lui, favorise un vieillissement plus rapide. Ce n’est pas du pur hasard si les savoir-faire en fonction des régions ne sont pas tous identiques. Les cépages différents sont valorisés par le terroir et transformés avec art par le vigneron,  Maître de chais qui respecte les étapes indispensables pour un bel équilibre. Cet accompagnement est une analogie aisée avec la fonction éducatrice parentale. Il y faut autant de technicité consciente et inconsciente, de la tradition et de l’amour respectueux.

Le Beau-père disait : « que le vin doit se loger dans le ventre, le vin dépose dans la bouteille c’est un signe de vie. Tout simplement parce que si l’homme ne va pas aux toilettes, il meurt. Il convient de faire le tri dans le subtil et l’épais, il lâche les particules les plus grossières et il en devient plus subtil ». De cette croissance, il parlait avec spiritualité, et des phrases comme ça, il en avait plein. Françoise qui  buvait ses paroles  ne comprenait pas toujours à cette époque-là la largeur, l’épaisseur de ses propos. Il lui fallut faire expériences,  Melle I. qui ne buvait pas, pour devenir Françoise F. une experte. Il  lui fallut du temps, pour comprendre dans sa chair ce qu’il disait dans des propos magiques empreints d’ésotérisme. Elle en consommait sans modération de  ses paroles et apprenait, au fil du temps à déguster, ce qui allait devenir des nectars.  «Grand-père buvait du 1900, …pour 2000, le vin était encore vivant». Une complicité s’installait avec le Père en même temps que la rencontre hypnotique avec son Charmeur se transformait en vie d’amour. Tout au long de cet apprentissage il  proposait  des phrases percutantes comme ont besoin, ceux qui, pour se forger une personnalité ont besoin, un temps, d’une éducation musclée. Par exemple ; « Se saouler avec un vieux vin, c’est aller vers la lumière de « livreté », c’est pas être saoul, c’est être à la limite conscient et en même temps embarqué, désinhibé et conscient ». Il  voulait dire, « il nous faut du vin pour laisser nous dégager de quelque chose sans tomber dans la grossièreté » me précisa Françoise. Au fil du temps, s’est peaufiné une éducation, un élevage commencé par une lecture aiguisée d’un homme âgé  d’expériences, capable de scruter, mirer, sentir un potentiel chez Françoise venue en cave par son Charmeur, pas uniquement pour conquérir ou comprendre, mais aussi pour s’épanouir pour elle-même et pour faire couple. Faire couple, comme peuvent l’être, un bon vin avec son dégustateur averti, être capable de déguster la temporalité a ici tout son sens.

Un peu plus de 40 ans plus tard, Françoise peut maintenant parler avec son propre vocabulaire du vieillissement du vin. Elle a sa propre spiritualité tout en faisant référence au cadre du Grand- Beau-Père, contraction de Grand-Père, Beau-père et Père. Spiritualité et exploration de  l’espace de fonctionnement que lui a permis d’acquérir son Charmeur devenu son compagnon de vie.

Les vieux vins, certains ne les aiment pas, à tort ou à raison. Certains ne connaissent que les vins jeunes et flatteurs comme on chérit la jeunesse sans se soucier du devenir. Tout comme il y a des durées de vies plus courtes en fonction des lieux, des époques, mais aussi des espèces, il y a des variétés de raisins qui acquièrent une maturité en cave plus tôt que d’autres. Il n’est donc question que de temporalité polysémique car, il y a aussi des gens qui  vieillissent mal.  Des gens qui sont, ou deviennent imbuvables, même jeunes au sens de l’état civil. Il est commun d’entendre « je n’aime pas vieillir ». Mais vieillir c’est tout un art, y a pas d’âge civil pour se vivre vieillissant. L’épanouissement lors d’une dégustation (de vie ou de cave) est à repositionner dans une trajectoire existentielle.

Un vrai vin de vigneron est un vin vivant et il dépend de comment il a été conçu et  travaillé. Le dialogue réduction-oxydation va permettre les échanges et les développements de palettes visuelles et aromatiques. Laisser du temps au temps cela veut dire faire un pari, tout comme l’est la conception et  l’arrivée des enfants qui invitent aux surprises malgré les anticipations. La tradition angevine veut qu’à chaque naissance un début de cave avec le vin de l’année de naissance de l’enfant soit constitué par les parents, c’est aussi  un pari.

Mais avant ses propres naissances,  il fallut à Françoise qu’elle comprenne, qu’elle s’imprègne de la culture viticole. Il n’y a pas de naissance aboutie sans symbolique, il n’y a de vraie maturité que dans un échange diachronique et synchronique conforme et ajusté. C’est ainsi qu’un matin dans les pouailleux sableux, Françoise  observait la charrue qui déplaçait une terre fumante. Le Père lui dit « retire tes chaussures et suis la charrue », le ton péremptoire et les yeux bleus perçants  n’invitaient pas à la rebuffade. Une sensation « d’être pris avec la terre » envahit Françoise, une impression  qu’elle faisait partie d’un tout, « émue et ivre de cette sensation » son ancrage temporel viticole la faisait rentrer dans la filiation d’une famille où, avec le temps elle comprit qu’elle apportait son étrangeté. « Et il m’a dit, je t’apprendrai… », Françoise est pleine d’émotions quand elle rapporte se souvenir d’ancrage dans une réalité terrienne.

L’initiation continua, et un peu plus tard dans la saison, ce fut  la taille : « regarde-moi ben faire… » mais plus tard, «  tu n’as pas regardé ». En effet, Françoise prit conscience de la diversité des Sujets. Conscientisation à la suite d’une formule lapidaire qu’il lui avait généreusement  proposée « regarde cette foule de ceps il n’y en n’a pas  un de  pareil donc tu ne vas pas tailler de la même façon ». « Regarde même des jumeaux ils ne sont pas pareils… Regarde, concentre-toi ». Et les phrases toutes faites étaient ainsi prononcées avec une valeur initiatrice d’une transmission que lui-même avait reçue du Grand-Père. Pas de vérité absolue, mais des appuis chargés de sens, comme, regardant les nuages il disait « temps pommelé, fille fardée ne dure pas plus qu’une journée ».

La naissance d’un vin commence par le désir de ses parents il faut le faire avant que le raisin ne soit  pressé. L’accompagner pour le conduire à maturité tout en comptant sur l’épigénétique pour en apprécier les découvertes espérées, mais parfois inattendues.

L’histoire de Françoise la conduira  à avoir son propre vignoble fort des conseils transmis et de ce qu’elle   a appris auprès de son Charmeur pendant plusieurs années. Son vin, reconnu l’est encore plusieurs années plus tard. Reconnue, Françoise l’est dans un monde d’hommes, même après avoir été chassée de Sa cave par le propriétaire du vignoble. Celui-ci l’avait débauchée, comme peut l’être un adolescent qui a besoin de s’expérimenter en quittant ce giron familial, elle avait pris sa distance avec La Cave …mais ça c’est une autre histoire.

Vieillir comme le bon vin c’est  croire à la transmission subjective associée à des notions pratico- théoriques et théorico-pratique. Mais l’approche subjective doit rester la caractéristique d’un breuvage vivant. La lutte pour   qu’il ne soit pas « poly- prothèsé » et qu’il puisse garder sa singularité est certainement à favoriser.

Singularité, même si « blanc et rouge finissent ambrés » avec le temps, tout comme hommes ou femmes âgées voient leurs différences physiques s’atténuer avec l’âge avancé. Nous ne pouvons faire fi de l’historicité singulière encore « genrée » à notre époque. Chaque bouteille, chaque humain est un spécimen. Un bon vin, tel un enfant est issu d’un désir, son vieillissement accompli, un pari.

Comme l’âgisme, les vins vieux sont de moins en moins prisés et il est demandé une maturité rapide sans adolescence…. Rentabilité oblige. L’uniformatisation d’un goût répété à l’envie assure un clonage du goût et une perte d’inattendu. Telle une mondialisation qui favorise l’uniforme.Ceci est un autre débat d’autant qu’il y a d’excellents jeunes qui peuvent s’apprécier…..

Françoise I., Françoise F., FRANÇOISE EST DEVENUE LABEL…..en plus.

 

Frédéric Aumjaud

 

Courrier au Haut-Commissaire aux retraites

Objet: Transition emploi retraite

Pour une Ecole de la 3e chance retraite et long vieillissement

Appartenant à la première génération qui pouvait espérer trente, quarante ans et plus en situation de retraite, j’ai commencé la mienne, comme pour ma carrière, par un temps d’apprentissage, trois années à l’Université permanente de Nantes pour deux DU, santé et droit, des matières qui me semblaient « utiles » pour vivre un long vieillissement.

Je me suis reconstruit une carrière et une nouvelle profession, dans lesquelles je suis très heureux et de plus en plus passionné, dans un équilibre entre ma vie familiale, amicale, de loisirs, et de travail.

Je vous demande Monsieur le Haut Commissaire, de penser à la préparation à ce long temps de retraite. Les retraités.es ne peuvent plus seulement « s’occuper » ils doivent demeurer en capacité et moyen de choisir leurs modes, conditions et environnements de vie pour le moins. Un apprentissage tout au long de la vie est nécessaire. Je travaille sur une « Ecole de la 3e chance retraite et long vieillissement où chacun.e apporte ses savoirs, expériences, réussites et échecs, ses ennuis et désespérances parfois… à partager pour nous enrichir et nous donner les « outils » pour comprendre et entreprendre cette dernière étape de vie.

Il ne s’agit pas de cours magistraux, mais d’apprendre l’usage du bon sens, de l’esprit critique, des préparations aux transformations du monde avec ses inédits et ses incertitudes… pour ne pas risquer de devenir esclaves des politiques sociales, technologiques, environnementales, scientifiques, religieuses… faute de les comprendre.

Les organisations de préparation à la retraite, je les ai consultées avant d’entrer en situation de retraite, sont orientées vers le « retraité actif » bénévole ou pas, ce qui correspond parfaitement à une demande.

J’envisage davantage le retraité citoyen responsable, actif forcément, mais soucieux de connaissances essentielles pour construire demain entre et avec quatre, cinq générations dans un équilibre harmonieux entre la vie, l’activité, le repos… et l’esprit critique d’une société du XXIe siècle en mutations que nous voulons décider en connaissance de cause.

Je demeure à votre disposition,

Pierre Caro, retraité professionnel

PS:  Suite à ce courrier, je participerai aux consultations du Haut Commissaire Jean Paul Delevoye pour la reforme des retraites

L’e-mortalité

Facebook.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore, Facebook est un réseau sur Internet  dont on dit, à mon sens à tort, qu’il est social. Il permet à toute personne possédant un compte de se présenter en créant son « Profil » et d’y publier des informations plus ou moins accessibles à d’autres personnes, possédant ou non un compte. L’usage de ce réseau s’étend du simple partage d’informations d’ordre privé (par le biais de photographies, liens, textes, etc) à la constitution de Pages et de Groupes visant à faire connaître des institutions, des entreprises ou des causes variées.

On s’y connecte, on y entretient son réseau en se faisant des « amis » (sic), on partage des liens, des informations, on y publie les photos de ses dernières vacances, on y raconte sa vie, tout et n’importe quoi.

Et puis un jour on meurt. Et notre profil nous survit. C’est arrivé à une amie voilà plus d’un an maintenant et qui hélas n’est plus là pour en témoigner. Mais aujourd’hui encore on peut lui demander de bien vouloir être une « amie », on peut lui envoyer des messages auxquels évidemment elle ne répond pas.

Et elle n’est pas la seule. Il existe maintenant sur Facebook des milliers de fantômes virtuels qui continuent à nous sourire depuis l’au-delà au risque de réveiller ou d’attiser la douleur des familles et des proches. Certes, ceux-ci peuvent désormais signaler le deuil de la personne et demander la suppression de son  « profil » mais aussi, et voilà le progrès qu’on n’arrête pas, de le transformer en une sorte de mémorial virtuel.

Nous avions jusqu’à présent plusieurs possibilités pour honorer la mémoire du cher disparu, la tombe, l’urne, le bouquet de fleurs attaché à un arbre le long d ‘une route meurtrière. Maintenant, nous avons, par la magie d’Internet et de Facebook, la possibilité de lui dresser un « mur » funéraire et virtuel.

 

Le dit « mur » demeure actif et on peut y épingler les messages des uns et des autres, les mots des proches, les messages de condoléances. Il accueille aussi des correspondances plus longues qui tentent de maintenir un lien avec la personne perdue.

Après l’escamotage de la mort dans nos sociétés par de multiples procédés qui la rendent invisible, le cyber-deuil va plus loin encore. Ainsi, il est probable que dans les temps à venir nous n’aurons plus à nous déplacer pour aller poser un bouquet le jour de la fête des morts. Assis dans un fauteuil, un simple clic avec l’index sur le bouton gauche de la souris de l’ordinateur suffira pour avoir un geste et une pensée pour eux.

Et ce, sans limitation de temps contrairement aux concessions souscrites pour les tombes. Ainsi, les hommes auront trouvé, pensent-ils, une réponse à la question de leur immortalité. Leurs données resteront suspendues sur la Toile dans une sorte d’éternité alors qu’ils seront redevenus poussière depuis longtemps déjà. Le temps, celui qui use, fatigue, élimine « ne fera rien à l’affaire »  et baisse les bras devant l’éternité !

Nous connaissions le e-commerce pour la vente à distance en ligne, e-bay pour la vente aux enchères, vient de naitre l’e-mortalité. Ainsi va le monde !

 

Didier Martz

Les robots pour les personnes âgées : des robots anti-citoyens ?

Quel est le point commun entre les enfants autistes et les personnes âgées ? A priori,  tout semble opposer ces deux publics. Mais c’est sans compter sur certains robots faisant le défi de les réunir.  Parfois, nommé robot familial ou encore robot émotionnel, certains demeurent intéressants comme une aide fonctionnelle (lire et envoyer des messages, réveiller, surveiller maison et appeler en cas de problème, alerter en cas de chute, rappeler la prise de médicaments, ou partager des moments en réel avec des proches). Cette « prothèse-parentale » permet aussi d’occuper les enfants, voire de les aider sur leurs devoirs, mais aussi aux proches de surveiller des personnes âgées. Comment entendre quand même qu’il s’agit de robots pour les personnes seules ou isolées ? Même s’ils peuvent offrir une interaction avec les proches, toutes possibilités de sortir de sa sphère privée semble exclue. Certes, quelques machines proposent des jeux, fermant ainsi la porte aux loisirs en chair et en os. Qu’en est-il de ces appareils proposés auprès d’autres publics ?

D’autres robots ont été développés dans certains hôpitaux pour permettre aux enfants malades de sortir de leur bulle et  surtout afin de ne pas rompre les différents liens noués avec l’extérieur.

Les robots de téléprésence sont certainement ceux qu’il faudrait développer dans les EHPAD où, actuellement,  majoritairement les activités sont proposées par les établissements. Certes, il ne faut pas oublier celles étant le fruit d’animateurs externes. Mais il faut bien constater qu’il s’agit toujours du même groupe de résidents qui y participe, parfois avec d’autres personnes vivant dans des EHPAD voisins, sans véritable échange avec des individus différents de soi. Toute  possibilité de rencontrer d’autres personnes, de laisser l’opportunité à la surprise, est annihilée. Sans doute, la psychologie sociale mettrait en avant que l’identité en tant que résident n’est que renforcée mais celle de citoyen est occultée pourrait-on se risquer à dire.

Par exemple, le robot de téléprésence, Projet VIK-e, permet à certains enfants de participer à un cours d’art plastique via l’écran. Alors qu’un premier appareil permet à l’enfant de suivre la leçon de sa chambre, un autre robot sur pied dans la salle de cours demeure libre de se déplacer et de favoriser des interactions avec le professeur mais également, certainement, de manière plus intime, avec un des autres participants. Chez un public âgé, le robot peut aussi donner des cours de gymnastique mais cette fois-ci à l’intérieur de l’établissement avec les usagers. À en croire les spécialistes, ce dernier favoriserait le sport plutôt que des cours dispensés par un humain car celui-ci pourrait juger des performances. Mais comment un robot sans corps serait-il en possibilité de dispenser des conseils ?

Mais d’autres initiatives ont été entreprises, pour les enfants hospitalisés, comme rencontrer des athlètes à l’autre bout du monde ou plus simplement de sortir dans les musées. Nouvelle différence de taille, alors que le premier robot permet l’interaction avec des êtres animés, pour nos aînés, le second robot conversationnel a pour vocation de discuter. Mais constitue-t-il vraiment un compagnon ? Que peut-il savoir des questions métaphysiques en rapport avec la condition humaine (la maladie, la mort, la joie, …) ?

Dans cette même perspective, certains robots développés en EHPAD, « offrent » l’opportunité de faire du sport « en sortant » de la résidence puisqu’une réalité virtuelle diffuse un paysage donnant l’illusion de se plonger dans la nature ! Nature ou culture, le débat est dépassé via le numérique. Certains vont jusqu’à offrir la possibilité de remonter le temps, en trichant sur les décors, faisant croire ainsi qu’une époque révolue d’il y a 30 ans est actuelle. Même si les bienfaits de la réminiscence demeurent intéressants, pourquoi ne pas favoriser un ancrage dans le présent par le biais d’une visite dans un musée mais aussi d’exploiter la demande de la personne ?

En comparant, les robots à disposition des enfants dans les hôpitaux et ceux attribués aux personnes âgées, il est clair que ces appareils ne sont pas construits forcément pour le bien-être de ces individus comme le sont ceux des enfants. Mais probablement la famille ou les institutions en demeurent les acheteurs. Mêmes s’ils sont légitimes, les intérêts de ce public (sécurité, santé,…) paraissent prôner sur les bénéfices des principaux usagers.

Bien que certains robots restent de merveilleuses inventions avec un précieux aspect utilitaire, d’autres questionnent. Dans le Larousse, par curiosité, je suis allé rechercher la définition première de citoyen : « Dans l’antiquité, personne qui jouissait du droit de cité ».

Peut-on dire qu’avec cette nouvelle vague de robots une nouvelle ère s’ouvre, substituant au monde réel retirant un peu plus les personnes du monde au profit d’un autre artificiel, d’un monde fait de semblants où la personne âgée n’aurait plus droit de cité ?

 

Frédéric Brossard