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Pourquoi pas des « points vieillesse » pour les bénévoles ?

  1. Je fais cette proposition de comptabiliser les temps de bénévolat des citoyens auprès d’associations, de fondations, et organisations connues et reconnues par l’Etat en attribuant des points vieillesse, utilisables si besoin pour améliorer les conditions d’un long temps de vieillissement, chez soi ou en établissement.

De plus cela valoriserait les fonctions de bénévolat qui permettent de conserver, développer et faire évoluer leur savoir être et leur savoir-faire.

  1. Concrètement, on pourrait imaginer la mise en œuvre de cette idée ainsi. Il ne s’agirait pas d’une rémunération du travail des bénévoles mais d’une sorte de « rente » supplémentaire pour assurer les financements dont auraient besoin les plus âgés et les plus démunis.

Une ouverture à des droits de fin de vie pour ceux qui ont donné leur temps bénévolement, à gérer par la sécu, les mutuelles, les caisses de retraite. Mais mon rôle de citoyen est de proposer comme je l’ai fait au cours du grand débat national. Aux politiques de cogiter sur les modalités de mise en place.

3.Depuis 1999, je me suis construit une « carrière bis » de bénévole retraité en menant un travail de réflexion et d’actions sur un projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondialisée où nous sommes toujours plus nombreux et âgés. Je milite au sein d’une dizaine d’associations et un pionnier avec quelques-uns pour le développement du long vieillissement comme situation la plus urgente dans notre monde actuel. Les professionnels de la gérontologie ayant sur cette question une perspective trop souvent axée sur plus d’accompagnement…

  1. Je dis souvent lors des échanges et pas simplement par provocation que de plus en plus nous aurons environ quarante années à vivre après 60 ans, ce qui interpelle très souvent…

Non pas que je sois certain de vivre ces 40 ans supplémentaires mais penser les choses ainsi nous permettra de penser le futur comme un temps fécond pour de nouveaux projets.

Pierre Caro

Veiller sur et non surveiller

Je ne sais pas si beaucoup d’élèves de terminale, actuellement, ont lu « Surveiller et punir ». J’espère qu’ils sont nombreux. Michel Foucault interpelle encore aujourd’hui, surtout quand j’entends parfois, dans nos unités dites « sécurisées », des gens dirent : « je suis en prison ».

Il est toujours vrai que les relations entre hôpital, école, armée et prison restent complexes, surtout en gériatrie, quand la psychiatrie s’en mêle… Toutefois, quand se perdent mots et raison et que les objets sont renvoyés à leurs inerties, – les mots et les choses… cela me rappelle aussi quelques lectures !- les vieux nous enseignent la présence de la parole, la vérité du fameux logos.

J’avais essayé de mettre en forme ces idées dans « Sur l’autre rive de la vieillesse » (Erès 2017).

Mais l’accompagnement du grand âge nous amène aussi à envisager autrement les relations parfois conflictuelles entre les humains : protéger, soigner, veiller sur, éduquer, aménager. Depuis Thomas More, nous sommes autorisés à oser les utopies, alors j’en propose une nouvelle, presque directement issue de l’expérience de la vie en gériatrie. Et si, dans tous lieux et strates de la société, on faisait ce que l’on fait dans ces « communautés de soins et d’accueil » que peuvent être nos maisons de retraite. Bannir absolument toute forme de violence institutionnalisée et légitimée qu’est la punition. Après tout, les vieux aussi peuvent exercer les uns sur les autres des violences ou, « syndrome frontal » aidant, se livrer à des gestes que l’on qualifierait en d’autres lieux et époques de libidineux, voire même d’agressions sexuelles, ou encore considérer comme à soi ce qui ne l’est pas, et commettre ce que l’on appelait « vol » ailleurs ou autrefois.

Transposer à toute la société le fonctionnement des institutions gériatriques – ou, dans la même idée, des institutions pédiatriques ou pour personnes handicapées- c’est dépasser le système pénal et n’envisager que des ajustements non violents entre les hommes.   A l’heure où l’on songe sérieusement à installer des caméras de vidéo surveillance jusqu’à l’intime des chambres, où l’on pense davantage juge et châtiment que médiation et soin, où l’on admet sans sourciller que tout écart à une norme doit être « recadré », autrement dit puni, je me suis dit : « Michel Foucault, reviens, ils sont devenus fous ! »

Il en est sorti, chez l’Harmattan, un essai politiquement incorrect : « Quand surveiller, c’est punir. Vers un au-delà de la justice pénale » où je rêve d’une société de « veillance-sur » plutôt que de « surveillance ». L’aide-soignante y deviendrait le modèle et la prophétesse d’une communauté d’hommes et de femmes où toute violence ne sera plus que problème à résoudre, et non plus mal à châtier. On y verra discuter ensemble Nietzsche et Freud, explorateurs des zones envahies des meutes de chiens sauvages que sont nos psychismes, avec Lévinas et Buber, admirateurs du visage dans son épiphanie et la richesse des rencontres. Sans peur.

Les vieux ont encore à dire sur la justice, même quand la mémoire s’en va…

 

Dominique Rivière

Nous n’avons jamais autant communiqué, nous ne nous sommes jamais aussi peu parlé

Un premier billet d’humeur, d’autres moins thymiques seront à venir..

Je n’ai pas écouté Jupiter président, juste une phrase saisit au hasard des conversations journalistiques ennuyeuses et convenues.La première observation quant à la conférence de presse postintervention auto-cogruente, est qu’en majorité la parole a été donnée à la presse parisienne..2 questions pour la presse étrangère et je ne parle pas de la presse régionale.

Un monde nouveau se dessine à nouveau. Mais pire encore.; La déférence onctueuse des journalistes interrogeant m’a laissé pantois, nous sommes à des années lumières du Washington-post! Pour l’exemple; » Comment allez vous Monsieur le président, avez vous souffert, avez vous changé, vous représenterez vous en … » Fermez le ban!

Alors me demanderez vous, ou pas, pourquoi ce préliminaire sur un site aussi pertinent sur les problèmes du vieillissement , de l’existence de l’autre quel que soit son âge et sa condition psychique? Tout simplement, qu’il est plus facile de sortir de l’ENA que de l’ordinaire!

Nous n’avons jamais autant communiqué et nous nous ne sommes jamais aussi peu parlé…Nous sommes dans une ére aphasique de notre société, perdus et égarés, nos pensées ne sont plus reliés à des gestes de solidarité, de bienveillance, nous ne reconnaissons plus les valeurs qui nous permettraient de devenir ensemble..

Ne reconnaissez vous pas à ce stade certains symptômes de la soi disant maladie d’Alzheimer?!

L’objet remplace la pensée et le spirituel, le matérialisme est devenu quasiment religieux, qui n’a pas son dernier portable « high tech »d autres que sais je.Pour preuve , les robots que l’on installe dans les EHPAD, afin que les vieux puissent ne pas ressentir la solitude! Nous nous dirigeons vers le plus mauvais des mondes , si nous n’y sommes pas déjà.

C’est un profond changement de pensée qui nous est nécessaire , aucun objet , ni d’autres dieux célestes, ne nous y aideront.
De cet embrouillamini communicationnel permanent , pas de projets , aucune perspective, aucun lien , j’ai le sentiment , parfois de partager ce que peuvent ressentir ces personnes que j’accompagne au quotidien qui souffrent de « démence », perte de l’esprit , il me semble…

Amédée Pierre Lachal

PS Dernier ouvrage paru: »Maladie d’Alzheimer, de la mystification médicale à l’indifférenciation sociale » préface de Louis Ploton éd.les auteurs libres

Travailler à 80 ans ?

Aux USA : à plus de 80 ans, ils sont toujours obligés de travailler (et ils sont de plus en plus nombreux) :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/retraite/etats-unis-encore-au-travail-a-96-ans_3198149.html

Et en France, combien sont-ils qui poursuivent une activité professionnelle bien au-delà de 62 ans, l’âge légal actuel de départ à la retraite ?

En 2016, selon une étude de la Drees, ils étaient 463 000 Français à continuer à travailler tout en percevant une pension. Et parmi eux, 253 000 avaient plus de 65 ans :

https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/retraite/on-ne-peut-plus-suivre-ils-sont-retraites-mais-travaillent-encore-par-necessite-economique_2998449.html

Combien, en 2019, qui s’emploient encore dans nombre de petits boulots “offerts” aux “vieux”[1] : https://www.seniorsavotreservice.com/, et sans doute, dans les chiffres officiels, n’apparaîtront-pas pas celles et ceux qui participent d’une économie parallèle – ou “souterraine” ? –, sans que le fait qu’ils/elles ne soient pas “déclaré.e.s”, résulte toujours de leur choix.

Combien de “vieux”, par exemple parmi ces “invisibles” (ou inaperçus) d’aujourd’hui, comme celles et ceux qui, dans les banlieues, colportent la presse publicitaire dont elles/ils emplissent les boites à lettres des quartiers pavillonnaires, ou qui, en ville, aux heures matutinales et/ou nocturnes, assurent le nettoyage des locaux collectifs d’activités, sortent les poubelles des immeubles désormais dépourvus de concierges ou de gardien.ne.s, ou parmi ces nouveaux auto-entrepreneurs (auto-entrepreneuses ?) urbain.e.s, comme le sont – autre exemple de notre “vie moderne” – les chargeurs (chargeuses ?) de trottinettes électriques (“juicers“ : en anglais, on a moins à se soucier de l’écriture inclusive) ?

Combien parmi les “migrants de l’intérieur quittés par leur pays”, selon les mots de Bruno Latour (https://reporterre.net/Bruno-Latour-Les-Gilets-jaunes-sont-des-migrants-de-l-interieur-quittes-par) ?

A Paris, mais sans doute en est-il de même ailleurs, les “vieux” qui n’ont pu obtenir de “logement social” qu’en “résidences-appartements pour personnes âgées” (en fait d’appartements, il s’agit de studios), n’ont plus, de ce fait, le droit de continuer à travailler dès 60 ans (faut-il rappeler encore, ici, que l’âge légal de départ à la retraite est actuellement de 62 ans avant qu’il soit sans doute encore reculé ?), sauf dérogation dont on nous dit qu’elle est “généralement acceptée”[2].

L’interdiction de continuer à travailler serait-elle ici conçue comme une « contrepartie” – le mot est dans l’air du temps –à l’aide que constitue la possibilité donnée à des “personnes âgées” (des “vieux” de 60 ans !) de pouvoir accéder à un logement social, comme nombre d’autres catégories (“normales” ?) d’âge de la population et aux mêmes conditions de ressources ? Et cette “contrepartie” aurait-elle été conçue à l’instar de celles que certains membres du gouvernement (voir notamment : https://www.lemonde.fr/politique/article/2019/02/15/edouard-philippe-veut-debattre-de-contreparties-aux-aides-sociales_5424057_823448.html) et ailleurs (récemment : https://www.lyoncapitale.fr/politique/auvergne-rhone-alpes-wauquiez-veut-essayer-les-contreparties-au-rsa/) veulent instaurer à l’égard des “bénéficiaires” de minima sociaux ?

Si, c’est afin que les “vieux” se consacrent plutôt à des activités bénévoles au profit de leurs concitoyen.ne.s, nombre de ceux-ci – ici, je m’autorise encore le masculin générique – n’ont pas attendu de telles incitations pour s’engager, ou continuer à s’engager, notamment dans la vie associative.

L’idée même d’une activité bénévole, au delà de celle d’une activité non rémunérée – non “monétisée”, comme on dit aujourd’hui –  n’est-elle pas aussi, et d’abord, l’idée d’une activité volontaire, non imposée, ne relevant que d’un engagement personnel dans la vie de la cité, donc libre[3] ?

Et, l’idée d’imposer de devoir en accomplir une, en tant que “contrepartie” d’une aide sociale, à l’instar d’une peine de “travail d’intérêt général” (TIG), outre qu’elle est antinomique, n’est-elle pas offensante à l’égard de l’idée même du bénévolat ?

Mais, peut-être, cette “idée” veut-elle contribuer à ce que la situation de “sans emploi” soit assimilée d’emblée à une faute, du moins relève avant tout, sinon uniquement, d’une responsabilité individuelle ?

Interrogé tout récemment pour savoir s’il pensait qu’il fallait une contrepartie au versement des aides sociales, celui qui est considéré comme étant à l’origine du Revenu de Solidarité Active (RSA), Martin Hirsch, répondait : « Chaque fois qu’on travaille, on doit avoir une fiche de paye (…) Quand vous donnez une heure de travail, vous avez une heure de salaire ( …) Faire en sorte que quelqu’un qui reçoit une aide sociale travaille sans salaire, la conséquence est qu’il se retrouve en concurrence avec des vrais salariés (…) donc j’y suis défavorable ».

S’agissant de celles et ceux à qui on ne reproche pas encore – quoique, parfois… – d’être des “inactifs” (des “gens qui ne sont rien”), on ose espérer qu’une idéologie de la charité moralisante de retour, et qui semble inspirer un certain “paternalisme d’Etat” s’agissant au moins de sa conception de la solidarité, ne va pas envisager que soient à présent demandées des “contreparties” aux “bénéficiaires” du “minimum vieillesse” (aujourd’hui l’Aspa : l’allocation de solidarité aux personnes âgées) ou de l’AAH (allocation aux adultes handicapés).

Et, s’agissant du projet de “service national universel” qui envisage d’impliquer le secteur associatif et qui me semble aussi béta qu’il sera sans doute inutilement couteux, ce n’est pas ce qui me paraît l’inspirer qui va m’inciter à adhérer à un tel projet que l’on croirait issu d’un esprit encore juvénile.

Mais, à l’heure où dans la géographie gouvernementale, on voit encore moins qu’avant où sont situées la vie associative, l’économie sociale et solidaire, l’éducation populaire, la jeunesse…

Bernard Gibassier


1. Ici, le masculin générique ne semble pas trop froisser et son usage est généralement admis par les “vieilles”.

2. J’ai demandé au Défenseur des droits (l’autorité administrative) ce que pouvait être un droit lorsqu’il est soumis à une dérogation.

Son titulaire actuel, Jacques Toubon) est, comme moi, né en 1941* et pourra exercer cette fonction jusqu’à près de 80 ans (fonction dont s’agissant de l’un de ses prédécesseurs, il m’est arrivé de croire qu’elle était bénévole !).

J’aurais aimé que, pour cette raison, il me fasse part d’une opinion personnelle quant au fait que certains “vieux” du même âge que lui et moi doivent solliciter une “dérogation” pour pouvoir travailler encore.

* Joan Baez aussi, qui, elle, lorsque je l’ai revue récemment, m’a fait penser (croire) un moment que j’étais peut-être resté aussi jeune qu’elle (https://www.youtube.com/watch?time_continue=1&v=zWcKnNH0SHA).


3. Pour ma part, au cours de ma vie – et elle n’est peut-être pas tout à fait finie –, j’aurais consacré bien moins de temps à des activités sociales rémunérées* qu’à des activités sociales bénévoles (certaines dont ont pu bénéficier des membres de la famille d’une des ministres de l’actuel gouvernement !) et sans considérer qu’à cela devait correspondre des “contreparties”, les solliciter ou les espérer (auquel cas, j’aurais été plutôt déçu).

* Activités sociales rémunérées : je préfère ces termes au mot travail et ce en raison de son étymologie généralement attribuée, quand bien même celle-ci soit sans doute erronée. 

 

Le défi d’une culture de la responsabilité chez les retraités et personnes âgées

Dans le conte philosophique de Voltaire, publié en 1748, “Le Monde comme il va”, reflet de la société de Voltaire à son époque, nous trouvons une analyse fine et extrêmement perspicace, qu’on dirait presque de notre propre époque.

Dans ce conte, les génies qui président l’empire du monde se trouvent en colère contre les excès des Perses.

L’ange Ituriel, un de ces génies, confie une mission au Scythe Babouc : se rendre à Persépolis et observer ses habitants accusés de tous les maux, afin de lui rendre un compte rendu fidèle qui déterminera, s’il faut châtier ou exterminer la ville.

Arrivé à Persépolis, Babouc observe le comportement des habitants de la ville, et y découvre un monde où règne la violence, l’injustice, le vice, le crime.

Babouc déchiré tantôt par la violence de cette ville, tantôt par quelques manifestations de vertu chez ses habitants, s’étonne : “Inexplicables humains, comment pouvez-vous réunir tant de bassesse et de grandeur, tant de vertus et de crimes?” Ce monde devrait-il être détruit ?1

 Edgar Morin déclare en 2013 «Tout indique que nous courons à l’abîme et qu’il faut, si possible et s’il en est encore temps, changer de voie.» (E.Morin, 2013).

 «Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils en voient la nécessité que dans la crise» Jean Monnet2

 L’âge de la retraite est aussi celui de deux tiers de vie accomplie, et la vie c’est le changement.

Il est donc toujours temps de changer de voie, il suffit, c’est là le triste constat, que nous le voulions, que nous en ayons le courage, ensemble, pour développer nos capacités et moyens de demeurer des citoyens, acteurs, d’une société mondiale entre trois, quatre, voire cinq générations, sans être esclaves d’un avenir gouverné par l’intelligence artificielle.

Nous connaissons « bassesses et grandeurs, vertus et crimes » bien au-delà de nos territoires de vie puisque nous sommes informés, depuis ces dernières décennies, dans les secondes, souvent visuellement, de l’événement produit à l’extrémité du monde.

Retraités, donc aînés, nous sommes en partie, responsables de la situation actuelle du monde.

Forts de nos expériences, face à l’obligation ou la nécessité morale de répondre et d’assumer nos responsabilités, de nous porter garants de nos actions ou de celles des autres, nous devons participer de façon active à une autre voie pour une société mondiale de paix et de bonheur en étant connus et reconnus dans nos aptitudes et nos compétences.

Celles-ci commencent par l’éducation, la formation, se développent par les apprentissages tout au long de la vie.

Il nous appartient d’apporter la preuve de leurs réalités, aux autres d’en reconnaître le bien fondé.

Ce troisième tiers de vie est une nouvelle chance de construire ce que bien souvent les contraintes de la carrières ne nous ont pas permis.

Osons un défi, celui d’une « nouvelle carrière », demeurons professionnels dans une profession choisie, apprise, comprise afin d’en exercer les compétences avec bonheur dans un développement personnel et collectif.

Devenir « retraité professionnel » c’est marquer sa volonté de vivre un long temps de retraite et de vieillissement, en bonne santé – nous savons que le travail, exercé avec plaisir, est le meilleur vaccin contre un vieillissement trop rapide – de façon bénévole ou lucrative pour des raisons personnelles, en s’engageant, par exemple, pour recentrer la science sur le vrai, l’art sur le beau, et la culture sur le bien.

Si le programme vous plaît, rejoignez nous !

Pierre Caro

retraité professionnel

1Extrait de l’Alliance pour les sociétés responsables et durables, les cahiers de propositions Yolanda Ziaka

2Jean Monnet 1888-1979 promoteur de l’atlantisme et du libre échange, il est considéré comme l’un des pères de l’Europe.

Mort de la clinique

 

 

Le propos de ce livre pourrait être résumé par 2 propositions d’Ivan Illich, datant des années 70 et 90 : « L’agent pathogène majeur, c’est la focalisation sur la santé », mais aussi, « l’entreprise médicale est devenue un danger pour l’homme ».

Je pense que c’est particulièrement vrai pour les personnes vieillissantes, et la manière dont la société imagine leur vie. On les a transformées en malades chroniques, même sans pathologie avérée. Tout cela au nom de la santé, au nom du plus c’est mieux. Un vieux mange des médicaments tous les jours, est hospitalisé régulièrement, va peut-être vivre en établissement médicalisé, et sûrement finir ses jours à l’hôpital. Vive la médecine ?

Comment comprendre ce qui nous a amené là, alors que cela fait des décennies que certains penseurs nous ont alertés ? Que se joue-t-il dans cette organisation de la société obnubilée par la santé ?

Ce livre se propose d’analyser ce fonctionnement, ses origines et ses causes, et surtout ses conséquences, notamment pour nos aînés. Et surtout de faire le lien entre ce fonctionnement médical et l’organisation sociale, économique et politique de notre société. La médecine et le système de santé sont un des produits d’un système économique de l’hubris et de l’illimitation, amenés là par la « perfection de la technique »[1]. Ils sont aussi dangereux pour l’homme, l’humanité, l’environnement physique et social que tous les autres pans de la productivité industrielle, par leur croissance illimitée, par leur développement ubiquitaire, par leur atteinte à l’environnement physique et social.

Il faut penser la décroissance médicale. Il faut penser la démédicalisation de pans entiers de nos vies. Pour viser le bien-être.

La médecine médicalise les moments les plus essentiels de la vie

Comme le disait André GORZ il y a déjà 45 ans « Voici la mort médicalisée, au même titre que la maladie, la santé et la naissance (…). Votre mort, tout comme vos maladies et votre santé, devient affaire de professionnels, elle ne vous appartient pas (…) La boucle est maintenant bouclée. L’homme moderne est né à l’hôpital, soigné à l’hôpital quand il est malade, contrôlé à l’hôpital pour voir s’il est bien portant, renvoyé à l’hôpital pour mourir dans les règles. Le voilà dépossédé d’un des derniers fondements de sa souveraineté au profit des mêmes méga institutions et méga machines qui, nées de la concentration du capital et de la généralisation des rapports marchands, règlent le reste de sa vie (…). Il est devenu tributaire pour tous ses besoins de biens et de services marchands, dispensés par des appareils institutionnels échappant à son contrôle et à sa prise, et qui engendrent la dépendance, la rareté et la frustration »[2].

20 ans plus tard, Christopher LASCH disait : « L’histoire de la société moderne est, d’un certain point de vue, celle de l’affirmation d’un contrôle social sur les activités jadis dévolues aux individus et aux familles. Dans la phase initiale de la révolution industrielle, les capitalistes arrachèrent la production du foyer pour la collectiviser à l’intérieur de l’usine, sous leur surveillance. Ils se mirent ensuite à s’approprier les savoir-faire et le savoir technique  des travailleurs grâce à « l’organisation scientifique du travail » et à les rassembler sous le contrôle d’une direction managériale. Ils étendirent enfin leur contrôle sur la vie privée des travailleurs : médecins, psychiatres, enseignants, psychopédagogues, agents au service des tribunaux pour mineurs et autres spécialistes commencèrent à surveiller l’éducation des enfants, qui jusqu’alors relevait de la famille »[3].

La critique est sévère : la médecine médicalise les moments les plus essentiels de la vie et l’organisation du système de santé, dans le sillage de l’organisation bureaucratique et managériale de la société et de son économie, rendant les gens dépendants des services, et incapables d’identifier et de subvenir à leurs propres besoins. Leurs besoins sont assujettis à la production des biens et service ayant pour but de créer ces besoins. Ce que sont devenus la médecine et la santé publique sont deux faces de la modernité : la technicisation et la croyance qui l’accompagne (la technique nous sauve) d’une part, et d’autre part une « organisation rationnelle en vue d’une fin »[4] pour laquelle tous les moyens sont bons (il faut absolument viser la santé, c’est-à-dire la vie la plus longue possible).

Penser la maladie ou la santé contemporaine

Ces réflexions illustrent mes efforts en vue de contribuer à une « philosophie » de l’action en santé qui soit en même temps anti-utilitaire (le but est le bien-être de chacun et non la santé moyenne du plus grand nombre) et critique de la médecine (la santé de chacun ne serait plus détournée par l’option techniciste, par sa fin utilitaire), efforts retracés dans mon premier ouvrage « Promouvoir la santé »[5]. La définition utilitariste de la santé correspond parfaitement au modèle économique productiviste : plus c’est mieux, et plus de plus encore mieux. La croissance est son carburant. Autrement dit, peu importe ce que vivent réellement les gens du moment que la quantité de vie s’accroit, que la quantité de soins s’accroit. Cette conception utilitariste, illustrant à merveille la conception de la santé publique, s’est peu à peu imposée à la médecine.

La philosophie de la promotion de la santé a été une tentative pour se démarquer radicalement de l’utilitarisme de la santé publique : en passant par des politiques de développement social, de réduction des inégalités sociales et culturelles, de critique des réponses purement médicales, il y était question de « conférer aux individus et aux populations les moyens d’un plus grand contrôle sur leur propre santé »[6]. Mais l’idée même de santé était toujours au centre des préoccupations et faisait courir le risque de recréer la finalité utilitariste. C’est la raison pour laquelle beaucoup ont mal compris la promotion de la santé comme critique anti-utilitaire du système de santé, lui donnant le statut de méthode d’action en santé publique, de démarche pour faire encore plus et mieux de la santé publique. Pour ces derniers, le but restait d’améliorer la santé de la population (avec toutes les difficultés de définir la santé d’une population) et non de contribuer à la réappropriation par les gens de leur propre santé. Donner les moyens (accès aux soins, techniques, ressources, etc.) pour améliorer la santé plutôt que de conférer des moyens de la contrôler, tel était le crédo des promoteurs de la santé (publique).  On se fixait ainsi des buts utilitaires : réduire les inégalités de santé (ramenée à de l’inégalité de l’accès aux soins médicaux), éduquer aux thérapeutiques et à la santé, etc. par le biais de politiques de développement social dans lesquelles la question des conditions de vie devenait une forme de prévention médicale. André GORZ y a cru[7] : la « sociogenèse des maladies » devait devenir un « facteur » de santé que des politiques actives de santé et de développement social devaient juguler[8]. Mais le dérapage utilitaire était là et Thierry BERCHE fit remarquer que, à cette occasion, la médecine s’accaparait les sciences humaines à des fins opérationnelles : « Les médecins se substituent aux socio anthropologues dans la recherche globale de la pertinence anthropologique de l’action sanitaire »[9].

La techno-bureaucratie, pour sauver l’homme de la maladie, de la vieillesse et, maintenant de la mort

Avec la promotion de la santé et la santé communautaire, on était hélas de nouveau empêtré dans l’utilitarisme. La volonté d’expansion de la technobureaucratie sanitaire conduisait à la récupération des idées de critique de la médecine, pour s’imposer encore plus. Ivan ILLICH l’avait fait remarquer : « L’être humain qui a besoin de santé est considéré comme un sous-système de la biosphère, un système immunitaire qu’il faut contrôler, régler, optimiser comme ‘une vie’… Par sa réduction à une vie, le sujet tombe dans un vide qui l’étouffe »[10]. C’était bien « l’entreprise médicale [qui] était devenue un danger pour l’homme ». Si la santé demeure l’objectif, comment l’atteindre, sauf à médicaliser la société toute entière ? Comment éviter la « désappropriation de la santé induite par la dépendance aux services » ? Comment alors réintroduire la place de l’autre, de la personne concernée dans la construction de son propre projet de santé ?

Tout ceci était déjà largement pressenti, analysé encore 40 ans plus tôt (1953) par Karl JASPERS pour qui « il était humain de veiller à ce que toute la population pût se faire soigner mais cela devient inhumain à cause de la manière dont les choses sont organisées (…) [empêchant que ] le dialogue entre le médecin et le malade demeure l’essentiel (…) pour ne pas être détourné vers l’antiphilosophie du miracle pseudoscientifique »[11]. Dit en terme « canguilhémien », il s’agissait de préserver une médecine qui laisse le soin de la normativité à la personne elle-même, une philosophie de l’action en santé non normative et coopérative, où la santé à atteindre n’est pas déterminée a priori par des statistiques créant de la norme, ou par une médecine dont le seul but est de lutter contre la mort.

Quelques années plus tard, il a fallu se rendre à l’évidence : ce qui nous faisait retomber dans la techno bureaucratie en santé publique n’était pas seulement la tension intrinsèque aux choix utilitaires conduisant à forger un système de santé de nature industrielle (où il s’agit de « produire de la santé » avec les techniques les plus modernes, une division sociale du travail, des ingénieurs qualité et une organisation bureaucratique) mais bien la médecine elle-même dans son projet prométhéen de sauver l’homme de la maladie et, maintenant de la mort. Encore une fois, ILLICH avait identifié cette problématique : « L’agent pathogène majeur, c’est la focalisation sur la santé ». En se focalisant sur l’augmentation de l’espérance de vie, en ayant fait de la santé un but et non un moyen d’une vie bonne (phronesis), la santé publique avait manqué l’essentiel : ce sont des effets collatéraux de l’amélioration des conditions de vie, d’alimentation, d’hygiène et de travail qui avaient permis de vivre plus vieux et avec moins de handicap, mais peu la médecine ou la santé publique[12].

Si ni la médecine moderne ni la santé publique institutionnelle ne sont des réponses appropriées, alors quoi ? Dans ce nouveau livre, je m’attaque principalement à ce qui fait problème dans les pratiques médicales et de santé.  La clinique, au sens que Foucault lui donnait, est maintenant le parent pauvre de la médecine, qui raisonne en algorithmes, en statistiques, en preuve par les chiffres et en numérisation du vivant. D’une certaine façon la santé publique a envahi la médecine (la médecine doit permettre d’atteindre les objectifs de santé publique), et la médecine a normé la santé publique (ce sont les états de santé définis par la norme et l’absence d’anomalies qui dictent le regard de la santé publique).

Une médecine sans clinique

Sur le blog l’âge la vie, j’ai exprimé des analyses critiques de l’organisation des soins et des prises en charge des personnes âgées. Ce livre aide à poser les fondements de mes critiques. Mais en particulier, en dehors des critiques sociétales, voire sociologiques assez habituelles, ce livre vient rappeler, que, si notre société est en crise dans tous les domaines (économie, politique, environnement), la crise de notre système de santé en relève de la même façon. Mais pas seulement.  La crise de la santé relève aussi du devoir sans fin de santé, projets et devoirs traduisant dans le domaine de la santé ce toujours plus et cette illimitation caractéristique de notre société libérale, et également du projet prométhéen de la médecine

Les effets délétères de ses excès se retrouvent partout dans la médecine. Il faudrait pouvoir se protéger des excès de la médecine dans de nombreux domaines comme la cancérologie, la prise en charge des personnes âgées ou la psychiatrie (et imaginer ce que cela représente pour ceux qui cumulent maladie mentale, cancer et vieillissement…). Comme pour le reste du système économique et social, l’excès et l’illimitation nous font courir des risques insensés, à la mesure, et en rapport à la crise écologique.

Cette illimitation a des répercussions dans les établissements accueillant les personnes vieillissantes, car soumises à une médicalisation constante. Si la médicalisation des établissements à la fin du siècle dernier a permis certaines améliorations, il faut aujourd’hui considérer leur médicalisation comme un des facteurs problématiques.

Selon Georges ORWELL, un progrès ne peut être jugé qu’à l’aune de la « Common Decency », une société s’interrogeant sur ce qui est plus ou moins humain, le progrès étant ce qui nous rend plus humain. Pour Christopher LASCH, être plus humain est ce qui laisse la place à la loyauté et la dette à l’égard de l’Autre, à l’opposé des valeurs instrumentales, mécaniques, rationalisantes du culte de la performance, de la réalisation de soi, de l’autoentreprise de soi. En somme, c’est l’être désintéressé, l’opposé du mercantile et de l’homme d’affaire, qui peut garantir la « libre circulation de la dette », et donc, le progrès humain, dont le bien-être fait partie.

Sur ce blog, on trouve diverses approches de l’indécence faite aux vieux dans notre société, particulièrement par la transformation de l’aide et de la solidarité en services marchandisés, dont la Silver Economie est la traduction.

Les questions d’organisation et de moyens y sont aussi souvent abordées, parfois sous l’angle de l’analyse des pratiques. Mais qu’est-ce qui nous pose problème dans cet état des lieux de l’accompagnement de la vieillesse ? Nous sentons bien que le sort réservé aux personnes âgées n’est pas satisfaisant et nous souhaiterions des pistes nouvelles, des « utopies concrètes » dirait José POLARD. Mais le sort réservé aux vieux dans notre société est une dimension éminente de la marchandisation des services autant que du projet médical et sanitaire lui-même.

Une médecine sans clinique est-elle encore humaine ?

Michel Bass

 

[1] Cf. Friedrich Georg JÜNGER, La perfection de la technique, Paris, Allia, 2018. Il dit par exemple, p.43 « d’un point de vue technique, la meilleure organisation est la plus rationnelle, c’est-à-dire celle qui favorise celle qui favorise la plus grande consommation ».  Il est facile de comprendre pourquoi cela renvoie à l’illimitation : la technique progresse sans cesse et a besoin, pour se déployer, de fabriquer de nouveaux produits, qui rendent obsolètes les plus anciens.

[2] André GORZ, Médecine, santé et société, in Ecologie et Politique, 2018 (1975), pp.213-214.

[3] C.LASCH, Un refuge dans ce monde impitoyable, Paris, François Bourin Editeur, 2012, p. 46.

[4] Cf. Jürgen HABERMAS, la technique et la science comme idéologie, …

[5] Michel BASS, Promouvoir la santé, L’Harmattan, 1994.

[6] OMS : Charte d’Ottawa de la promotion de la santé, 1986.

[7] « Une médecine qui prétend traiter les maladies sans se préoccuper de leur sociogenèse ne peut avoir qu’une fonction sociale très équivoque ». André GORZ, Médecine, santé et société, in Ecologie et Politique, 2018 (1975), p.216.

[8] C’est ainsi qu’est né le CIDESSCO (Centre International pour le Développement Social et la Santé Communautaire), organisme au sein duquel ces questions étaient réellement en débat (cf. note suivante du responsable de la formation Thierry BERCHE). Malheureusement, et le CIDESSCO et Thierry BERCHE ont aujourd’hui disparu, sans réel remplaçant en dehors, à son niveau, de l’AFRESC.

[9] Thierry BERCHE, Anthropologie et santé publique en pays Dogon, APAD KARTHALA, 1998.

[10] Ivan ILLICH,  La perte des sens, FAYARD 2004, p.329.

[11] Karl JASPERS, L’idée médicale, in Essais philosophiques, Payot,

[12] Dès les années 80, de grands épidémiologistes comme Thomas Mac KEOWN avaient montré cette faible part de la médecine  et des politiques de santé dans la « fabrication » de la santé.

 

Gilets jaunes et « vieux gilets »…

Malaise, pas facile de prendre position… Je ne m’y reconnais pas forcément et pourtant je ne peux certainement pas me désolidariser sans me sentir coupable. Personnellement j’aurais sans doute préféré que les gilets verdissent et revendiquent plus clairement une écologie active, sociale, solidaire, responsable… Mais je ne suis pas personnellement dans ces situations de précarité, de pauvreté, de dénuement dans lesquelles se trouvent nombre de celles et ceux qui n’ont à peu de chose près que leurs yeux pour pleurer… Si j’étais dans cette situation de grande précarité, me demandant chaque mois comment mettre encore sur la table quelque chose à manger, serais-je capable de tenir le discours qui est le mien?

Certes tous les gilets jaunes ne sont pas pauvres, certes dans les manifestations quelques casseurs viennent casser pour casser… Certes il y a sans doute dans ces groupes de manifestants qui bloquent les carrefours, les entrées ou les sorties d’autoroute, les rocades, les centres villes, les centres commerciaux, des personnes qui se conduisent parfois de façon peu responsable, des jeunes qui veulent en découdre, des hommes et des femmes blessés par la vie professionnelle et ses injustices qui confondent peut-être les domaines de revendication et d’action, certes il y a sans doute des gens qui se trompent de combat ou qui utilisent des moyens peu adaptés… Certes ces manifestations perturbent le fonctionnement ordinaire de la cité, à la ville comme à la campagne…

Mais il est rare que les vieux se mobilisent… Et cela est à comprendre, me semble-t-il… Les vieux pas encore très vieux, évidemment, mais ces retraités qui se mobilisent n’arrivent pas là par hasard! D’autant qu’il ne faudrait sans doute pas oublier d’écrire retraitées au féminin… Elles ont entre 60 et 75 ans, elles ont derrière elles une vie de travail, elles ont élevé leurs enfants, elles donnent un temps considérable à leurs petits enfants, elles apportent parfois une aide considérable à la génération qui les précède, elles vivent avec des revenus d’une incroyable précarité et le plus souvent elles se taisent… Pour une fois elles parlent! L’une d’elle allait jusqu’à dire (samedi 24 novembre 2018 au journal de 20 h sur France 2) « J’irai m’immoler devant l’Élysée! » Une chose est sure, elle ne pourra pas aller devant l’Élysée, les forces de l’ordre l’en empêcheront… Mais quel est son degré de désespoir pour en arriver à penser mettre ainsi fin à ses jours?

Bien malin qui peut dire précisément qui sont « Les gilets jaunes » en général mais je suis suffisamment sensible à la situation des retraités, des vieux, dans notre pays pour comprendre que nombre d’entre eux, les plus pauvres, se sentent aujourd’hui ignorés, délaissés, méprisés. Les réformes se succèdent et donnent durablement à ces retraités pauvres le sentiment d’être les dindons de la farce… Le mépris qu’ils ressentent les plonge dans un désespoir que l’on ne mesurera que si quelques uns, quelques unes, posent des actes désespérés, justement… On aura beau jeu alors de dire que ceux-là, celles-là n’allaient pas bien et nous aurons beau jeu encore de mettre tout cela sur le compte d’un état psychologique perturbé ou de je ne sais quel dysfonctionnement personnel ou familial… Il se peut même que ces explications ne soient pas absurdes puisque l’on sait à quel point les interactions entre conditions de vie et fonctionnement psycho-affectif peuvent être intenses.

Les « vieux gilets » crient leur désespoir, pas seulement leur malaise, leurs difficultés, leur raz le bol, leur envie d’avoir une retraite un peu plus élevée et des conditions de vie plus favorables, pas seulement… C’est facile de retarder l’âge de départ à la retraite,  d’oublier d’en augmenter le montant mais d’augmenter, bien sûr, telle ou telle taxe que paieront les retraités qui sont censées rouler sur l’or et l’argent de la silver économie… Les vieux gilets sentent la précarité qui les cerne mais leur implication aujourd’hui dans ce genre de mobilisation ne parle pas que de cela… Bien sûr on trouvera le moyen de les insulter en se moquant de ces « vieux soixante-huitards » qui saisissent l’occasion de retrouver les barricades dont ils ne sont jamais vraiment remis… Bien sûr! Mais pour un peu léger que ce soit ce n’en est pas moins odieux!

Non ils crient, elles crient leur désespoir, le sentiment qu’ils ont, qu’elles ont d’être traités de façon indigne, le sentiment qu’ils ont, qu’elles ont de n’être pas respectés, de se sentir trahis dans le contrat social qu’ils et qu’elles avaient passé avec la société française dès l’instant où travaillant, cotisant, ils devenaient des « ayant droit » d’un système de retraite  et d’assurances sociales qui devait leur garantir un niveau de vie décent jusqu’au terme de leur existence! Ils sont indignés parce qu’ils se sentent oubliés, invisibles, trahis! Ils sont des ayant-droit et non des « bénéficiaires ! »

Il est possible qu’ils ne soient pas les seuls, il est possible qu’ils ne parviennent pas à crier assez fort et assez longtemps pour se faire entendre, il est possible que, passées les fêtes de fin d’année, les « dindons de la farce » ayant été dégustés, on les oublie un peu plus encore, il est même possible que n’entendant pas ce qu’ils nous disent, leur situation se détériore encore un peu… Il est possible que demain soit pire qu’hier, ce n’est pourtant pas ce qui leur avait été promis! Et surtout, comment prendrons-nous la mesure du mal qu’ils auront, qu’elles auront subi? Comment soignera-t-on ces blessures?

On pourra se targuer des valeurs républicaines! A leur manière les « vieux gilets » nous demandent de nous en ressaisir, ne les trahissons pas une nouvelle fois!

On ne devrait jamais se croire dispensés de porter le mal des autres!

 

 

 

Michel Billé.