Archives pour la catégorie Coup de gueule

L’e-mortalité

Facebook.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore, Facebook est un réseau sur Internet  dont on dit, à mon sens à tort, qu’il est social. Il permet à toute personne possédant un compte de se présenter en créant son « Profil » et d’y publier des informations plus ou moins accessibles à d’autres personnes, possédant ou non un compte. L’usage de ce réseau s’étend du simple partage d’informations d’ordre privé (par le biais de photographies, liens, textes, etc) à la constitution de Pages et de Groupes visant à faire connaître des institutions, des entreprises ou des causes variées.

On s’y connecte, on y entretient son réseau en se faisant des « amis » (sic), on partage des liens, des informations, on y publie les photos de ses dernières vacances, on y raconte sa vie, tout et n’importe quoi.

Et puis un jour on meurt. Et notre profil nous survit. C’est arrivé à une amie voilà plus d’un an maintenant et qui hélas n’est plus là pour en témoigner. Mais aujourd’hui encore on peut lui demander de bien vouloir être une « amie », on peut lui envoyer des messages auxquels évidemment elle ne répond pas.

Et elle n’est pas la seule. Il existe maintenant sur Facebook des milliers de fantômes virtuels qui continuent à nous sourire depuis l’au-delà au risque de réveiller ou d’attiser la douleur des familles et des proches. Certes, ceux-ci peuvent désormais signaler le deuil de la personne et demander la suppression de son  « profil » mais aussi, et voilà le progrès qu’on n’arrête pas, de le transformer en une sorte de mémorial virtuel.

Nous avions jusqu’à présent plusieurs possibilités pour honorer la mémoire du cher disparu, la tombe, l’urne, le bouquet de fleurs attaché à un arbre le long d ‘une route meurtrière. Maintenant, nous avons, par la magie d’Internet et de Facebook, la possibilité de lui dresser un « mur » funéraire et virtuel.

 

Le dit « mur » demeure actif et on peut y épingler les messages des uns et des autres, les mots des proches, les messages de condoléances. Il accueille aussi des correspondances plus longues qui tentent de maintenir un lien avec la personne perdue.

Après l’escamotage de la mort dans nos sociétés par de multiples procédés qui la rendent invisible, le cyber-deuil va plus loin encore. Ainsi, il est probable que dans les temps à venir nous n’aurons plus à nous déplacer pour aller poser un bouquet le jour de la fête des morts. Assis dans un fauteuil, un simple clic avec l’index sur le bouton gauche de la souris de l’ordinateur suffira pour avoir un geste et une pensée pour eux.

Et ce, sans limitation de temps contrairement aux concessions souscrites pour les tombes. Ainsi, les hommes auront trouvé, pensent-ils, une réponse à la question de leur immortalité. Leurs données resteront suspendues sur la Toile dans une sorte d’éternité alors qu’ils seront redevenus poussière depuis longtemps déjà. Le temps, celui qui use, fatigue, élimine « ne fera rien à l’affaire »  et baisse les bras devant l’éternité !

Nous connaissions le e-commerce pour la vente à distance en ligne, e-bay pour la vente aux enchères, vient de naitre l’e-mortalité. Ainsi va le monde !

 

Didier Martz

ALERTE INFO! Un déclencheur très contemporain

 

Depuis plusieurs mois, nous sommes interpellés par un nouveau phénomène, un nouveau déclencheur, de plus en plus envahissant auprès des personnes âgées désorientées dans les Ehpad et à domicile. Provoquant, majorant des troubles du comportement à type d’anxiété, d’angoisse, de peur, et donc un besoin croissant de sécurisation.

Mais d’abord qu’est-ce qu’un déclencheur ?

Il nous faut rappeler au préalable un principe de la méthode de Naomi Feil : Des évènements, émotions, couleurs, sons, odeurs, goût ou images du présent peuvent réveiller le souvenir d’évènements passés associés aux mêmes émotions.

Un déclencheur réactive des comportements vécus, appris plus tôt dans leur vie, des mécanismes d’adaptation : se cacher dans un placard, derrière une porte, crier : » Au secours ! » vouloir partir, se sauver par tous les moyens.

Ces comportements sont l’expression d’un besoin, rappelons qu’un besoin est impérieux, vital, irrépressible, et nos aînés mettent alors tout en œuvre pour répondre à ce besoin. Cela ne fait pas que majorer les comportements, mais aussi augmenter en conséquence le travail du personnel de ces institutions lesquels doivent gérer tout cela.

Certains nous diraient qu’il suffit de supprimer ce déclencheur puisqu’il est identifié ! Et bien c’est là tout l’effet pervers de celui-ci ! Il rend ceux qui le subisse « addict » avec l’envie, voir le besoin de le retrouver sans cesse.

Ce déclencheur passe par les canaux des chaines d’info en continu et particulièrement BFM, leader de ce marché et si souvent allumé en continu dans les salons d’EHPAD ou dans la salle à manger d’une maison ou d’un appartement.

Moins que les images, c’est surtout la bande déroulante en bas de l’écran qui stimule, excite. Avec ce dispositif à l’écran de ces chaines, nous subissons en permanence une mise en alerte, si bien que le moindre évènement devient catastrophique et anxiogène :

« ALERTE INFO » sur fond rouge.

J’ai vu des personnes âgées désorientées, le visage collé à la TV tentant de lire ce bandeau dont l’écriture quelquefois défile vite, majorant leur peur de perdre une information importante, tel des résistants l’oreille collé au poste TSF à l’écoute de radio Londres, le visage inquiet, les yeux remplis de larmes.

Un autre déclencheur sévit actuellement auprès de nos aînés encore dans leur domicile, persistant, insidieux, qui rentre chez eux par ruse. A domicile souvent ou en établissement parfois, ces appels téléphoniques à visée de démarchage, « porte ou fenêtre ou isolation », sont très intrusifs.

Enervant pour nous-mêmes au quotidien, ils deviennent insupportables pour ces personnes âgées vivant souvent seules à domicile. Pour une génération pour qui lorsque le téléphone sonne, c’est forcément important, alors quand il s’agit de 20 appels par jour…

Répondre à cette inquiétude en débranchant le téléphone ? Mais alors ce serait au prix de se couper de ses proches…

En tant que formateur, je sensibilise les soignants accompagnant les personnes âgées désorientées, à à décrypter et agir sur ces comportements qui les troublent et nous troublent.

Au-delà des réponses banales et quotidiennes, que faire ? Il me semble qu’il s’agit moins d’une question clinique que d’un dysfonctionnement social pervers d’une société d’hyper consommation et donc de sollicitations.

Puissent ces lignes rencontrer la lecture d’un représentant des pouvoirs publics ou d’un législateur.

Appelons cela une bouteille à la mer !

Gwenael André

D’un banal âgisme actuel et d’une certaine bienfaisance ségrégative.

José,

Tu m’as demandé de relater encore certains aspects de ma situation sociale actuelle et du parcours qui y a conduit, en ce qu’ils te paraissaient illustrer un certain âgisme actuel, souvent ségrégatif, et auxquels il m’est déjà arrivé de faire allusion – un peu trop, peut-être – dans ce blog.

J’ai donc rédigé ce “billet” dans ce sens, en précisant bien que ce n’est pas pour solliciter quoi que ce soit – ma vie s’achève à présent et je n’en attends plus grand chose pour moi – mais parce que, en exposant, à travers mon cas, certaines réalités sociales actuelles plus ou moins ignorées, je peux, peut-être, contribuer à les faire évoluer.

Lorsqu’il y a une quinzaine d’années, ayant fait l’objet d’une procédure d’expulsion pour n’avoir pu me porter acquéreur du logement que j’occupais quand celui-ci fut mis en vente, et mes moyens financiers ne pouvant non plus me laisser espérer pouvoir me reloger à Paris (où je vis depuis plus de 70 ans) dans le parc privé, j’étais, et déjà depuis plusieurs années, demandeur de logement social, remplissant l’ensemble des conditions pour pouvoir y être admis.

C’est alors que, après que l’on m’ait laissé entendre qu’en raison de mon âge – je venais de dépasser 60 ans –, je n’avais aucune chance d’obtenir un logement dans le parc social, je fus “orienté” (pour ne pas dire dirigé) par les instances sociales municipales vers une “résidence pour personnes âgées” , ainsi que sont nommés ce type de logements sociaux (ces “établissements” ).

A cette époque, il se trouve que, dans le cadre de mes activités associatives : http://ludaqua.over-blog.com/page-658351.html , je fis la connaissance de quelqu’un à qui ce qu’allait donc être ma situation qui lui paraissait extravagante, voulut – je ne lui demandais rien – que je rencontre sa compagne (ou son épouse) qui était alors conseillère d’arrondissement et maire ajointe chargée de l’urbanisme de cet arrondissement (autre que le mien) et devint ensuite adjointe au maire (au masculin, puisque c’était alors Bertrand Delanoë) de Paris.

Celle-ci ne parut nullement étonnée de ce qui m’était arrivé et me confia que cela lui semblait tout à fait aller dans le sens de ce qu’elle savait de la politique parisienne d’alors (et encore aujourd’hui ?) en matière de logement, priorisant avant tout les jeunes générations ; politique à laquelle les services sociaux devaient participer.

Bien sûr, il ne s’agit que d’un témoignage oral et qui n’a aucune valeur probante de ce que cette élue avait pu me confier et dont je suis convaincu, d’autant que d’autres échos entendus ultérieurement, – notamment lorsque je dû passer une visite médicale pour être admis à résider chez les “personnes âgées” (déjà la crainte d’Alzheimer ?) – m’ont paru aller dans le même sens.

Ainsi, ayant eu la chance (?) d’être “ en situation de retraite” à 60 ans – j’ai commencé à travailler, donc à “cotiser”, à 17 ans –, ai-je pu bénéficier de cette possibilité de relogement, quand je n’en entrevoyais aucune autre.

Mais, en même temps, je découvrais que, selon le “Règlement général des établissements pour personnes âgées”, c’était, sauf dérogation[1], à la condition que celles-ci n’envisagent pas, si elles en ont la possibilité, de reprendre éventuellement une activité professionnelle (conformément aux conditions de cumul emploi-retraite existant alors), pouvant leur procurer des revenus complémentaires du montant de leur retraite, généralement très modeste (et, par ailleurs, les excluant du nombre des personnes qui, poursuivant une activité, continuent, par leurs cotisations et contributions, d’abonder aussi aux systèmes de solidarité dont elles relèvent).

J’ai interrogé de nombreux responsables politiques pour connaître leur opinion au sujet de cette interdiction, parmi lesquels d’autres élu-e-s[2] au Conseil de Paris – dont le premier d’entre elles et eux –, siégeant au conseil d’administration du Centre d’action sociale de la ville de Paris et autres “ membres nommés par le maire parmi les personnes, non membres du conseil de Paris, participant à des actions de prévention, d’animation ou de développement social menées dans la ville de Paris” , mais sans obtenir de réponse d’aucun-e.

Mme l’Adjointe au Maire de Paris, “chargée des seniors et du lien intergénérationnel” d’alors, quant à elle, me fit répondre, à propos “ des conditions très précises pour pouvoir prétendre à l’occupation d’un appartement de résidence a caractère social, [qu’] il ne s’agit donc en aucun cas d’une manière “d’empêcher” ces personnes “d’améliorer leurs ressources” [mais] bien de leur offrir une solution digne et juste alors même que le montant de leur pension de retraite ne leur permettrait pas de trouver un logement satisfaisant sans aides municipales”.

(J’ai proposé la lecture de cette réponse à la réflexion d’étudiant-e-s en “écoles de travail social” !)

M. l’adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative de l’époque – dont, en raison de son handicap, je tiens à saluer l’attention qu’il m’a portée, en me lisant, et la courtoisie qu’il a eu de correspondre avec moi à plusieurs reprises – a transféré mes courriers à une conseillère technique au cabinet du maire. Celle-ci, me précisa que l’interdiction qui m’était faite d’exercer encore une activité professionnelle souffrait toutefois une exception s’agissant de mes “droits de plume” .

(Aussi, l’ai-je assurée de ce que, si la publication éventuelle des réflexions que m’inspire entre autres la vie politique actuelle de mon pays devait me valoir de percevoir quelques droits d’auteur, j’abandonnerais ceux-ci à une oeuvre sociale, comme par exemple, s’il en existe, un fonds d’entraide des conseillers (masculin générique, si je peux me permettre) de Paris nécessiteux ou de parlementaires et anciens ministres dans le besoin.)

J’avais sollicité aussi l’opinion de celui qui était à l’époque président du Conseil économique, social et environnemental, aujourd’hui haut-commissaire aux retraites, délégué auprès de la ministre des solidarités et de la santé. Celui-ci avait bien voulu me faire répondre, mais, visiblement, la personne ayant rédigé le courriel de réponse manquait d’informations sur le sujet.

(Espérons qu’aujourd’hui, M. le haut commissaire est mieux aidé dans ses nouvelles fonctions.)

Les “personnes âgées” ne restent pas toujours en couple. Un jour vient, tôt ou tard, ou l’une des deux “s’en va” et l’autre devient célibataire – à moins qu’elles “partent” ensemble, mais c’est moins fréquent – et prévoit-on beaucoup de logements destinés à des célibataires (studios,”F1”…) dans le parc social ordinaire (hormis les logements destinés à des étudiant-e-s ou à des jeunes travailleu-rs.-es) ?

Par ailleurs, pour ces mêmes causes (“naturelles”), il y a forcément un turn-over plus important dans les “résidences pour personnes âgées” que dans nombre d’autres logements sociaux (dans lesquels nombre de personnes qui s’y trouvent logées, y demeurent souvent bien après qu’elles ne remplissent plus les conditions qui leur avaient permis d’y être admis).

J’ai exercé en “pédopsy” – toi aussi, sans doute – à une époque où, sous l’égide de l’Éducation nationale, se multipliaient les dispositifs destinés aux enfants considérés comme présentant, ou supposés devoir présenter, des difficultés pour pouvoir être intégrés normalement dans un parcours scolaire ordinaire (l’époque des “dys”, des CMPP, des CAPP…[3]).

Nous étions alors souvent confrontés aux difficultés qu’il y avait à faire admettre, par “L’École”, des enfants, pouvant, certes, rencontrer certaines difficultés, notamment d’apprentissage, mais qui pouvaient, néanmoins, selon nous, suivre un parcours scolaire normal (ce dont nombre d’expériences pédagogiques ont pu faire la preuve, sans que celles-ci soient toutes très révolutionnaires).

Il nous était alors répondu que puisqu’il existait des dispositions spécifiques pour ce type d’enfants, leur place n’était pas à l’école ordinaire : “Pourquoi, voulez-vous qu’on les prenne ici puisqu’il y a, ailleurs, des choses prévues pour eux ?”

J’ai souvent repensé à cela lorsque quelqu’un me dit un jour son étonnement qu’à mon âge – j’avais alors à peine plus de 60 ans ! –, je veuille intégrer un logement (social) normal, puisque, n’est-ce pas, ”il en existe de prévus pour les gens comme [mo i ] ”.

Ce qui me fait dire – mais, je ne dis rien d’original – qu’il est des inclusions qui procèdent d’une exclusion (d’une mise “ de côté” !) – et je ne songe pas seulement aux Ehpad.

S’agissant de la réglementation des “établissements pour personnes âgées” ) qui, sauf dérogation[1], ne permet pas que les personnes admises à être relogées dans ce type d’établissement poursuivent une activité professionnelle, il semble qu’avant mars 2007, date à laquelle cette réglementation a été modifiée, cette interdiction concernait les personnes qui y étaient admises “ à titre exceptionnel, de 60 à 65 ans ” ( “à condition d’être en situation de retraite ou de préretraite, ou en cas d’inaptitude au travail “ : “Règlement général des établissements pour personnes âgées” ).

Ainsi, avant 2007, il semble que ces établissements étaient prévus pour des personnes de plus de 65 ans et, à l’époque, au regard des instances municipales, n’était-on donc, d’une certaine façon, considéré comme une “personne âgée” qu’à partir de 65 ans et non 60 ans, comme depuis cette date.

Et, ainsi aussi, il semblerait que, là, on ait plutôt avancé l’âge du début de la “vieillesse” .

Et aujourd’hui et demain, où l’âge de la retraite risque, pour certain-e-s, d’être porté, de façon avouée ou pas, bien au delà de 60 ans…?

Quelques autres réflexions, à présent :

Certaines “résidences pour personnes âgées” du Centre d’action sociale de la ville de Paris disposent d’un restaurant auxquels peuvent accéder, le midi, les parisien-e-s titulaires, sous conditions de ressources, de la ”carte Émeraude” .
Depuis 2010, quelques-uns d’entre eux “se transforment le soir en restaurants solidaires dédiés aux personnes en grande précarité” : https://www.paris.fr/pages/distribution-de-repas-123/

Au delà de l’aspect de “bienfaisance” de cette mesure, ne relève-t-elle pas aussi d’une assimilation des “personnes âgées” , autres qu’aisées, à des “pauvres” ou des “nécessiteux” , devant faire l’objet d’une certaine conception de l’ ”assistance” sociale, bien plus que de l’application des principes d’égalité et de justice ?

(N’en est-il pas souvent de même s’agissant des “personnes handicapées” ?)

Concevrait-on des équipements relevant de la solidarité ou de l’assistance, intégrés, par exemple, dans des ensembles de logement social ordinaire (et je ne songe pas à ceux où résident certaines personnalités politiques actuelles ou anciennes) ?

Sans rapport avec ce qui précède, j’ai entendu il y a peu le romancier et essayiste Pascal Bruckner présenter son livre  » Une brève éternité – Philosophie de la longévité  » : https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-04-septembre-2019

Des propos de philosophe (qui m’ont paru assez convenus) : « Nous avons réussi à repousser la vieillesse au plus loin : il y a un demi-siècle, la vieillesse commençait à 55 ou 60 ans » ; « Repeindre la retraite aux couleurs de l’enchantement, c’est oublier qu’elle est souvent la conjonction de deux phénomènes : le vieillissement et la diminution de la rémunération » ; « Je ne crois pas à la sagesse de la vieillesse : les personnes âgées ne sont pas sages, elles sont, comme les jeunes, agitées de pulsions contradictoires »…

Et puis, cette phrase qui m’a semblé, quant à elle, relever d’une vision assez “réaliste” : “La maladie est aussi le salaire [moi, j’aurais utilisé un autre mot] de la longévité.”

Amitiés.

Bernard Gibassier

P.-S. : J’avais conclu un précédent billet (sur certains âges de la vie) en citant une chanson d’Henri Gougaud : https://www.youtube.com/watch?v=I9-D9DoA-Vg , à laquelle j’aurais pu ajouter celle-ci, plus ancienne : https://www.youtube.com/watch?v=mRhMu_ffGsY&t=43s
Comme certain-e-s me demandent souvent pourquoi je m’évertue à écrire sur des sujets tels ceux évoqués encore une fois ici, si personne ne m’écoute (ne me lit) et me répond, je terminerai celui-ci en proposant, encore de cet auteur, ce conte dit par lui : https://www.youtube.com/watch?v=ribE1nPTgbI

1. Précision apportée depuis, et récemment, par les services sociaux de la ville de Paris, au Défenseur des droits (mon “conscrit” !), que j’avais sollicité à ce sujet.

2. écriture inclusive, pour ne pas m’attirer de “verts” reproches !
A ce sujet, s’insurge-t-on beaucoup de ce que, généralement, on emploie indistinctement le masculin générique “vieux” pour désigner aussi les autres “personnes âgées” que l’on évite – et c’est heureux – d’appeler “vieilles”.

3. Pour un rappel historique de ces dispositifs, voir :

https://www.persee.fr/doc/rfp_0556-7807_1984_num_66_1_1581

Et, plus récemment : https://theconversation.com/la-france-est-elle-vraiment-en-marche-vers-lecole-inclusive-118724 ?

La sexualité et le désir féminin ne disparaissent pas avec la ménopause, bien au contraire!

Merci aux hommes qui continuent à nous désirer”, tels ont été les mots d’une de mes patientes. “Sexuellement invisibles!” Yann Moix a essayé de faire le buzz en écartant les femmes de 50 ans de son désir, incluant au passage tous les autres hommes dans cette affirmation. Buzz réussi sur les divans des psychanalystes. “Quand tu crois que t’as pris de l’âge mais que tu ressens que tu n’as pas vieilli, tu te vois de l’intérieur. Eux, les autres, ils te regardent autrement.” Pleurs silencieux de cette patiente.

Ce qui est frappant dans la formule de Yann Moix, sans probablement qu’il en soit tout à fait conscient, c’est qu’il parle de femmes ménopausées. À 50 ans, les règles se sont arrêtées pour la plupart des femmes. Dans son affirmation, la reproduction et la sexualité seraient une seule et même affaire pour elles, pas pour les hommes. Quand une femme n’a pas de rapports en vue de procréer, elle n’a pas de rapports sexuels du tout? Cette vision très rétrograde est-elle une réalité? La contraception a justement apporté à la génération actuelle des Ménopausées une liberté inconnue des femmes auparavant. Des femmes ménopausées semblent pourtant avoir intégré qu’elles sont sexuellement out. Pourtant, sur le divan, ce n’est pas ce qui se dit. Entre copines, non plus.

Essayons de creuser cet écart pour y voir clair. Le poids des mots étant ce qu’il est, nous avons besoin de regarder de plus près pour lever quelques tabous.

Qu’en est-il des préjugés? Comment se construisent les représentations sociales, individuellement introjectées psychiquement, sans recul, comme si c’était naturel que la ménopause soit présentée comme un problème?

Au Japon le mot “Ménopause” (apparu ici au XIXe siècle) n’existe pas, ce moment de la vie des femmes ne fait l’objet d’aucune attention particulière. Dans les sociétés occidentales, nous avons droit au discours médical. Résumons l’enchaînement: fin des menstruations: dégénérescence, désordre; pathologisation: dégradation, troubles. Cet angle physiologique ouvre évidemment aux traitements en pharmacie. Ainsi, la ménopause et la sexualité sont plus étroitement liées qu’il n’est dit.

Techniquement, le désir provoque la lubrification naturelle du vagin, par la cyprine (déesse Aphrodite, surnom: Cypris). Moins de désir: moins de lubrification. Le seul effet de l’âge est à questionner. Dans un “vieux” couple, habitude rime avec lassitude. Contrairement à ce que l’on voudrait faire croire, l’âge n’explique pas tout dans les difficultés pour “mouiller”. Certaines femmes disent qu’elles sont bien contentes de prendre ce prétexte pour échapper au “devoir conjugal”. Sans désir, même le Viagra de Monsieur n’a aucune efficacité. C’est donc la question du désir sexuel qui est posée. Qu’en est-il lors de nouvelles rencontres?

Un des problèmes est donc que le désir des femmes qui avancent en âge semble bien peu reconnu, accepté. A l’inverse, le désir masculin resterait “normal” et valorisé quant à lui. Ridicules ces femmes qui ont envie de sexe, d’amour? On comprend que des femmes se sentent piégées, complexées parfois de ressentir autre chose,perdues. Elles auront à faire un premier travail d’autonomisation par rapport à ces normes dominantes pour se recentrer sur leur ressenti.

Si l’on s’attarde sur le poids des mots, prenons “Cougars”. C’est drôle de stigmatiser ainsi des femmes aimant les jeunes hommes alors que Yann Moix trouve tout à fait décent d’affirmer sa sexualité, son attirance exclusive pour des femmes ayant la moitié de son âge. On le sait -mais je dois le répéter pour dresser le contexte- tous ces hommes avec de jeunes maîtresses ne choquent pas trop, on en plaisante même “il quitte une femme de 50 ans pour deux de 25″. Mais Brigitte Macron, elle, en a bavé en raison de sa différence d’âge avec son homme! Quoi que l’on pense (politiquement) de ce couple, est-ce admissible? Les femmes ont-elles le droit d’oser assumer une vie sexuelle, à tout âge? Le droit, oui, sur le papier. Mais…

Merveilleuses, ces amoureuses?

Comme toute femme amoureuse, quel que soit le nombre de ses années, la femme rayonne, l’homme aussi d’ailleurs, allumés de l’intérieur par “les feux de l’amour”! Le désir féminin serait encore toujours à justifier, quel que soit l’âge. Pire encore avec l’âge?

“Vieille = moche = imbaisable = aigrie” on connaît ces injures de “mal-baisées”. Il se pourrait qu’une résurgence du sexisme se manifeste ouvertement dans cette vision exprimée sans rougir par Yann Moix.

Alors que le sexuel est partout, de la publicité à la pornographie, la sexualité des ménopausées serait soit un non sujet soit un sujet brûlant. Et on parle ici des femmes de 50 ans, des Mamans. Qu’en sera-t-il quand on abordera les femmes de 60 ans et plus? Les grands-mères. Croyez-vous que l’on parlera de ces sixties comme de sexynaires? Permettez-moi d’en douter quelque peu. Il suffit de regarder les rôles des actrices de ces âges. Elles incarnent très rarement des femmes amoureuses.

Les Jeunes (qu’importe leur sexe) aimeraient peut-être que cela devienne un non-sujet pour leurs parents, mères et pères. Et comme toujours encore plus pour leurs mères: “Toutes des putes, sauf ma mère. Une Sainte.”, les enfants ont toujours du mal à se représenter la sexualité de leurs parents. Cette “scène primitive” serait dégoûtante. Est-ce donc cette vision (non travaillée sur un divan) qui ne cesserait jamais d’influencer les visions d’horreur de Yann Moix?

L’âge et le désir, leur articulation pose un problème

Revenons à ce qui se passe socialement. Avoir plus de 50 ans, est-ce une disqualification ? Comme pour les hommes, diront certains. C’est vrai mais avec un malus car la femme est censée être désirable, la beauté se fane au regard des critères actuels, de jeunesse comme attribut majeur. Qu’en est-il des jeunes “moches”, au fait, les guillemets sont là pour insister sur les normes de beauté classant les individus? Comme si l’amour ne concernait que les top models! Peut-être sera-t-il plus simple de vieillir pour celle qui n’a pas été reconnue pour sa beauté une partie de son existence? À voir…

Le diktat des papiers glacés, des apparences influence les a priori, les aggrave.Sans les créer comme nous l’avons abordé au paragraphe précédent, on n’aime pas se représenter les parents faisant l’amour.

Socialement toujours, le statut des femmes ménopausées est différent de ce qu’il était. D’un côté, nous assistons à une perte de statut négatif, associé aux règles, vous savez les “femmes impures” des religions, celles qui (laïquement) font tourner la mayonnaise, etc, et de l’autre côté, une perte du statut positif comme femme fertile. Rappelons l’injonction faite aux femmes de plus de 45 ans de cesser leurs activités reproductives, elles sont socialement ménopausées avant de l’être physiquement.

Les voilà libérées des risques de “tomber enceinte”, de la contraception et ses effets secondaires, des grossesses non désirées à assumer d’une façon ou d’une autre… Les femmes ménopausées seraient disponibles non stop aux plaisirs de la vie sexuelle, comme un homme l’a été toute sa vie ne connaissant pas les cycles de 28 jours…Elles pourraient en profiter. Ce qui ravive les fantasmes de femmes intenables. Ces peurs circulent sur toute la planète et entraînent des mutilations et de multiples processus pour empêcher les femmes d’user de leur liberté.

Ainsi la disqualification des femmes ménopausées en tant que femmes sexuellement désirantes et désirables dépasse, et de loin, une simple attirance individuelle, qui en ce sens est tout à fait respectable et indiscutable.

Ménopause, un tabou à faire tomber

En considérant cette situation sous cet angle, on aboutit à la conclusion qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème individuel mais d’un fait social.

Pour faire tomber un tabou, il faut déjà en prendre pleinement conscience puis en parler. Les femmes le pourront, en dépassant le silence jusque-là bien assimilé, en dépassant aussi la peur car les pionnières risquent d’être moquées en prenant la parole sur ce sujet.

Seules les femmes? Des hommes ont réagi à Yann Moix en disant “Tu parles pour toi!”

Merci Messieurs.

Il existe des démarches individuelles et d’autres collectives pour bousculer les tabous, par exemple, la culture. Les articles, comme celui-ci par exemple, permettent de réfléchir et aident à mettre en lumière ce qui parfois confusément est ressenti. Lever le voile pour mieux se comprendre est une étape. La pièce “Ménopausées” au théâtre de la Madeleine juin/août 2019 – en plus d’être un moment de plaisir impertinent- ouvre la voie. L’accueil très chaleureux tient tant au talent des quatre comédiennes qu’au fait que le public désire sortir du non-dit, de l’invisible. Seule petite critique, les quatre femmes n’ont que 50 ans…

Sortir d’un non-dit, du refoulé permet le changement.

Si vous en êtes d’accord, partagez ces quelques réflexions et voyons ce que cela entraîne.

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été une évidence ». Arthur Schopenhauer

 

Catherine Grangeard

 

Ce billet reprend pour partie une tribune sur le Huffington Post

Lettre au Directeur du Monde à propos d’un article sur la situation des EHPAD

Paris le 15 janvier 2019

Georges Arbuz[1], anthropologue, au Directeur du quotidien Le monde

 

A propos de l’article de Philippe Jacqué intitulé Korian, gestionnaire français d’EHPAD, met un pied en Espagne, publié dans Le Monde Economie du 11 janvier 2019

 

Monsieur le directeur,

Profondément troublé par la lecture de l’article cité en référence, je vous adresse cette lettre pour vous exposer les raisons de mon malaise qui provient, tant du style employé, que de la présentation qui y est faite des maisons de retraite et de leur avenir, en décalage avec l’histoire récente de ces établissements et les multiples questions qu’elle pose.

D’une première lecture de ce texte le lecteur garde une impression de dynamisme et de légèreté, le sentiment que le secteur de l’hébergement des personnes âgées dépendantes (EHPAD) échappe à la morosité de nombre de secteurs de l’économie : « L’année commence sur les chapeaux de roues pour Korian, le champion privé des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes », ce que confirme la croissance annuelle, de 70 à 80 millions de son chiffre d’affaires (3,2 milliards d’euros en 2017). L’acquisition d’un groupe de maisons de retraites en Andalousie, nouvelle étape dans l’expansion du groupe, a été une occasion pour sa directrice, Sophie Boissard, de présenter la politique de développement conduite par Korian. Depuis plusieurs années le groupe Korian, qui gère près de 80 000 lits en Europe (France, Allemagne, Belgique, Italie), multiplie les investissements afin de consolider son réseau. Il le fait en procédant par achats successifs de groupes de résidences de taille relativement modeste, comme il vient de le faire en Andalousie, en prenant le contrôle de Senior une PME qui gère 1 300 lits, en développant une activité de proximité par un maillage au plus près du territoire. Compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt, il est aujourd’hui préférable de détenir des résidences plutôt que de les louer.

La directrice du groupe a une vision positive de l’avenir, pense que même si la manière de financer le Grand Age n’a pas encore été clarifiée par le gouvernement, l’activité, malgré les diverses crises sociales dans les EHPAD, ne peut que s’étoffer. Sur le continent où l’on vit de plus en plus vieux, le secteur de l’accompagnement et de l’hébergement des seniors est en pleine expansion. En Espagne par exemple, quatrième marché européen de la dépendance, la croissance de ce marché est de 2 à 3% par an. Observant que pour affronter le Grand Age, il n’existe plus un seul modèle, comme autrefois les maisons de retraite, Sophie Boissard estime qu’à l’avenir il sera nécessaire de diversifier l’offre selon les besoins et les demandes des familles. »

Cette manière optimiste de présenter la situation et l’avenir des maisons de retraite, sans que soient évoquées à aucun moment la complexité de leur mission, les questions sociales et existentielles que se posent aussi bien les résidents et leurs proches que les professionnels qui en prennent soin, est en réalité profondément choquante car purement managériale.

Rappelons à ce propos que chaque société, au travers de ses croyances, de ses mythes et de ses rituels, des connaissances auxquelles elle a accès, a une manière qui lui est propre de prendre en compte la finitude humaine, d’organiser les liens et les solidarités entre les générations, d’accompagner les dernières années de vie de ses membres. Il y a encore peu de temps cet accompagnement  se faisait à domicile et lorsque l’état de santé du sujet âgé s’aggravait, venait le moment où le profane, l’utile et le matériel, cédaient la place devant le symbolique et le sacré.

Tout ceci ayant largement disparu depuis plusieurs décennies, face aux questions révélées par la crise des EHPAD, une vaste consultation est en place sur les conditions de séjour offertes au résidents et au delà sur la manière dont la société contemporaine assume et donne du sens à ce temps particulier de l’existence. A une époque où l’économie et la finance cherchent à contrôler et à  rentabiliser tous les domaines d’activité, il est aussi important de lutter sans relâche pour que les questions relatives à l’avancée en âge, aux liens et aux solidarités entre les générations et à la mort, échappent à leur emprise.

 

Georges Arbuz

[1] arbuz@club-internet.fr    –  blog de la gérontologie

EHPAD à domicile ou domicile à l’EHPAD ?

Résultat de recherche d'images pour "dépendance surveillance domicile"Ça peut paraître un peu bizarre mais cette question n’est sans doute pas anodine : EHPAD à domicile ou domicile à l’EHPAD ? Depuis quelques temps, en effet, on voit circuler des « publicités » pour établissements ou services qui prétendent apporter, pour le bien des plus âgés de nos contemporains évidemment, l’EHPAD à domicile…

Il y a longtemps déjà que l’on a inventé l’hospitalisation à domicile pour désengorger certains services hospitaliers et éviter aux malades certains désagréments liés aux contraintes hospitalières. Il y a longtemps que dans d’autres domaines de l’action sociale, médico-sociale ou socio-éducative, on a inventé le « placement à domicile » pour permettre par exemple une protection de l’enfant sans le séparer de ses parents… Hospitalisation chez soi, internat hors les murs, EHPAD hors les murs, à domicile maintenant, il se peut qu’il y ait derrière ces éléments de langage quelques bonnes intentions, à moins que ce ne soit, diront les mauvaises langues, pour éviter de créer, d’ouvrir et de financer des places d’accueil en établissement… On trouvera même le moyen d’invoquer l’inclusion pour donner à tout cela une incontestable légitimité.

Bref, voici donc que l’on nous propose aujourd’hui l’EHPAD à domicile ! Une rapide investigation sur le net permet de trouver un peu partout en France des offres plus ou moins explicites toutes formulées pour le bien des vieux évidemment. On trouve ainsi, à titre d’exemple :

« AD Seniors réinvente la maison de retraite en la délocalisant au domicile de la personne âgée. »

Ou encore : « Le COS inscrit ses Ehpad dans la politique de maintien à domicile des personnes âgées et met en œuvre, depuis 2015, un dispositif d’ « Ehpad hors les murs » qui vise à favoriser le maintien à domicile et à prévenir ou gérer les risques de rupture. »

De la même manière, la Croix Rouge et Bluelinea : « Dans ce contexte, l’Ehpad peut devenir un facilitateur de maintien à domicile. En s’appuyant sur les nouvelles technologies et la domotique, des services précieux peuvent être apportés au domicile : aménagement de l’habitat, traçabilité des actions, suivi de l’intervention des professionnels, gestion des alertes, commandes des repas« .

Les vieux sont un marché, c’est clair, l’avancée en âge de la population constitue de formidables enjeux économiques, il faut se battre pour obtenir le « marché du domicile », comme ce fut le cas pour obtenir le « marché du placement en établissement » au moment où celui-ci perd un peu la cote même s’il rapporte encore beaucoup à quelques investisseurs…

Depuis longtemps on a conscience de l’absurdité de la coupure entre le domicile et l’hébergement, coupure, opposition même, souvent basée sur des logiques gestionnaires et économiques. Depuis longtemps on se dit que les compétences mises en œuvre dans l’établissement ne sont pas fondamentalement différentes de celles mises en œuvre à domicile ou dont on aurait besoin à domicile… Depuis longtemps on rêve d’établissements ouverts dans lesquels on puisse inventer des allers retours, des alternances, des complémentarités, etc.

Mais justement ! Depuis tout ce temps l’EHPAD nous fait croire qu’il peut offrir aux personnes hébergées un domicile… « Vous êtes ici chez vous » affirme-t-on avec force pour le faire croire à des « résidents » qui ne sont pas dupes mais restent « hébergés » et ne deviennent jamais des « habitants ». Si dans les EHPAD on parvenait à dire sans arrière pensée cela à celles et ceux que l’on nomme résidents, « Cet espace est pour vous », ce serait déjà remarquable !

Le domicile à l’EHPAD on a pu en rêver, mais l’EHPAD à domicile ? La première des choses que l’on viendra vous installer c’est une caméra de surveillance ? Un digicode ? Un dispositif de traçabilité pour suivre vos déplacements ? Non, personne ne peut rêver de se faire « placer, tracer, surveiller » et finalement enfermer chez soi… « Surveiller et punir » évidemment aurait dit Michel Foucault !

Non l’avenir n’est pas le « maintien » à domicile mais le « soutien » à domicile d’une personne qui décide de sa vie et qui, aux limites de ce soutien peut avoir besoin d’être accueillie dans un établissement pour y terminer sa vie, sans doute, dans une « dernière demeure » digne et apaisante… Que l’EHPAD se fasse domicile ? Oui ce serait remarquable et ce n’est actuellement ni gagné ni facile…  Mais que le pire de l’EHPAD, dont justement personne ne veut, vienne envahir le domicile et le dénaturer, cela constituerait une supercherie scandaleuse…

Indignez-vous disait S. Essel ! Oui indignons-nous et… Résistons !

 

Michel Billé

Gilets jaunes et « vieux gilets »…

Malaise, pas facile de prendre position… Je ne m’y reconnais pas forcément et pourtant je ne peux certainement pas me désolidariser sans me sentir coupable. Personnellement j’aurais sans doute préféré que les gilets verdissent et revendiquent plus clairement une écologie active, sociale, solidaire, responsable… Mais je ne suis pas personnellement dans ces situations de précarité, de pauvreté, de dénuement dans lesquelles se trouvent nombre de celles et ceux qui n’ont à peu de chose près que leurs yeux pour pleurer… Si j’étais dans cette situation de grande précarité, me demandant chaque mois comment mettre encore sur la table quelque chose à manger, serais-je capable de tenir le discours qui est le mien?

Certes tous les gilets jaunes ne sont pas pauvres, certes dans les manifestations quelques casseurs viennent casser pour casser… Certes il y a sans doute dans ces groupes de manifestants qui bloquent les carrefours, les entrées ou les sorties d’autoroute, les rocades, les centres villes, les centres commerciaux, des personnes qui se conduisent parfois de façon peu responsable, des jeunes qui veulent en découdre, des hommes et des femmes blessés par la vie professionnelle et ses injustices qui confondent peut-être les domaines de revendication et d’action, certes il y a sans doute des gens qui se trompent de combat ou qui utilisent des moyens peu adaptés… Certes ces manifestations perturbent le fonctionnement ordinaire de la cité, à la ville comme à la campagne…

Mais il est rare que les vieux se mobilisent… Et cela est à comprendre, me semble-t-il… Les vieux pas encore très vieux, évidemment, mais ces retraités qui se mobilisent n’arrivent pas là par hasard! D’autant qu’il ne faudrait sans doute pas oublier d’écrire retraitées au féminin… Elles ont entre 60 et 75 ans, elles ont derrière elles une vie de travail, elles ont élevé leurs enfants, elles donnent un temps considérable à leurs petits enfants, elles apportent parfois une aide considérable à la génération qui les précède, elles vivent avec des revenus d’une incroyable précarité et le plus souvent elles se taisent… Pour une fois elles parlent! L’une d’elle allait jusqu’à dire (samedi 24 novembre 2018 au journal de 20 h sur France 2) « J’irai m’immoler devant l’Élysée! » Une chose est sure, elle ne pourra pas aller devant l’Élysée, les forces de l’ordre l’en empêcheront… Mais quel est son degré de désespoir pour en arriver à penser mettre ainsi fin à ses jours?

Bien malin qui peut dire précisément qui sont « Les gilets jaunes » en général mais je suis suffisamment sensible à la situation des retraités, des vieux, dans notre pays pour comprendre que nombre d’entre eux, les plus pauvres, se sentent aujourd’hui ignorés, délaissés, méprisés. Les réformes se succèdent et donnent durablement à ces retraités pauvres le sentiment d’être les dindons de la farce… Le mépris qu’ils ressentent les plonge dans un désespoir que l’on ne mesurera que si quelques uns, quelques unes, posent des actes désespérés, justement… On aura beau jeu alors de dire que ceux-là, celles-là n’allaient pas bien et nous aurons beau jeu encore de mettre tout cela sur le compte d’un état psychologique perturbé ou de je ne sais quel dysfonctionnement personnel ou familial… Il se peut même que ces explications ne soient pas absurdes puisque l’on sait à quel point les interactions entre conditions de vie et fonctionnement psycho-affectif peuvent être intenses.

Les « vieux gilets » crient leur désespoir, pas seulement leur malaise, leurs difficultés, leur raz le bol, leur envie d’avoir une retraite un peu plus élevée et des conditions de vie plus favorables, pas seulement… C’est facile de retarder l’âge de départ à la retraite,  d’oublier d’en augmenter le montant mais d’augmenter, bien sûr, telle ou telle taxe que paieront les retraités qui sont censées rouler sur l’or et l’argent de la silver économie… Les vieux gilets sentent la précarité qui les cerne mais leur implication aujourd’hui dans ce genre de mobilisation ne parle pas que de cela… Bien sûr on trouvera le moyen de les insulter en se moquant de ces « vieux soixante-huitards » qui saisissent l’occasion de retrouver les barricades dont ils ne sont jamais vraiment remis… Bien sûr! Mais pour un peu léger que ce soit ce n’en est pas moins odieux!

Non ils crient, elles crient leur désespoir, le sentiment qu’ils ont, qu’elles ont d’être traités de façon indigne, le sentiment qu’ils ont, qu’elles ont de n’être pas respectés, de se sentir trahis dans le contrat social qu’ils et qu’elles avaient passé avec la société française dès l’instant où travaillant, cotisant, ils devenaient des « ayant droit » d’un système de retraite  et d’assurances sociales qui devait leur garantir un niveau de vie décent jusqu’au terme de leur existence! Ils sont indignés parce qu’ils se sentent oubliés, invisibles, trahis! Ils sont des ayant-droit et non des « bénéficiaires ! »

Il est possible qu’ils ne soient pas les seuls, il est possible qu’ils ne parviennent pas à crier assez fort et assez longtemps pour se faire entendre, il est possible que, passées les fêtes de fin d’année, les « dindons de la farce » ayant été dégustés, on les oublie un peu plus encore, il est même possible que n’entendant pas ce qu’ils nous disent, leur situation se détériore encore un peu… Il est possible que demain soit pire qu’hier, ce n’est pourtant pas ce qui leur avait été promis! Et surtout, comment prendrons-nous la mesure du mal qu’ils auront, qu’elles auront subi? Comment soignera-t-on ces blessures?

On pourra se targuer des valeurs républicaines! A leur manière les « vieux gilets » nous demandent de nous en ressaisir, ne les trahissons pas une nouvelle fois!

On ne devrait jamais se croire dispensés de porter le mal des autres!

 

 

 

Michel Billé.