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Refonder une gérontologie sociale

Les années quatre-vingt ont été, en France, une période d’incroyables innovations, dans tous les domaines sans doute, y compris dans les domaines de la santé et des politiques sociales et médico-sociales. Du point de vue de l’accompagnement des plus âgés de nos concitoyens, cette période fut particulièrement marquée par la volonté de sortir la vieillesse du champ de la médecine, de l’hôpital, pour ne pas dire de l’hospice…

Cette volonté de regarder l’avancée en âge d’abord comme une question de société et non comme un problème de santé était d’ailleurs, pour une part au moins, héritée des travaux de Pierre Laroque qui dans son célèbre rapport attirait dès 1962 l’attention des gouvernants et autres responsables sur le vieillissement de la population.

Certes il arrive que la vieillesse des uns et des autres s’accompagne de problèmes de santé, certes il arrive que ces problèmes de santé deviennent prépondérants mais cela ne saurait faire de la vieillesse une maladie…

La gériatrie qui trouve toute sa pertinence dans le soin apporté aux plus âgés de nos contemporains, justement lorsqu’ils rencontrent ces problèmes de santé reste alors une spécialité médicale, centrée sur une tranche d’âge, au même titre que la pédiatrie, par exemple, est bien une spécialité médicale centrée sur une tranche d’âge particulière.

Évidemment prendre en considération la personne malade dans sa globalité implique de s’intéresser à ses conditions de vie, de ressources, d’habitat, d’intégration sociale, etc. Le gériatre est donc conduit, pour comprendre, soigner, accompagner son patient âgé, à envisager une situation complexe pour mieux saisir les interactions, positives ou non, entre le patient et son milieu, son environnement humain, matériel… Il ne saurait donc y avoir de gériatrie sans que se développe une gérontologie dont le but n’est certainement pas de rivaliser avec la gériatrie ou de tenter de la disqualifier mais bien de prendre en considération la dimension sociale, sociétale même de l’avancée en âge.

C’est justement dans les années quatre-vingt que cette gérontologie va prendre vraiment son importance en France et va devenir une véritable « gérontologie sociale ». Les contributions seront nombreuses, la mémoire de quelques noms s’impose : Michel Philibert, Robert Hugoneau, Maurice Bonnet, Geneviève Laroque, Paulette Guinchard-Kunstler… Tous, à leur manière, ont incité les nouvelles générations qui s’intéressaient à la vieillesse à entrer dans des dimensions pluridisciplinaires, interdisciplinaires, bref, complexes…

Il semble bien qu’aujourd’hui la peur que nous avons de mourir et les représentations négatives de la vieillesse qui l’accompagnent nous conduisent plus que jamais à adresser à la médecine une demande insensée non seulement de nous guérir mais de nous empêcher de mourir et pour cela de nous éviter de vieillir… Au moment où enfin l’espérance de vie à laquelle nous pouvons prétendre est plus importante que jamais l’idéologie du « bien vieillir » nous formate pour que nous n’ayons le droit de vieillir qu’à condition de rester jeune! Cette injonction paradoxale, séduisante évidemment, nous rend fous au point que nous voyons aujourd’hui se développer sans crier gare, une « médecine anti-âge » qui nous promet de vivre sans vieillir… Dormez tranquilles le transhumanisme est à l’œuvre…

Or, quelles que soient les difficultés que nous rencontrons dans nos vies, vivre c’est vieillir, inéluctablement d’autant que vieillir c’est vivre, heureusement…

Le moment semble donc venu, plus que jamais, de refonder une véritable gérontologie sociale et cela pour une multitude de raisons :

La société française vieillit et ce phénomène mérite d’être encore observé, étudié et mieux compris.

Le vieillissement de la population ouvre des questions que nous avons à traiter tant sur le plan de l’urbanisme, du logement, des transports, de l’accès à la consommation, des pratiques alimentaires, de l’accès à la culture…

Les questions que nous pose le vieillissement de la population exigent des réponses nouvelles, diversifiées et actualisées.

Le vieillissement de la population nous oblige évidemment à penser un investissement économique et sociétal très important et porteur d’avenir. Refuser cet investissement serait sans doute une absurdité qui entrainerait une rupture dramatique du lien de solidarité républicaine. La situation précaire de certaines et de certains des plus âgés de nos contemporains nous oblige évidemment à maintenir et à repenser ce lien de solidarité.

Les relations entre les générations ont besoin d’être cultivées, travaillées pour qu’elles continuent d’apporter aux plus jeunes, et aux plus anciens les échanges de tous ordres, y compris affectifs et culturels dont ils ont besoin.

Les évolutions technologiques foudroyantes avec lesquelles il nous faut faire société nous obligent à être particulièrement attentifs à la situation des plus âgés parce qu’ils peuvent connaître des difficultés majeures entraînant isolement et exclusion.

La gérontologie sociale a précisément pour objet de prendre en considération l’avancée en âge, dans la complexité d’une société, à un moment particulier de son évolution et de son histoire…

La vieillesse est notre avenir, portons lui la plus grande attention…

 

Michel Billé

 

L’esprit de ricochet

Le lundi 10 avril 2019 je recevais un email, comme  tous les bloggeurs abonnés du monde, annonçant la fermeture prévue pour des blogs abonnés du Monde pour le 5. Juin. « « Chère abonnée, cher abonné, Vous recevez cet e-mail parce que vous avez ouvert en tant qu’abonné un blog hébergé sur le site du Monde. Ce service prendra fin le 5 juin 2019. Cette fermeture est liée aux évolutions techniques de notre site Internet. A compter du 5 juin, votre blog ne sera plus accessible, et ses contenus, y compris les photos et textes, seront supprimés. Vous disposez de deux mois pour sauvegarder vos contenus et nos équipes vous accompagneront dans cette démarche. Vous recevrez dans les prochains jours un e-mail expliquant de façon détaillée la procédure à suivre pour sauvegarder l’ensemble de vos contenus. Nous vous remercions pour votre fidélité, L’équipe abonnement du Monde »»

Créé à l’origine par Michel Billé, Christian Gallopin et moi même, nous fûmes rejoins par un collectif en expansion; l’aventure du blog « l’âge, la vie » continuera avec deux autres supports:

-le site de l’association EHPAD’côté: 

https://wordpress.com/view/ehpaddecote.wordpress.com

-un blog hébergé par Médiapart: 

https://blogs.mediapart.fr/jose-polard-0/blog

A bientôt, donc

José Polard

Nous n’avons jamais autant communiqué, nous ne nous sommes jamais aussi peu parlé

Un premier billet d’humeur, d’autres moins thymiques seront à venir..

Je n’ai pas écouté Jupiter président, juste une phrase saisit au hasard des conversations journalistiques ennuyeuses et convenues.La première observation quant à la conférence de presse postintervention auto-cogruente, est qu’en majorité la parole a été donnée à la presse parisienne..2 questions pour la presse étrangère et je ne parle pas de la presse régionale.

Un monde nouveau se dessine à nouveau. Mais pire encore.; La déférence onctueuse des journalistes interrogeant m’a laissé pantois, nous sommes à des années lumières du Washington-post! Pour l’exemple; » Comment allez vous Monsieur le président, avez vous souffert, avez vous changé, vous représenterez vous en … » Fermez le ban!

Alors me demanderez vous, ou pas, pourquoi ce préliminaire sur un site aussi pertinent sur les problèmes du vieillissement , de l’existence de l’autre quel que soit son âge et sa condition psychique? Tout simplement, qu’il est plus facile de sortir de l’ENA que de l’ordinaire!

Nous n’avons jamais autant communiqué et nous nous ne sommes jamais aussi peu parlé…Nous sommes dans une ére aphasique de notre société, perdus et égarés, nos pensées ne sont plus reliés à des gestes de solidarité, de bienveillance, nous ne reconnaissons plus les valeurs qui nous permettraient de devenir ensemble..

Ne reconnaissez vous pas à ce stade certains symptômes de la soi disant maladie d’Alzheimer?!

L’objet remplace la pensée et le spirituel, le matérialisme est devenu quasiment religieux, qui n’a pas son dernier portable « high tech »d autres que sais je.Pour preuve , les robots que l’on installe dans les EHPAD, afin que les vieux puissent ne pas ressentir la solitude! Nous nous dirigeons vers le plus mauvais des mondes , si nous n’y sommes pas déjà.

C’est un profond changement de pensée qui nous est nécessaire , aucun objet , ni d’autres dieux célestes, ne nous y aideront.
De cet embrouillamini communicationnel permanent , pas de projets , aucune perspective, aucun lien , j’ai le sentiment , parfois de partager ce que peuvent ressentir ces personnes que j’accompagne au quotidien qui souffrent de « démence », perte de l’esprit , il me semble…

Amédée Pierre Lachal

PS Dernier ouvrage paru: »Maladie d’Alzheimer, de la mystification médicale à l’indifférenciation sociale » préface de Louis Ploton éd.les auteurs libres

Le président et la dame pas toute jeune

Une femme de 73 ans est gravement blessée lors d’une charge policière à Nice lors de la dernière manifestation des Gilets Jaunes. Le gouvernement conteste qu’il s’agisse d’une charge policière, tout en disant que l’on prend des risques lorsqu’on se rend dans des lieux définis comme interdits. Quelque peu contradictoire. Cette dame « pas toute jeune » de 73 ans militait dans une association qui lutte pour le respect de l’environnement et des rapports d’échange moins inégalitaires.

Au plus haut sommet de l’Etat, il a été déclaré : « Je lui souhaite un prompt rétablissement et peut-être une forme de sagesse. » « Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met dans des situations come celles-ci. »

Que faut-il entendre par « une forme de sagesse » ? Serait-ce que parce qu’on n’est plus tout jeune, voire carrément vieux, on n’a plus à militer dans des associations dont le discours déplait aux puissants. Et si pour exprimer publiquement ses idées, on manifeste pacifiquement et qu’on se retrouve à l’issue de la manifestation hospitalisée avec de multiples fractures du crâne, on n’a à s’en prendre qu’à soi-même. Ce qui équivaut à une double interdiction de manifester : parce que manifester devient de plus en plus problématique, d’une part, et d’autre part manifester lorsqu’on a 73 ans ou plus serait en passe de devenir scandaleux et le fait d’écervelés. Car dans cette obstination à rabaisser tout un chacun, les vieux n’ont pas à penser, d’ailleurs ils ne pensent pas. Ce sont des écervelés (au sens strict : é-cervelés)

Serait-on en train d’assister au plus haut sommet de l’Etat à l’énoncé d’injonctions en direction des vieux : « Calfeutrez-vous chez vous, regardez la télé. » « Ne vous engagez dans aucune cause, c’est ainsi que vous ne prendrez pas de coup puisque vous n’aurez à manifester d’aucun engagement ».

En définitive, si on poussait le raisonnement jusqu’au bout de ce qui le sous-tend : « vieux, restez chez vous, en attendant l’issue fatale. Il vous reste une seule chose : vous retirer de la vie ».

Et ce propos émane d’un président qui pourrait être le fils de la dame en question. Décidément, on ne respecte plus rien ! En tous cas pas les vieux, qu’on se permet de sermonner et de réprimander comme si c’étaient des enfants.

Alain Jean

Le défi d’une culture de la responsabilité chez les retraités et personnes âgées

Dans le conte philosophique de Voltaire, publié en 1748, “Le Monde comme il va”, reflet de la société de Voltaire à son époque, nous trouvons une analyse fine et extrêmement perspicace, qu’on dirait presque de notre propre époque.

Dans ce conte, les génies qui président l’empire du monde se trouvent en colère contre les excès des Perses.

L’ange Ituriel, un de ces génies, confie une mission au Scythe Babouc : se rendre à Persépolis et observer ses habitants accusés de tous les maux, afin de lui rendre un compte rendu fidèle qui déterminera, s’il faut châtier ou exterminer la ville.

Arrivé à Persépolis, Babouc observe le comportement des habitants de la ville, et y découvre un monde où règne la violence, l’injustice, le vice, le crime.

Babouc déchiré tantôt par la violence de cette ville, tantôt par quelques manifestations de vertu chez ses habitants, s’étonne : “Inexplicables humains, comment pouvez-vous réunir tant de bassesse et de grandeur, tant de vertus et de crimes?” Ce monde devrait-il être détruit ?1

 Edgar Morin déclare en 2013 «Tout indique que nous courons à l’abîme et qu’il faut, si possible et s’il en est encore temps, changer de voie.» (E.Morin, 2013).

 «Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils en voient la nécessité que dans la crise» Jean Monnet2

 L’âge de la retraite est aussi celui de deux tiers de vie accomplie, et la vie c’est le changement.

Il est donc toujours temps de changer de voie, il suffit, c’est là le triste constat, que nous le voulions, que nous en ayons le courage, ensemble, pour développer nos capacités et moyens de demeurer des citoyens, acteurs, d’une société mondiale entre trois, quatre, voire cinq générations, sans être esclaves d’un avenir gouverné par l’intelligence artificielle.

Nous connaissons « bassesses et grandeurs, vertus et crimes » bien au-delà de nos territoires de vie puisque nous sommes informés, depuis ces dernières décennies, dans les secondes, souvent visuellement, de l’événement produit à l’extrémité du monde.

Retraités, donc aînés, nous sommes en partie, responsables de la situation actuelle du monde.

Forts de nos expériences, face à l’obligation ou la nécessité morale de répondre et d’assumer nos responsabilités, de nous porter garants de nos actions ou de celles des autres, nous devons participer de façon active à une autre voie pour une société mondiale de paix et de bonheur en étant connus et reconnus dans nos aptitudes et nos compétences.

Celles-ci commencent par l’éducation, la formation, se développent par les apprentissages tout au long de la vie.

Il nous appartient d’apporter la preuve de leurs réalités, aux autres d’en reconnaître le bien fondé.

Ce troisième tiers de vie est une nouvelle chance de construire ce que bien souvent les contraintes de la carrières ne nous ont pas permis.

Osons un défi, celui d’une « nouvelle carrière », demeurons professionnels dans une profession choisie, apprise, comprise afin d’en exercer les compétences avec bonheur dans un développement personnel et collectif.

Devenir « retraité professionnel » c’est marquer sa volonté de vivre un long temps de retraite et de vieillissement, en bonne santé – nous savons que le travail, exercé avec plaisir, est le meilleur vaccin contre un vieillissement trop rapide – de façon bénévole ou lucrative pour des raisons personnelles, en s’engageant, par exemple, pour recentrer la science sur le vrai, l’art sur le beau, et la culture sur le bien.

Si le programme vous plaît, rejoignez nous !

Pierre Caro

retraité professionnel

1Extrait de l’Alliance pour les sociétés responsables et durables, les cahiers de propositions Yolanda Ziaka

2Jean Monnet 1888-1979 promoteur de l’atlantisme et du libre échange, il est considéré comme l’un des pères de l’Europe.

Stop à la ghettoïsation des vieux en France: ce qui n’est pas dit

 

Un article du Point, en date du 17/5/2018 « Stop à la ghettoïsation des vieux en France » s’inspire du 128e avis du Comité d’éthique pour dénoncer la façon dont sont prises en charge les personnes âgées dépendantes et traités les aidants, professionnels ou familiaux.

« Le grand âge s’accompagne souvent de mise à l’écart, de prise en charge inadaptée, d’une souffrance des personnes concernées et de leurs accompagnants. Le problème est à la fois social, médical, économique, éthique et politique », a déclaré le professeur Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), en présentant à la presse les conclusions de l’avis 128 intitulé « Enjeux éthiques du vieillissement : des pistes pour l’action ».

Pour le professeur Régis Aubry (médecin spécialiste des soins palliatifs et l’un des rapporteurs de ce travail), « les trois quarts d’entre elles n’ont pas choisi d’aller en institution, elles regrettent de vivre entre vieux, et 40 % sont dépressives. » Et elles paient souvent cher un mode de vie qui leur déplaît.

Le CCNE appelle les politiques à favoriser et à diversifier les alternatives à l’Ehpad, voire à penser l’Ehpad hors de l’Ehpad : cela pourrait se traduire par l’intégration de ces établissements dans les constructions nouvelles à usage d’habitation, comme cela se fait déjà pour les logements sociaux, l’encouragement au développement de l’habitat intergénérationnel ou encore d’habitations autogérées par les personnes âgées elles-mêmes, comme dans d’autres pays. La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury ajoute la possibilité de créer des ateliers d’artistes. Seconde rapporteuse de cet avis, elle estime que « l’autonomie est la capacité de décider » et que « la surmédicalisation renforce la dépendance ».

Finalement, c’est tout le système de santé français qui mériterait d’être repensé aujourd’hui, estime le CCNE. Il prône une réforme profonde de la formation des acteurs du soin, en leur assurant en particulier une meilleure valorisation de leur activité. Le personnel soignant devrait pouvoir mieux prendre en considération la singularité et la vulnérabilité de chaque patient, et donc adapter les traitements

Pour ma part, en 1997, lors de mon entrée en situation de retraite je me suis demandé pourquoi et comment j’allais vivre les quarante années que je pouvais encore espérer avant d’être, peut-être, vieux !

 

Ce qui n’apparaît pas…

Ce qui est terrible dans cet article du « Point » dont j’ai extrait quelques passages est ce qui n’apparaît pas.

Comment chaque sujet avançant en âge se responsabilise(ra) et se projette(ra) dans ce nouveau temps de vie dû à la longue durée vitale. Il nous semble qu’il serait nécessaire, indispensable que chacun.e puisse prendre un temps pour réfléchir à pourquoi et comment il.elle veut vivre le dernier tiers de sa vie 30 ans / 90 ans et peut-être 35 ans / 105 ans et plus.

Nous aurions aimé lire : finalement et simplement, il revient dès maintenant à chacun de prendre un temps d’apprentissage pour élaborer un projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondialisée où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés, un projet qui renforce les responsabilités de citoyens.es, les droits d’expression et de choix de modes, de conditions, d’environnement de vie, pour conserver bonne santé et autonomie.

Faute d’histoire en référence, nous ne savons faire des propositions qu’au travers du prisme de la dépendance et de son financement.
Encore en pleine forme, la génération du baby-boom n’a pas anticipé à quel point la croissance sans précédent du nombre de personnes âgées allait modifier en profondeur notre manière de vivre ensemble entre et avec quatre, cinq générations, avec la migration des populations pour causes politiques, économiques, sociales, culturelles, religieuses, écologiques, énergétiques…

Enfin j’aurais aimé lire : préparons ce temps de long vieillissement possible comme une nouvelle étape, dans un nouveau projet, une nouvelle carrière, le travail choisi, appris, compris et entrepris avec plaisir dans un développement personnel et collectif étant le meilleur « outil universel » pour retarder le vieillissement, pour poser un autre regard pour une autre relation d’envie de vivre dans les échanges de savoirs, d’expériences et de devenir.

 

Pierre Caro, retraité professionnel

Le hiatus de la bientraitance

Manifestement, il y a un hiatus.

Hiatus entre le discours officiel, lénifiant, satisfait de lui même et pour finir d’une hypocrisie profonde qui brandit de manière éhontée le slogan « Promouvoir la bientraitance en EHPAD ».

Hiatus avec la réalité. Les exemples abondent. En même temps qu’un écho médiatique encore limité est donné au mécontentement voire à la colère qui, ici ou là, se manifeste publiquement et de plus en plus fréquemment de la part des soignants en EHPAD.

Avez-vous entendu parler du mouvement de grève des aides soignantes de l’EHPAD de Fougerans dans le Jura ? Il a duré plus de cent jours entre le printemps et l’été 2017. Faire grève plus de cent jours, ce n’est pas une mince affaire. On y engage son emploi. Les conséquences financières sont lourdes (entre trois et quatre mois de salaire perdus). Autant dire que pour tenir une grève pendant plus de cent jours, il faut « en avoir gros sur la patate ».

Prenons le temps d’écouter ces aides soignantes en colère : « On ne met pas les malades au lit, on les jette » « Tout est fait dans la précipitation », « on dispose (!) de trois minutes et quarante et une secondes pour « coucher » un malade » « En quinze minutes, on lève la personne, on l’emmène à la salle de bains, on fait la toilette complète, on l’habille, on l’installe au petit déjeuner, on distribue les médicaments, on refait le lit, en quinze minutes… » « On n’a pas le temps pour l’accompagner faire une promenade dans le jardin si elle en manifeste le désir ».

Ces jours ci, ce sont les soignants de l’EHPAD de Saint Hilaire du Harcouët, dans la Manche, qui ont manifesté pour signifier leur écoeurement devant les conditions de travail qu’on leur impose. « C’est le service minimum toute l’année » « Ce qu’on pratique, c’est de la maltraitance institutionnelle ».

La manifestation de cet écoeurement surgit de toutes parts: Vendée, Manche, Jura, Bordeaux, Agen, Toulouse…

L’exemple le plus récent, qui a fait le tour des réseaux sociaux, émane d’une infirmière d’une EHPAD dans l’Ardèche qui a fait savoir à la ministre de la santé « qu’elle rendait son uniforme, dégoûtée et attristée de ne pouvoir prodiguer des soins de qualité, étant seule pour quatre vingt dix neuf patients ».

Les propos accablants fusent de partout : « La direction de l’établissement nous impose d’effectuer une toilette VMC. Ce qui veut dire : visage, mains, cul (sic). On est quatre pour faire cinquante toilettes » « On effectue un travail à la chaîne, comme à l’usine, dans lequel le traitement des patients va jusqu’à l’ignominie ». « Je suis dans une usine d’abattage qui broie l’humanité des vies qu’elle abrite, en pyjama ou en blouse blanche. Arrivez vous à dormir ? Moi non. Et s c’était vous ? Vos parents ? Vos proches ? »

Ce qui est remarquable dans toutes ces paroles qui viennent d’être évoquées, c’est qu’à aucun moment, ces soignants ne parlent pour eux mêmes. Ils disent leur refus de ne pas apporter les soins qui leur sembleraient dignes de leur fonction aux vieillards qu’on leur a confiés. Ce fait, à lui seul, mérite d’être souligné et salué. En effet, les vieillards institutionnalisés en EHPAD n’ont pas la possibilité de prendre la parole donc de s’exprimer sur ce qu’ils veulent pour eux-mêmes. En particulier sur leur liberté, leur sphère privée, leurs habitudes, leurs préférences, leur cadre de vie. Alors, certains se laissent mourir…

Que des soignants publiquement prennent la parole pour dire que la façon dont on traite les vieillards en EHPAD est indigne brise la chape de plomb qui veut, au nom d’ « impératifs économiques », que le « management » en EHPAD soit fondé sur la seule rentabilité. Voilà qui est très salutaire.

On n’a pas affaire à des automobiles ou des barils de lessive. On a affaire à des hommes, des femmes, âgés certes ! Mais ne leur doit on pas respect et dignité ? La question pourrait sembler incongrue. Mais la prise de parole de ces soignants en colère nous rappelle que non.

A l’opposé, il y a les investisseurs. Car le placement (financier) dans un EHPAD est juteux. Ainsi trouve-t-on sur Internet sur des sites spécialisés dans ce genre d’investissement des arguments choc : « Investissement porteur et sûr », « Vous recherchez le meilleur rendement ? Investissez en EHPAD », « Loyers au rendement alléchant (souligné par moi) de 4,5% », « Fiscalité attractive, régimes fiscaux avantageux, investissement offrant une bonne liquidité… »

Autrement dit, une nouvelle fois, c’est l’intérêt de l’investisseur qui prévaut, donc de la rentabilité maximale. Et ici, en l’occurrence, c’est le vieillard institutionnalisé qui trinque. Et par voie de conséquence les soignants qui souhaitent faire consciencieusement leur travail.

Lorsque les actionnaires réclament la fermeture d’un site industriel, non pas du fait qu’il serait déficitaire, mais parce que sa rentabilité ne serait pas maximale, c’est désastreux et scandaleux. Ce sont les employés et ouvriers qui se trouvent débarqués.

Mais lorsque ce qui est en jeu, c’est la vie des vieillards elle même, comment qualifier cela?

Il faut affirmer haut et fort que le soin apporté par une société à ses vieillards en dit long sur ce qu’elle est, et que les vieillards, car ils sont nos égaux, ont droit au respect et à la dignité.

Jusqu’à présent, nous avons surtout entendu les infirmier(e)s et les aides- soignant(e)s. Leur colère et leur dégoût est en train de monter de partout. A tel point qu’on va les entendre dans tout le pays le 30 Janvier 2018.
Eh! les médecins…
Mais les médecins, où sont-ils ? N’ont ils rien à dire ? Je sais que certains approuvent les propos des soignants que cette situation révolte. Il faut qu’ils osent, à leur tour, rendre public leur intime sentiment. Ça changerait sérieusement la donne.

Car il devient impératif de changer en profondeur le cours des choses.

 

Alain Jean (Médecin généraliste et gériatre)