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Stop à la ghettoïsation des vieux en France: ce qui n’est pas dit

 

Un article du Point, en date du 17/5/2018 « Stop à la ghettoïsation des vieux en France » s’inspire du 128e avis du Comité d’éthique pour dénoncer la façon dont sont prises en charge les personnes âgées dépendantes et traités les aidants, professionnels ou familiaux.

« Le grand âge s’accompagne souvent de mise à l’écart, de prise en charge inadaptée, d’une souffrance des personnes concernées et de leurs accompagnants. Le problème est à la fois social, médical, économique, éthique et politique », a déclaré le professeur Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), en présentant à la presse les conclusions de l’avis 128 intitulé « Enjeux éthiques du vieillissement : des pistes pour l’action ».

Pour le professeur Régis Aubry (médecin spécialiste des soins palliatifs et l’un des rapporteurs de ce travail), « les trois quarts d’entre elles n’ont pas choisi d’aller en institution, elles regrettent de vivre entre vieux, et 40 % sont dépressives. » Et elles paient souvent cher un mode de vie qui leur déplaît.

Le CCNE appelle les politiques à favoriser et à diversifier les alternatives à l’Ehpad, voire à penser l’Ehpad hors de l’Ehpad : cela pourrait se traduire par l’intégration de ces établissements dans les constructions nouvelles à usage d’habitation, comme cela se fait déjà pour les logements sociaux, l’encouragement au développement de l’habitat intergénérationnel ou encore d’habitations autogérées par les personnes âgées elles-mêmes, comme dans d’autres pays. La philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury ajoute la possibilité de créer des ateliers d’artistes. Seconde rapporteuse de cet avis, elle estime que « l’autonomie est la capacité de décider » et que « la surmédicalisation renforce la dépendance ».

Finalement, c’est tout le système de santé français qui mériterait d’être repensé aujourd’hui, estime le CCNE. Il prône une réforme profonde de la formation des acteurs du soin, en leur assurant en particulier une meilleure valorisation de leur activité. Le personnel soignant devrait pouvoir mieux prendre en considération la singularité et la vulnérabilité de chaque patient, et donc adapter les traitements

Pour ma part, en 1997, lors de mon entrée en situation de retraite je me suis demandé pourquoi et comment j’allais vivre les quarante années que je pouvais encore espérer avant d’être, peut-être, vieux !

 

Ce qui n’apparaît pas…

Ce qui est terrible dans cet article du « Point » dont j’ai extrait quelques passages est ce qui n’apparaît pas.

Comment chaque sujet avançant en âge se responsabilise(ra) et se projette(ra) dans ce nouveau temps de vie dû à la longue durée vitale. Il nous semble qu’il serait nécessaire, indispensable que chacun.e puisse prendre un temps pour réfléchir à pourquoi et comment il.elle veut vivre le dernier tiers de sa vie 30 ans / 90 ans et peut-être 35 ans / 105 ans et plus.

Nous aurions aimé lire : finalement et simplement, il revient dès maintenant à chacun de prendre un temps d’apprentissage pour élaborer un projet de retraite et de long vieillissement dans une société mondialisée où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés, un projet qui renforce les responsabilités de citoyens.es, les droits d’expression et de choix de modes, de conditions, d’environnement de vie, pour conserver bonne santé et autonomie.

Faute d’histoire en référence, nous ne savons faire des propositions qu’au travers du prisme de la dépendance et de son financement.
Encore en pleine forme, la génération du baby-boom n’a pas anticipé à quel point la croissance sans précédent du nombre de personnes âgées allait modifier en profondeur notre manière de vivre ensemble entre et avec quatre, cinq générations, avec la migration des populations pour causes politiques, économiques, sociales, culturelles, religieuses, écologiques, énergétiques…

Enfin j’aurais aimé lire : préparons ce temps de long vieillissement possible comme une nouvelle étape, dans un nouveau projet, une nouvelle carrière, le travail choisi, appris, compris et entrepris avec plaisir dans un développement personnel et collectif étant le meilleur « outil universel » pour retarder le vieillissement, pour poser un autre regard pour une autre relation d’envie de vivre dans les échanges de savoirs, d’expériences et de devenir.

 

Pierre Caro, retraité professionnel

Pourquoi « s’occuper » ne suffit plus !

f_172Quel rôle, quelle place pour un retraité impliqué dans un monde complexe et une société mondiale ?

Si nous sommes toujours plus nombreux à vivre plus âgés dans cette société mondiale, nous n’avons aucune référence historique d’une vie à mener en bonne santé, de plus en plus longue et à partager entre quatre, cinq voire six générations !

C’est ma situation. J’ai 78 ans.

« Le besoin de se divertir viendrait de l’habitude de travailler » Nietzsche

Voyager, découvrir le monde, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre le violon, le grec, le jardinage, le vol à voile, s’abonner à la salle de gym… « Pour se reposer » de quarante années de carrière, c’est un choix possible et somme toute personnel; voire individualiste… même s’il est pratiqué avec d’autres personnes.

Regardons de plus près le vieillissement à partir des chiffres de l’Insee (arrondis) en France. Une grande majorité des octogénaires de 2016 déclare se sentir plus jeunes que leurs parents soixantenaires. Lesquels se sentaient vieux en 1960, à 60 ans atteints…Ils représentaient alors 18 % de la population soit 7,6 millions.

En 2015 les plus de 80 ans représentent 9 % de la population, soit 5,8 millions.

Bref, 1,8 millions de vieux en moins puisque il y a de plus en plus d’âgés qui ne se sentent pas vieux. Je suis clair ?

Actuellement, 10 millions ont entre 60 ans et 80 ans. Nous les supposons en bonne santé. Ce sont ces 20 années qui nous intéressent.

Que font/feront ces 10 millions de retraités, qui ne s’estiment pas si vieux ? [1]

Les déclinistes déclarent que le vieillissement des populations affaiblit les registres économiques et sociaux de la nation, ce qui associe l’idée de la vieillesse à celle d’une décadence individuelle et collective, et en plus, coûteuse ! Nous considérons que l’engagement dans un projet de retraite personnel et collectif construit, peut pallier, contre- balancer, au moins en partie, ces projections sombres?

Voici 20 ans, en entrant en situation de retraite, avant de me précipiter vers des distractions, j’ai entrepris 3 années d’apprentissage à l’Université, comme je l’avais fait pour préparer ma première carrière.

J’envisageai cette nouvelle étape, de 30, 40 ans et plus, comme une opportunité d’une nouvelle carrière en continuant, parallèlement, les activités familiales, amicales, d’engagements associatifs et de loisirs, tout comme je l’avais fait durant ces 40 années passées à travailler..

Ce temps d’apprentissage pour cette nouvelle étape en situation de retraite, m’a permis de « trier » les connaissances et expériences « utiles », de faire un point sur mes ignorances pour les décennies prochaines. Jusqu’à ce jour cette démarche semble bien fonctionner

Comme d’autres dans cette même situation, je me suis inventé une profession : chercheur autodidacte-artisan, avec cette spécialité : l’élaboration d’un projet de retraite et de maîtrise du vieillissement.

Pourquoi le terme d’ « artisan » ? Je voulais expérimenter mes idées dans le concret en animant ou participant à des rencontres citoyennes, à des projets de formations et d’accompagnements sur le thème « Apprendre à bien vieillir, longtemps ».

Pourquoi « retraité professionnel » ?

Réponse simple, j’avais durant 40 années, été un professionnel heureux, connu et reconnu pour quelques compétences spécifiques, appartenant ainsi à la communauté du monde du travail.

Il m’a semblé logique de continuer ce que je trouvais agréable et qui, m’avait permis de construire une vie de citoyen et de chef de famille responsable. D’autant plus essentiel dans une société où le travail est difficile, parfois déconsidéré parce que mal compris ou mal accepté.

Vous avez dit retraite ? Alors qu’il y a tant d’autres humains préoccupants. Alors qu’il y a tant de problèmes qui nécessitent de construire des réponses sérieuses, éthiques, responsables et pérennes. Alors qu’il nous faut apprendre à vivre, à être et faire ensemble maintenant que se côtoient quatre, cinq générations.

Nul n’ignore l’importance du travail comme facteur de citoyenneté et de dignité sociale (les chômeurs en savent quelque chose !). N’étant plus « encadré » dans un travail, quels que soient le secteur d’activité et le niveau hiérarchique, le retraité doit s’ouvrir l’esprit sur un village mondial où se traitent des questions de conflits, de misère, de faim, de manque d’eau potable, de destruction des environnements, de pollutions, de transports, d’éducation et de formation… sans aller bien loin, d’ailleurs, souvent sur son propre territoire, à sa porte.

S’il se donne les moyens et capacités d’évoluer par l’apprentissage tout au long de cette période de vie, il pourra alors décider de son activité, de son rôle et de sa place dans la société.

Car sinon…

Sinon le retraité se sentant désinvesti de ces valeurs de réussites personnelles et professionnelles, se met en danger par la perte d’un statut, la privation de son rôle social, et la fin de ces groupes de pairs, formé par les collègues de travail. Sinon il perd ses repères sociaux, se désengage, atrophiant une bonne part de ses capacités et moyens, de moins en moins sollicités.

Le terme « retraité professionnel » est né en 1998, de cette prise de conscience du rôle et de la place que nous avions à assurer aujourd’hui, pour demain comme une avant- garde des générations futures.

Alfred Sauvy, déclarait en 1974, au Comité de la population des Nations Unies « l’agression de l’environnement est moins une question de « surnombre » qu’une question de mode de vie… et maintenir une structure par âge plus jeune, est un facteur de progrès et de dynamisme »

Ne pas en tenir compte nous condamne tous.

 

Pierre Caro

Retraité professionnel, Chercheur auto-didacte artisan: retraite et vieillissement

 

 

[1] L’étape suivante des 90, 100 ans et plus, nous l’envisagerons d’une manière plus sage puisque nous aurons 20 années de savoirs et d’expériences… en plus.