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De qui se moque -t-on?

Evénement indésirable (suite)

Illustration with word cloud about Bla bla bla.

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Si le fait que la température descende en dessous de zéro (de quelques degrés seulement, il faut bien le noter)  sur la plus grande partie du pays constitue un événement indésirable qui donne lieu à tout ce battage médiatique angoissant, alors le diagnostic est extrêmement facile à poser : nous sommes complétement tombés sur la tête.

En effet, il est banal de constater en Janvier qu’en France la température descende un peu en dessous de zéro. Ce serait la survenue d’une canicule en plein mois de Janvier qui serait étonnante. Mais pour bien enfoncer le clou, on vous déclare de façon réitérée que ce qu’affiche le thermomètre c’est une chose, mais que la température « ressentie » souvent inférieure de 10 degrés aux chiffres affichés est la seule qui compte. Qu’est-ce qu’ils en savent ces prétentieux experts climato-météorologiques ?

Pour tout dire, ce discours appuyé me semble extrêmement suspect, ou bien comme on pouvait le lire à proximité des passages à niveau, jadis : « Un train peut en cacher un autre ». Ou dit encore autrement : « De qui se moque-t-on ? ». D’autant que le discours catastrophiste sur la météo qui serait d’une exceptionnelle gravité (j’ai du mal à comprendre en quoi) est généralement couplé à un discours culpabilisant à destination de tout un chacun, de vous donc, par voie de conséquence …

Sur un air déjà entendu de: » Prenez attention à ce malheureux SDF sur le trottoir en face de chez  vous ou de la vieille dame qui habite dans une chambre de bonne au-dessus et qu’on va retrouver asphyxiée au monoxyde de carbone à  cause de son poêle à  charbon défaillant », sous-entendu : »Ce serait vous le  responsable ».

Certes lorsqu’un tel drame survient personne ne peut se dédouaner de sa responsabilité. Mais, en l’occurrence, dans le cas présent, ce bourrage de crâne et cette propagande – car il faut appeler les choses par leur nom- n’ont qu’un objectif. Il s’agit de dédouaner la responsabilité  de l’Etat et des Pouvoirs publics de toute responsabilité dans ce qui peut bien arriver aux gens. L’Etat et les Pouvoirs publics ne sont plus comptables de rien de tout. La santé, la vie et la mort des gens, ce n’est désormais plus leur problème : c’est la faute de vous, de tout un chacun qui n’êtes pas assez vigilant, c’est la faute de la météo qui est tout à fait habituelle mais qu’on exagère démesurément pour s’abstraire de toute critique accusatrice justifiée.

Est-ce votre faute, est ce la faute de la météo si les gens attendent aux urgences de l’hôpital des heures et des heures (parfois dix, parfois douze) mal installés sur un brancard dans un couloir ?

Mais, dans l’esprit de ceux qui nous gouvernent, ce n’est pas très grave : il ne s’agit que de pauvres, de vieux, de SDF, de réfugiés, de « sans dents » comme l’a dit élégamment le président. Les riches, les nantis, les privilégiés ils ont les moyens de se faire soigner correctement, les autres on s’en fout.

Ceux qui nous gouvernent feraient quand même bien de se méfier. Toute cette situation révoltante commence à susciter colère et indignation. Ainsi cet urgentiste d’un hôpital du Nord Est de Paris qui fait le constat amer et sans appel que l’hôpital public en France n’est même plus capable de faire face à une épidémie de grippe. Ainsi cette jeune interne en médecine qui fait circuler une vidéo sur les réseaux sociaux où elle dénonce l’inhumanité de la pris en charge des malades en dépit du dévouement et du bon vouloir des soignants et médecins qui font ce qu’ils peuvent mais de plan social en coupe budgétaire, nous en sommes là. Et elle raconte comment elle a contacté, en vain, onze hôpitaux pour « trouver un lit » au malade qu’on lui a confié.

Discours officiel à double détente : premier volet : « ce n’est pas de notre faute », on l’a vu. Deuxième volet, ce discours ronflant et creux, discours officiel des officines sanitaires étatiques : avec son catéchisme sur la bientraitance, la sécurité… Mais est ce qu’on traite bien les gens, est ce qu’ils sont en sécurité ?

Il ne faut pas se payer de mots. Et bien plutôt que la froideur du climat, il faudrait évoquer en paraphrasant Karl Marx « les eaux froides du calcul égoïste » et des rapports humains dans ce monde qui ne considère que l’argent.

 

Alain Jean

De qui se moque -t-on?

Illustration with word cloud about Bla bla bla.Evénement indésirable (suite)

 

Si le fait que la température descende en dessous de zéro (de quelques degrés seulement, il faut bien le noter)  sur la plus grande partie du pays constitue un événement indésirable qui donne lieu à tout ce battage médiatique angoissant, alors le diagnostic est extrêmement facile à poser : nous sommes complétement tombés sur la tête.

En effet, il est banal de constater en Janvier qu’en France la température descende un peu en dessous de zéro. Ce serait la survenue d’une canicule en plein mois de Janvier qui serait étonnante. Mais pour bien enfoncer le clou, on vous déclare de façon réitérée que ce qu’affiche le thermomètre c’est une chose, mais que la température « ressentie » souvent inférieure de 10 degrés aux chiffres affichés est la seule qui compte. Qu’est-ce qu’ils en savent ces prétentieux experts climato-météorologiques ?

Pour tout dire, ce discours appuyé me semble extrêmement suspect, ou bien comme on pouvait le lire à proximité des passages à niveau, jadis : « Un train peut en cacher un autre ». Ou dit encore autrement : « De qui se moque-t-on ? ». D’autant que le discours catastrophiste sur la météo qui serait d’une exceptionnelle gravité (j’ai du mal à comprendre en quoi) est généralement couplé à un discours culpabilisant à destination de tout un chacun, de vous donc, par voie de conséquence …

Sur un air déjà entendu de: » Prenez attention à ce malheureux SDF sur le trottoir en face de chez  vous ou de la vieille dame qui habite dans une chambre de bonne au-dessus et qu’on va retrouver asphyxiée au monoxyde de carbone à  cause de son poêle à  charbon défaillant », sous-entendu : »Ce serait vous le  responsable ».

Certes lorsqu’un tel drame survient personne ne peut se dédouaner de sa responsabilité. Mais, en l’occurrence, dans le cas présent, ce bourrage de crâne et cette propagande – car il faut appeler les choses par leur nom- n’ont qu’un objectif. Il s’agit de dédouaner la responsabilité  de l’Etat et des Pouvoirs publics de toute responsabilité dans ce qui peut bien arriver aux gens. L’Etat et les Pouvoirs publics ne sont plus comptables de rien de tout. La santé, la vie et la mort des gens, ce n’est désormais plus leur problème : c’est la faute de vous, de tout un chacun qui n’êtes pas assez vigilant, c’est la faute de la météo qui est tout à fait habituelle mais qu’on exagère démesurément pour s’abstraire de toute critique accusatrice justifiée.

Est-ce votre faute, est ce la faute de la météo si les gens attendent aux urgences de l’hôpital des heures et des heures (parfois dix, parfois douze) mal installés sur un brancard dans un couloir ?

Mais, dans l’esprit de ceux qui nous gouvernent, ce n’est pas très grave : il ne s’agit que de pauvres, de vieux, de SDF, de réfugiés, de « sans dents » comme l’a dit élégamment le président. Les riches, les nantis, les privilégiés ils ont les moyens de se faire soigner correctement, les autres on s’en fout.

Ceux qui nous gouvernent feraient quand même bien de se méfier. Toute cette situation révoltante commence à susciter colère et indignation. Ainsi cet urgentiste d’un hôpital du Nord Est de Paris qui fait le constat amer et sans appel que l’hôpital public en France n’est même plus capable de faire face à une épidémie de grippe. Ainsi cette jeune interne en médecine qui fait circuler une vidéo sur les réseaux sociaux où elle dénonce l’inhumanité de la pris en charge des malades en dépit du dévouement et du bon vouloir des soignants et médecins qui font ce qu’ils peuvent mais de plan social en coupe budgétaire, nous en sommes là. Et elle raconte comment elle a contacté, en vain, onze hôpitaux pour « trouver un lit » au malade qu’on lui a confié.

Discours officiel à double détente : premier volet : « ce n’est pas de notre faute », on l’a vu. Deuxième volet, ce discours ronflant et creux, discours officiel des officines sanitaires étatiques : avec son catéchisme sur la bientraitance, la sécurité… Mais est ce qu’on traite bien les gens, est ce qu’ils sont en sécurité ?

Il ne faut pas se payer de mots. Et bien plutôt que la froideur du climat, il faudrait évoquer en paraphrasant Karl Marx « les eaux froides du calcul égoïste » et des rapports humains dans ce monde qui ne considère que l’argent.

 

Alain Jean

Evènement indésirable ?

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 Dans la frénésie technico bureaucratique qui agite les sphères où prolifèrent les experts de tout acabit, coaches en tous genres, qualiticiens et autres professionnels de l’identification et de la gestion forcenée et obsédante du risque, on apprendra (sans rire) que la criticité est, excusez du peu, le produit de la fréquence par la gravité et que la matrice de criticité admet la maitrise sur l’axe des abscisses et la criticité sur l’axe des ordonnées. On se situe, vous l’aurez compris, dans le monde opaque de l’évaluation et de la certification.

La catégorie « d’événement indésirable » est centrale à tout ce dispositif. La locution utilisée renvoie au caractère insupportable, inconcevable pour ceux qui gravitent au sein de ces sphères de ce qui est imprévu. Tout doit être en ordre, en place, tracé, sur écoute.

Mais revenons à la catégorie d’événement : on pourrait poser que la qualification d’un événement ou de l’événement le déqualifie précisément en tant qu’événement puisque le propre de l’événement c’est de nous surprendre par sa nouveauté radicale, son surgissement inopiné, l’obligation dans laquelle il nous place de reconsidérer notre vision du monde et d’en redisposer les éléments constitutifs.

On pourrait faire une exception à ce qui vient d’être dit en parlant d’événement imprévu ou d’événement inattendu mais il s’agirait alors d’une formulation pléonastique ou tautologique puisqu’il est, selon moi, dans la nature même de l’événement d’être imprévu ou inattendu.

Mais toute autre qualification de l’événement vient à l’évidence disqualifier l’événement en tant qu’il serait un événement. Ainsi, un « heureux événement » est certainement heureux mais il ne s’agit pas d’un événement puisqu’il est l’aboutissement d’un projet et d’une anticipation envisagée et murie de longue date.

Et « événement indésirable » là dedans ? Bien sûr, « l’événement indésirable » n ‘est pas ce qui s’oppose à l’éventualité d’un « événement désirable ». On serait bien en peine de trouver la moindre once de désir dans toute cette pesante architecture mortifère, immuable, où toute vie, donc toute fantaisie est absentée. Un événement est bien évidemment désirable, mais dit ainsi c’est une pure incantation creuse, car qu’un événement survienne ne relève pas de la volonté qu’il advienne. Il advient, sans qu’on l’attende, et même, parfois, sans qu’on le voie.

On est ici dans la redondance de l’oxymore : rien est imprévu, tout est tracé, programmé. Oxymore programmé de « l’événement indésirable » qui, du simple fait de son « indésirabilité » en annihile définitivement la possibilité événementielle. Aujourd’hui, tout est programmé. Y compris le désir. Le désir programmé, telle est bien l’effectuation pratique de l’idéologie Viagra. Et, à l’opposé du désir programmé, si le désir était indésirable ?

Et si « événement indésirable » signifiait, in fine, dans la langue de bois du capitalisme mondialisé contemporain l’insupportable de l’horreur absolue de la mort. Monde, en effet, sans aucun courage ni aucune conviction, où l’égoïsme, l’argent et la marchandise sont les misérables divinités.

La mort qui, selon les technocrates de l’évaluation et de la certification, serait le summum de l’ « événement indésirable » est en vérité ni événement ni désirable. C’est un non-événement in-désirable.

 

Alain Jean