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L’avenir, le quartier, en Allemagne( même en cas démence)

DE NOUVELLES FORMES D’ORGANISATION, EN ALLEMAGNE, POUR POUVOIR VIEILLIR DANS SON QUARTIER (MÊME EN CAS DE DÉMENCE)

 

Permettre de vieillir chez soi malgré les pertes et les handicaps est un objectif de politique publique partagé par la plupart des pays occidentaux. Cet objectif se traduit en France par des expressions comme maintien au domicile, libre choix du domicile.

En Allemagne, il s’exprime de façon sensiblement différente. Inscrit dans la constitution à travers des principes d’inclusion, de participation, de droit à l’autodétermination, il se traduit dans la loi sur l’assurance sociale par la formule « Ambulant statt stationär » qui stipule que, autant que possible, c’est le soin qui doit venir à la personne et pas la personne au soin. Cette nuance sémantique qui déplace l’attention du lieu (le domicile) vers la personne (comme sujet qui habite, reçoit un service, souhaite vivre comme elle l’entend) ménage un espace pour des initiatives tentant de concilier au mieux ce souhait de vieillir chez soi et la difficulté, voire pour certains l’impossibilité, d’y vieillir seul, sans aide.

Permettre de vieillir chez soi, un objectif partagé en Europe

Dans les années 90, la prise de conscience du vieillissement de la population a suscité différents programmes internationaux. Au niveau européen, ces échanges ont permis l’élaboration d’une perception commune de l’accompagnement des personnes âgées qui ont besoin de soins de longue durée, un partage d’objectifs et de valeurs ainsi que l’émergence d’un discours commun centré sur la préservation de l’autonomie, la dignité de la personne âgée et le maintien à domicile (Joël, 2003).

Si la grande majorité des personnes âgées peuvent vieillir chez elles avec une relative autonomie, la vie en établissement est une réalité pour environ six cent mille personnes âgées en France comme en Allemagne. Malgré d’importantes évolutions, l’image d’institutions inhumaines est encore prégnante. Les discours les opposent à ce que souhaite tout un chacun : vivre et mourir chez soi, là où il a ses racines. Permettre de vieillir chez soi est un objectif affiché en France depuis le rapport Laroque (1962). Il se traduit dans les programmes par des expressions mettant en avant le domicile (maintien au domicile, libre choix du domicile) et implicitement le fait de ne pas déménager, de rester dans le logement où l’on a vécu, espace intime, protecteur, repère et repaire (Veysset, 1989). C’est une dimension du vieillir chez soi, mais ce n’est pas la seule. Il s’agit aussi de rester dans son environnement familier, le quartier où l’on a ses habitudes, de conserver son réseau de relations. C’est également vivre dans un logement ordinaire et y être maître chez soi (Drosso, 2008), c’est-à-dire y vivre comme on l’entend, selon ses propres choix au quotidien.

Cet objectif du vieillir chez soi s’exprime de façon sensiblement différente en Allemagne. Inscrit dans la constitution à travers des principes d’inclusion, de participation et de droit à l’autodétermination, il se traduit dans la loi sur l’assurance sociale par la formule ambulant statt stationär, en ambulatoire plutôt qu’en établissement, qui stipule que, autant que possible, c’est le soin qui doit venir à la personne et pas la personne au soin. Cet objectif est aussi relayé dans les programmes de politique vieillesse par des expressions ouvertes sonnant comme une invitation au questionnement.

Cette nuance sémantique qui déplace l’attention du lieu (le domicile) vers la personne (comme sujet qui habite, reçoit un service, exprime des choix) ménage un espace pour des initiatives qui tentent de concilier au mieux ce souhait de vieillir chez soi et la difficulté, voire pour certains l’impossibilité, d’y vieillir seul, sans aide. Qu’il s’agisse de prévenir la fragilisation ou d’accompagner des situations où le besoin d’aide, et surtout de présence, est très important, la recherche d’une solution de compromis s’affranchit alors de la contrainte de « ne pas déménager », tout en maintenant l’exigence d’un ancrage dans les quartiers et un environnement favorable à l’autodétermination, au lien social et à l’entraide de voisinage.

En Allemagne, des politiques publiques impulsent des expérimentations où s’articulent localement politique vieillesse et politique de l’habitat.

La politique vieillesse relève du ministère de la famille, des seniors, des femmes et des jeunes (BMFSFJ). Depuis 1993, son élaboration est ponctuée par des rapports sur la situation des personnes âgées. Ces rapports, appelés couramment Altenbericht, Rapport sur les vieux 2, sont préparés avec des commissions d’experts pluridisciplinaires 3. Facteurs de continuité, ils sont à la fois état des lieux, évaluation des politiques menées et capitalisation des connaissances. Leur préparation en concertation contribue à l’élaboration d’un consensus et les conclusions partagées alimentent une culture commune, référence pour la réflexion et l’action.

Pour aller plus loin, lire  l’article

Déjà paru: Leenhardt Hélène , « Zukunft quartier, l’avenir, le quartier. De nouvelles formes d’organisation, en Allemagne, pour pouvoir vieillir dans son quartier (même en cas de démence) » , Gérontologie et société, 2011/1 n°136, p. 205-219. 

 

Hélène Leenhardt

 

 

De Courcy au couloir bleu

 

Jour après jour, elle y a laissé son empreinte.

Dans cette maison de Courcy, une part précieuse de mes jeunes années a coulé. Comme dans toutes les habitations que des vieilles personnes quittent après y avoir longtemps vécu, son décor a fini par se figer jusque dans ses moindres détails.

De toutes les traces de ce passé, il ne restera bientôt plus rien. Maintenant que la maison se meurt, j’ai voulu revenir la hanter, à la recherche de mes souvenirs perdus, retrouvant parfois mon regard d’enfant. Entre ces murs, j’ai voulu errer à la rencontre d’une absence, et remonter la piste que les petits signes de vie me traçaient pour essayer de décrypter l’énigme de ce temps désormais enfui. J’ai voulu aussi être à l’écoute de ce mystère du grand âge qui cristallise progressivement des êtres devenus fragiles dans une vie où le passé vient grignoter progressivement le présent. J’ai tenté de laisser remonter la tendresse, l’émotion qui me saisissait, au fil de mes impressions, pour les sauver de la destruction. Pour garder une trace, et la transmettre, la partager.

A 98 ans, ma grand-mère vit aujourd’hui dans une chambre d’un établissement médicalisé, au fond d’un couloir bleu.

Je lui dédie cette exposition et les images de sa maison.

Philippe Hirsch

Voir ci après l’expo en ligne:

De Courcy au couloir bleu. Photographies de Philippe Hirsch