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« Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne »

 

Upset surgeon sitting alone after she failed an operation

Infirmier en Ehpad pendant 18 ans et Formateur depuis 2 ans (bientraitance et autre) je sillonne les routes de France, et visite de nombreux Ehpad.

J’entends et je rencontre des soignants motivés, faisant le maximum pour accompagner nos aînés. Cependant depuis plusieurs mois, un bruit sourd se fait entendre, des attitudes, des propos de lassitude s’expriment maintenant sans retenue.

Le nombre de soignants en réelle souffrance est de plus en plus important, ils tentent de faire au mieux, avec les outils dont ils disposent mais les obligations, les contraintes s’accumulent sans cesse : moins de 6 minutes pour une toilette ! Un budget d’environ 10 € pour réaliser les 3 repas pour les résidents, l’absence de personnel qualifié.

Des restrictions de personnel, des absences (maladies, congés .. ) non remplacées : « reposez-vous bien durant vos 15 jours de vacances car à votre retour vous devrez remplacer vos collègues et vous n’aurez pas de remplaçante ». Restrictions de papier toilette et essuies-mains !

Dans plusieurs établissements, l’équipe de direction est présente et à l’écoute, mais dans de nombreux autre Ehpad, l’absence de communication est un frein supplémentaire à la qualité de la démarche, plus encore lorsqu’il n’y a plus de capitaine à la barre, que l’équipe de direction est absente, en arrêt, en attente de mutation, ou à baissé les bras…

Ces équipes sont au bord de la rupture, pour beaucoup après de nombreuses années d’exercices, la saturation est à son comble. Les glissements de tâches sont habituels et la responsabilité prise par ????

Se mettre en grève : impossible le sens du devoir, l’obligation de soins prennent le dessus sur tout, et c’est sur cela que compte certains décideurs mais qu’ils se méfient, la colère gronde. La souffrance, l’épuisement peuvent conduire à des réactions extrêmes. Que risque t il de sortir de ce « huis-clos » ? (CF. J.Polard et P. Linx « Vieillir en huis clos De la surprotection aux abus » Ed. Eres 2014)

Dans tout cela quelle est la place de nos aînés : ils sont « pris en charge ! Doivent rentrer dans des « projets de vie » ! Un comble ! » Après avoir eu une douche par semaine !

La démarche politique a fortement incité au « maintien » à domicile diabolisant les établissements, augmentant la culpabilité des familles et créant ainsi un climat suspicieux, conscient ou inconscient, entre les deux. Les familles peinent à trouver leur place, les résidents peinent à trouver leur place, les soignants peinent à trouver leur place. Il existe des Ehpad où chacun trouve sa place mais ces lieux sont rares.

Qui trouvera une solution pour que chacun y trouve sa place, pour diminuer la souffrance et la culpabilité des aidants (augmentée ou induite par la société et le prix de l’hébergement) . Qui donnera aux soignants les moyens de mettre en place un accompagnement de qualité et non plus une « prise en charge »?

Une augmentation des moyens financiers serait déjà un premier pas, pour permettre aux soignants d’être disponibles et ainsi aux résidents et aux familles de s’y retrouver. Mais cela passe par une réelle volonté politique afin de permettre un réel accompagnement. Une société qui ne s’occupe pas de ses aînés est une société qui se meurT, qui s’oublie, qui se perd.

Alors laisserez-vous mourir notre société ? Ou lui donnerez les moyens d’accompagner nos aînés qui nous ont précédés et de qui nous avons encore tant à apprendre ! Seul l’Être est important, le reste n’est qu’éphémère.

 

Gwenaël André.