Archives du mot-clé injonction

Aux tempes bien argentées, la valeur attend- elle encore le nombre des années ?

Reszke Edouard dans le CidIl y a quelques années une étudiante en psychologie effectuant son stage de fin d’études en gériatrie dans le service où je travaillais se sentit oppressée par l’insupportable inertie des gestes et des regards  qui régnait chez les résidents. Cette attitude  contrastait, disait-elle, avec l’agitation et l’hyperactivité perçue chez la majorité des soignants.  Fixité des regards et des gestes chez les uns, rapidité des mouvements chez les autres. Il faut s’occuper des vieux qui perdent leur autonomie, les « investir »  lui répondait-on  car ils le valent bien.

On se souvient de cette  publicité pour des produits cosmétiques qui s’adressait aux toujours jeunes et beaux pour lesquels elle eût valeur de slogan : « Parce que vous le valez bien ». Pour les déjà vieux et moins beaux, on avait plus ou moins compris que ce qui leur conférait encore de la valeur, c’était aussi et parfois surtout leur argent. Un investissement peut en cacher ou en accompagner un autre.

Dans le service de gériatrie qu’on appelait « Long séjour »[1], notre étudiante observait ce qui s’apparentait, disait-elle,  à une sorte mauvaise chorégraphie. À l’inertie des uns répondait la précipitation des autres.  Au temps suspendu à l’attente succédait le temps compté du soin.  Il fallait bouger pour changer d’espace, passer d’une activité à  une autre, d’un soin à un autre, pour changer de lit, changer de corps et de décors. On aurait bien dit ici que le temps c’était de l’argent. On se regardait peu, car le temps des uns ne semblait  pas être celui des autres. Des images se croisaient dans les regards qui s’échangeaient.  Comment se regardait-on ? Comment  se voyait –on ?  Le deuil de ce qu’on avait  été chez les uns croisait la crainte de ce qu’on allait peut être devenir chez les autres, si ça s’aggravait. Et l’aggravation semblait inéluctable.

Au fil du temps, Le handicap de l’âge coûte cher.

Pertes des uns et  profit des autres 

Difficile d’investir des lieux et surtout des personnes quand la demande incessante se répète à flux tendu et qu’elle n’a pas toujours d’objet particulier. Les résidents et leurs familles multiplient les appels et les critiques à l’encontre d’un personnel surchargé. Les résidents ont confié leur destin à des inconnus qui ont reçu pour mission de leur proposer la meilleure offre possible. Comme dans tout marché, la concurrence peut être une préoccupation qui fixe des règles essentiellement économiques. Pour les résidents, la relation est donc de service à savoir qu’elle consiste à formuler des demandes. Beaucoup d’entre eux vont donc s’y employer.  Le prix à payer est variable pour ce que l’on nomme des prestations. C’est le rôle de la Silver économie de s’occuper de placements et d’investissements.  Les placés n’ont rien à craindre. Ce qu’ils ne peuvent plus faire, on le fera à leur place. « Laissez-vous vivre sans vous faire de soucis » leur a-t-on fait comprendre. C’est ainsi que les pertes et les handicaps du grand âge deviennent des investissements qui durent longtemps. « Vous le valez bien, la preuve c’est que vous êtes source de profits » lira-t-on entre les lignes du financier « humaniste ».

En tant que payeurs ou support du paiement, les personnes achètent la satisfaction de leurs besoins qui est de ce fait considérée comme légitime, à la mesure de leur exigence. Ceci n’est pas sans conséquence car peuvent en découler un certain nombre de règles et de normes de bonne conduite  qui relèvent d’un rapport de force à maintenir à tout prix sous forme d’injonctions. Celles-ci sont partagées par les consommateurs que sont devenus les résidents et par les soignants transformés en prestataires de service. Les usagers peuvent s’ériger en contrôleurs  des professionnels qui sont à leur disposition. Ceux-ci peuvent à leur tour se perdre dans des rapports hiérarchiques d’autorité et de pouvoir pas toujours adaptés aux demandes de certains de ces consommateurs  tantôt exigeants tantôt passifs. Exigence et passivité font parfois bon ménage.

Du point de vue financier la réalité est centrée sur le présent et l’avenir .Qu’est-ce que je vaux  et pour combien de temps ? Arrive la question de la durée de l’investissement et de la plus-value qu’elle comporte. Pour nos aînés qui n’en sont pas moins des âmes bien nées la valeur se résumerait- elle à attendre le nombre des années ? Le Rodrigue du grand tragédien qu’était Corneille n’y avait sans doute pas pensé.

Ehpad-utopie 

Qu’ils soient objets de soin ou clients, la participation des résidents au contenu de leur vie quotidienne reste souvent  un vœu pieux. À la division des tâches et des compétences des soignants au sein d’une hiérarchie souvent rigide s’ajoutent  des considérations financières. Sans correction significative de ce mode politique de fonctionnement qui rend difficile un autre investissement qualifié de  relationnel,  comment penser, réagir, interagir et innover ? Comment penser à des formes d’autogestion, qui rendrait des familles moins tributaires de certains financements ou attitudes de soins ni souhaitables ni souhaitées ?

L’amélioration du vivre ensemble passe par une modification de cette division sociale des tâches comme point de départ d’un processus de déconstruction de l’Ehpad dans sa réalité actuelle. La mise en opposition systématique des personnes résidentes et des agents institutionnels conduit trop souvent à un antagonisme et  un rapport de forces stérile et préjudiciable à tous.

Un pas de côté s’imposerait ici car il y a une différence entre les formes d’injonction à la participation, à la « bientraitance » et le droit à une existence sociale et individuelle légitime. Il ne s’agit plus d’être un client qui le « vaudrait bien » et qui ferait appel à des bons sentiments obligés ou à une empathie forcée… mais un sujet, un être social avec une histoire de vie, des ressources  fruits d’une existence passée, présente et future. Rendre à un présent fait de déficits et de pertes des possibilités d’avenir, des perspectives  d’apprentissages, de communications afin d’envisager un avenir meilleur si limité soit-il. Tout ceci peut paraitre frappé au coin du bon sens et ne relève surement pas de l’utopie mais des choix réalistes et concertés d’une politique participative qu’il nous faut contribuer à installer dans les Ehpad.

Pour les aînés aux âmes mal ou bien nées la valeur n’a pas le temps d’attendre le nombre des années.

 

Patrick Linx

[1] Un USLD actuellement, une unité de soins de longue durée

La transparence pour ne pas voir le monde…

Parmi les injonctions passe-partout que l’on reçoit de manière continue, l’injonction de la transparence connaît un fabuleux succès. Il faut être transparent en tous temps et en tous lieux, en toutes affaires, en toutes circonstances. L’idéologie de la transparence semble nous inviter à dire, à montrer, à faire savoir, d’autant plus que, forcément, cacher, dissimuler, taire seraient évidemment suspects. Les médias trouvent là une nouvelle légitimité: chanter les louanges de la transparence, l’imposer, l’exiger, la révéler, dans tous les domaines y compris dans la vie privée des personnages publics.

La politique se doit d’être transparente, l’économie, l’organisation de l’État, des institutions, de l’école… Les décisions que l’on prend, les marchés qui se concluent, les budgets, les procédures, les contrats, les licenciements des patrons des grandes entreprises, le fonctionnement des réseaux, celui de l’hôpital, de la justice, de la police, des établissements médico-sociaux, etc. Tout doit être transparent ! La transparence est devenue une qualité essentielle, elle touche, croit-on, à l’essence des choses… Alors qu’elle pourrait bien n’être qu’apparence, que valorisation de l’invisible, de l’insaisissable. On peut sans doute regarder la  vitre comme le nec plus ultra de la transparence… Or plus la vitre, à travers laquelle je regarde le monde, est transparente et moins je la vois. Elle est pourtant entre le monde et moi, filtre invisible, indicible mais réel. Plus je m’en approche, plus j’y fais de la buée qui fait écran, qui révèle l’écran. Il suffit alors que j’adopte une certaine posture pour que cette vitre parfaite se transformant en miroir, reflète mon visage.

Voilà qu’en croyant regarder le monde dans cette transparence je ne fais que m’y projeter, m’y regarder, tel Narcisse, épris de sa propre image au point de la rejoindre…

Nous avons donc à comprendre que la valorisation de la transparence n’est, en fait, que la valorisation de l’image qui interdit l’accès à la réalité du monde qu’elle protège et qu’elle cache. La transparence ne valorise, au fond, que l’apparence alors qu’elle nous laissait penser qu’elle nous permettrait d’atteindre le vrai, le réel. En d’autres termes, la transparence produit l’opacité à laquelle nous pensions l’opposer, oubliant que, comme l’écrivait Bruno Castets : « L’être humain ne connaît rien de réel sans en mourir.[1] »

Le vrai problème devient alors, à nos yeux si l’on peut dire, la cécité dont nous sommes atteints qui ne peut jamais être combattue par la transparence. Il s’agit de développer notre acuité visuelle, notre capacité à regarder le monde, à le comprendre. Il s’agit de développer la lisibilité des choses et non la transparence. Seuls l’expérience que donne le temps, la rencontre avec l’autre et le travail intellectuel permettent ce développement quand ils se conjuguent à la patience et à l’humilité.

Nous pouvons cependant tenter de ne pas être dupes et exercer notre acuité visuelle au lieu d’espérer la transparence qui rend invisible ou opaque. Cette acuité visuelle, cette lucidité intellectuelle sont exigeantes. Elles demandent, sans relâche, une veille de l’esprit qui interdit de prendre pour argent comptant ce que l’idéologie dominante du moment est toujours prête à nous vendre. Méfions-nous alors de ne jamais prendre des vessies, même belles, séduisantes et transparentes, pour des lanternes…

 

Michel Billé

[1] Bruno CASTETS : « La loi, l’enfant et la mort, essai de psychopathologie de l’enfant » P. 34. Ed. Fleurus, coll. Pédagogie psychosociale/15. Paris, 1974.

Territoire, proximité… Santé !

Les modes qui tournent aussi vite que les vents qui les portent font apparaître des termes qui, pour un temps au moins, occupent le devant de la scène… Il en va ainsi de deux termes complémentaires qui, ces dernières années, se sont imposés dans le vocabulaire social et médico-social et plus largement dans le vocabulaire politique: la proximité et son corollaire, le territoire…

La proximité est à la mode: partout on en chante les louanges, elle est censée permettre de voir la réalité, de partager et comprendre ce que vivent nos contemporains, de s’immerger dans la réalité, de se situer au plus près de la population, etc. La proximité c’est le terrain ! La proximité fait partie des éléments de langage que les communicants glissent immanquablement dans les discours des politiques quelles que soient leurs appartenances.

Le territoire aussi est à la mode: tout se pense aujourd’hui en « termes de territoire »… C’est là, dans les territoires, qu’il faut penser l’action, « construire un projet de territoire », en s’appuyant sur « les acteurs du territoire », avec « les ressources et les richesses du territoire »… Il s’agit de « couvrir », de « mailler » le territoire pour faire remonter, émerger les « besoins du territoire », les analyser,  les identifier pour mieux y répondre évidemment…

La conjonction des deux termes produit une construction que personne ne saurait mettre en question: « le territoire de proximité! » Ca ne s’invente pas ! La langue de bois n’a pas de limite, elle peut opérer tranquille, les territoires de proximité sont à la fois ce qu’elle a produit et le lieu réel ou virtuel de sa propre production…

Sur cette base, aucune retenue: « Bien vivre ensemble » sur un « territoire de proximité » où des « acteurs du territoire impliqués », nécessairement  « partenaires, travaillent en réseau en utilisant les « ressources du territoire » pour « placer l’usager au centre du dispositif »… L’injonction du vivre ensemble se double alors d’un discours qui tente de l’inscrire dans l’espace… Le territoire.

Mais de quoi parle t-on? Tout semble indiquer la volonté d’inscrire le propos dans le réel. Soit! Mais il s’agit sans doute avec le territoire d’une réalité virtuelle… Le territoire ce n’est ni la commune, ni l’agglomération, ni la communauté de communes, ni le canton, ni le département, ni la région… Mais ce peut être chacun de ces découpages et ce peut être tout cela… On parlera même du territoire national bien sûr.

Ne sachant pas exactement de quoi l’on parle, il convient donc de se faire plus précis. A défaut de définir le périmètre du territoire, on peut tenter de qualifier le territoire et le voici rural, urbain, évidemment mais surtout le voici qualifié par l’usage qu’ on entend faire de lui… Et voilà qu’apparaissent une multitude de territoires parmi lesquels, fleuron de la technologie administrative et de la langue qui la véhicule: « le territoire de santé… »

Vous n’y aviez pas pensé? Il existe bel et bien des « territoires de santé » à l’intérieur desquels nous avons à répondre aux besoins de la population, dans une logique de proximité avec les usagers, en utilisant les ressources du territoire, dans une logique partenariale, pour mailler le territoire afin de  couvrir les besoins, de manière à répondre aux attentes de nos concitoyens, tout en réalisant des économies à l’échelle du territoire de santé…

La gérontologie n’est pas épargnée, bien sûr. Les services à domicile vont devoir s’organiser en partenariat, pour repenser le maintien à domicile, au niveau du territoire en s’appuyant sur les ressources…

Bref, la même langue de bois s’applique quel que soit le sujet, quel que soit le problème considéré, quel que soit l’âge de la population concernée: prévention, éducation, sécurité, santé…

Santé ? Allez, à la vôtre!!!

Michel Billé

 

 

 

Alors, le mal nous manque ?

Et si le Bien devient pesant(1), c’est peut-être que le mal nous manque. A la loterie pseudo-éthique des structures, qu’elles soient de soin, économiques, politiques ou sociales : pair, impair, passe et manque… A la roulette de cette éthique-là, c’est perd ou gagne, blanc ou noir – et effectivement les vieux ne sont pas blancs -, et ça nous manque !

Bientraitance pour éviter Maltraitance. Bien vivre pour ignorer ce que vivre veut dire. Bien vieillir pour ne pas voir vieillir, ni se voir vieillir. Ce règne du Bien, depuis la fenêtre de l’occidentalisme furieux, signifie obérer avant tout la nature oxymorique de l’homme. Ainsi comme le dit Alain Jean, à la suite de Deleuze et Spinoza, « sans jugement moral », notre terreau originel, notre argile – ce que les boites de com vous transformeraient en « notre ADN », car il faut vivre sans gêne avec ses gènes (sic !) – est d’abord notre être oxymorique.

L’homme n’est ni bon, ni mauvais, il est bon et mauvais… Ce n’est ni Bien, ni Mal, c’est ainsi. L’homme est tout à la fois l’hospitalier et l’assassin à l’Auberge rouge de la vie des peuples.

Quant à Georges W. Bush, il a sans doute trop vu les westerns et les mauvais films de Ronald Regan, et ça n’aide pas, ni à penser, ni à se décentrer du monde… Les mêmes films sont sans aucun doute dans les têtes des communicants qui ont fait des rescapés du cancer et maintenant de ceux qui affichent une alcoolémie au volant à zéro de nouveaux héros.

Cinéma, quand tu nous tiens !

 

Christian Gallopin

(1) Voir le billet précédent d’Alain Jean

L’injonction du vivre ensemble…

Il y a des injonctions sympathiques… Il y a même des tyrannies douces, presque séduisantes… Elles n’en sont pas moins redoutables! Le « vivre ensemble » fait partie de ces injonctions, a priori sympathiques, qui nous sont adressées ici et là, tantôt par les politiques, tantôt par quelques éditorialistes de la presse écrite ou parlée, sans doute bien intentionnés mais qui utilisent pourtant une langue de bois dont nous devrions nous méfier.

Non seulement on nous enjoint de vivre ensemble mais, si possible de « bien vivre ensemble »… La formule utilisée emprunte d’ailleurs une forme verbale substantivée et l’on chante les vertus du « vivre ensemble » voire du « bien ou du mieux vivre ensemble »… C’est là d’ailleurs que l’on devrait se méfier… On nous a déjà fait le coup du « bien vieillir », du  « bien mourir » même, nous nous sommes laissés faire et avons adopté une ligne de conduite normalisant parfaitement nos comportements, tant sur le  le plan alimentaire, que sur celui de la « gestion » de notre « capital santé », que sur celui de nos loisirs, de l’exercice physique, etc. « Bien se comporter pour bien se porter[1] » y consacrer des sommes d’argent considérables et, ce faisant, ne rien coûter, évidemment…

Quelle anguille se cache donc sous cette roche du vivre ensemble? D’abord il se pourrait bien que, comme souvent en matière de langue de bois, on en parle surtout pour ne rien faire, comme si le fait d’en parler permettait d’occuper l’espace social par une sorte de vide verbal envahissant et dispensait d’agir…

Ensuite lorsqu’une formule est ainsi parfaitement consensuelle, elle a sans doute pour fonction d’éviter le débat, les questions trop délicates, trop difficiles: il y aurait donc des gens avec lesquels nous n’aurions pas l’intention de vivre, avec lesquels nous refuserions de vivre? Non j’exagère direz-vous, et si j’ajoute qu’il s’agit d’un refus au motif ou au prétexte du  handicap, de la maladie, de l’âge, de l’origine, de la religion, de la culture, que sais-je, alors je franchis les limites de ce qu’il convient de ne pas franchir publiquement… Le vivre ensemble, le bien vivre ensemble, sert exactement à cela: déclarer de bonnes intentions pour ne pas avoir à dire les moins bonnes qui nous animent parfois… Notre attitude collective actuelle vis à vis des réfugiés relève exactement de cette supercherie: déclarer le vivre ensemble et, dans le même temps, fermer les frontières pour ne pas risquer d’avoir à vivre le partage.

La tyrannie du bien vieillir n’a fait que conduire et contenir les vieux derrière les murs de l’EHPAD…

Il se pourrait bien que l’injonction du vivre ensemble ne fasse que renvoyer les migrants et réfugiés derrière des frontières visibles et invisibles mais remarquablement gardées et contrôlées…

A moins que la conscience politique que chacun de nous a tendance à laisser dormir se réveille et que chacun de nous se mobilise pour ne jamais renoncer à changer le monde…

Au moins un peu…

Michel Billé.

[1] (Michel Billé et Didier Martz:  » La tyrannie du bien vieillir » Ed. Le bord de l’eau 2010)

Vivre sans vieillir ou vieillir sans vivre ?

De façon quasi quotidienne, nous voyons articles et publications nous proposer, pour demain, une vie qui, appuyée sur des découvertes scientifiques, sur des pratiques médicales et des révolutions technologiques nous permettrait de repousser la mort encore et encore. Le magazine « Sciences et avenir[1] », par exemple, vient de nous proposer très simplement de « Vivre sans vieillir » de « Défier la mort » et précise : « Les barons de la high-tech financent à coups de millions de dollars une recherche privée pour allonger la durée de vie et décupler les capacités de l’homme. La bataille de la longévité est bien lancée ».

Faut-il pour autant se réjouir de voir les « géants de la technologie en quête d’immortalité ? » On comprend bien que la technologie de pointe puisse être requise pour améliorer des performances physiques, pour résoudre des difficultés liées à la survenue d’un handicap, etc. Mais c’est de tout autre chose qu’il s’agit… Il s’agit d’une vision de l’homme modifié, transhumain pour lequel la vieillesse est devenue une maladie à combattre puisque, comme le SIDA[2], si elle ne tue pas directement elle fait le lit des affections qui, elles,  vont tuer.

On le sent, il y a, derrière ces portes entrouvertes sur le futur, outre la recherche d’un profit financier sans limites, un refus fondamental de la mortalité de l’homme. Ce qui nous faisait homme c’était notre mort certaine, imminente, toujours possible, redoutée, espérée… Ce qui nous ferait homme, ce serait notre capacité à dépasser toutes ces contingences et à vivre, vivre, encore et encore, transformé, « prothèsé », « orthèsé », prolongé…

A vivre sans vieillir ne risque-t-on pas tout simplement de durer c’est à dire de vieillir sans vivre ? Et puis où a-t-on vu que c’était mal de vieillir ?

Michel Billé.

[1] « Sciences et avenir » n° 823 septembre 2015.

[2] http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2015/06/23/vieillir-est-il-une-maladie/