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Enfant

la personne noir et blanc fille monument statue soldat parc Monochrome grand-mère grand-mère sculpture Enfants figure bronze Texas observation des oiseaux Photographie monochrome film noir pays du sucreInfans, tis,  qui ne parle pas, incapable de parler, jeune enfant

Si j’en crois mon fidèle Gaffiot, il ne serait pas absurde de parler d’enfant devant la personne âgée mutique, ou aphasique ou, comme on dit à tort, démente.

Histoire vraie, tout à l’heure.

Ma petite fille, trois ans, va rendre visite à son arrière grand-mère, qui a emménagé dans une institution il y a quelques jours.

Même si elle parle très correctement pour son âge, elle est une jeune enfant et, comme il se doit, cours partout en riant dans les couloirs.

Une résidente errante, comme on dit, et totalement mutique, déclinant, en outre, à peu près tous les alpha privatifs de la langue grecque : apraxie, aphasie, agnosie… passe près de l’enfant.  Rencontre hors réalité, mais probablement pas hors vérité. La petite, qui pousse des cris de joie, voit la vieille dame mettre son doigt devant la bouche, signifiant : « chut ! ».

« Chut », c’est pour demander à l’enfant de se taire, ou bien exprimer qu’il y a entre les deux un secret.

Et quel secret, si ce n’est celui du Dire avant le Dit cher à Lévinas. Merveille que cet instant de rencontre entre trois générations, par-delà les mots, par-delà toutes les conventions sociales.

La résidente a pris l’enfant par la main, à moins que ce ne fût l’inverse, pour aller vers je ne sais quoi. Les deux « enfants » ont vécu quelques instants de communion.

Un oiseau de printemps est passé dans le ciel automnal.

La vieille dame a souri, ce que l’on n’avait pas vu depuis sans doute des mois. Celle qui, pour les grandes personnes, ne parle pas et celle qui ne parle plus, ont exprimé ensemble que le « logos » ne passe pas.

Question politiquement incorrecte : les petits enfants en maison de retraite, cela cote combien dans une coupe pathos ?

 

Dominique Rivière

Je n’y peux rien, j’ai peur…

Les attentats, les assassinats qui viennent d’ensanglanter et d’endeuiller la France nous laissent dans un tel état de sidération qu’il devient terriblement difficile de trouver des mots pour dire une pensée. La terreur terrorise et interdit la pensée, c’est d’ailleurs un de ses objectifs. Alors bien que terrorisés, nous cherchons une « réaction- quand-même ». Nous : ceux qui n’ont pas été tués, ceux qui ne sont pas tout simplement foudroyés par la douleur, anéantis, détruits. Et l’on entend partout « Il ne faut pas avoir peur, la France n’a pas peur… »

Pourtant moi, j’ai peur… Devant le réel effrayant j’ai peur… Devant le réel de la mort violente, de l’assassinat, j’ai peur… J’ai peur que d’autres attentats… J’ai peur parce que le danger est réel et que la peur est normale devant le danger.

La peur, elle peut être mobilisatrice, elle nous permet de prendre conscience et de partager avec d’autres… Elle est réaction bien normale, est déjà lien potentiel, pour peu que l’on en parle et que l’on ne cherche surtout pas à la dénier. Franchement qui peut dire qu’il n’a pas peur ?

De la même manière que j’ai peur, je ressens une tristesse intense. Peur et tristesse se confondent, s’entremêlent et font monter des larmes. J’ai pleuré, nous avons pleuré… Certains tellement plus que d’autres, avec tellement plus de douleur que d’autres…

Oui j’ai peur, nous avons peur, reconnaissons le, c’est même la condition pour ne pas en rester là. Ce n’est jamais à coup d’injonctions même bien intentionnées que l’on peut aider les autres… « Il ne faut pas avoir peur »… peut-être mais comment fait-on pour ne pas avoir peur quand on a peur ? Comment ce qui est peut-il ne pas être ?

La résilience à laquelle il nous faut accéder exige même que l’on se mette en face de ce que l’on ressent vraiment. Il ne s’agit certainement pas de se complaire dans la peur ni de la cultiver, bien sûr. Il s’agit de la reconnaître pour se donner la possibilité de remanier ce que nous ressentons et de reprendre alors le fil de nos vies.

L’émotion est immense, la peur est présente, mais la vérité nous libère, surtout si cette vérité est parlée. Et je ferais bien une hypothèse optimiste : plus nos échanges se feront dans la diversité des âges, plus les vieux et les jeunes, les enfants et les adultes, les grands parents et les petits enfants parleront ensemble, décrypteront ensemble ce que nous venons de vivre et ce que nous vivons, plus les liens entre ceux qui s’aiment se renforceront… des liens qui rassurent ceux qui ont peur, là où la terreur ne fait qu’imposer des liens qui entravent.

Michel Billé