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EHPAD : les euphémismes de la ministre, les »mots justes » de la silver Eco

Le 19 octobre 2017, l’émission « Pièces à Conviction » sur France 3 a levé un énième voile sur les conditions de vie et de travail dans de nombreux EHPAD où le manque de personnel, conjugué à la pression démographique, rend la situation des vieux et de leur famille inquiétante.

Bien sûr, le reportage est édifiant, déprimant même pour les professionnels de la gérontologie, puisqu’il illustre les effets mortifères d’une certaine logique capitalistique et de profit qui semble prendre le pas sur d’autres considérations. Et que dire des propos sans vergogne d’un responsable(sic) d’un groupe d’EHPAD qui affirme, confirme, s’engage… Mais mentir n’est pas mentir quand il s’agit de business, n’est-ce pas ?

En même temps, chacun d’entre nous connait des EHPAD où l’humain prime et la vieillesse est accompagnée.

Ce reportage fut suivi d’un débat animé par Virna Sacchi, qui reçut Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Anne-Sophie Pelletier, aide médico-psychologique. Une ministre technocratique sur ce dossier, car connaissant peu (?) le dossier, les EHPAD ce n’est pas l’hôpital et une soignante précise et émouvante.

L’échange tourne, durant de longues minutes, autour des économies tous azimut qui sont faites sur le dos des vieux (couches, argent des menus, chambres doublement facturées, accueil de jour hors la loi mais facturé, etc.). Pas besoin de faire une école de commerce pour comprendre l’origine des rendements impressionnants des actions de ces groupes.

La non bienveillance ?

Durant le débat, on sent clairement que la ministre a deux objectifs qui la guident : Montrer que le gouvernement agit, propose et améliore les inévitables défauts de la gestion de ce secteur et… ne pas critiquer les acteurs de la silver économie. Une ligne de conduite somme toute logique puisqu’Agnès Buzyn est tenue par le pacte né de la signature du contrat de filière, signé en 2013, entre le gouvernement et ces acteurs de l’industrie du bien-vieillir, qui les lie pour organiser ce secteur, ce marché.

Son argumentation est, dans l’échange, avant tout administrative, économique et financière, d’où cette image qui se dégage d’une ministre technocratique. Mais, reconnaissons-le, la tâche est difficile (assumer un état de fait qui n’est pas le résultat de son action), vu les images projetées. Tout de même, brièvement, elle accepte de dire quelques mots sur ce reportage, avec précautions et euphémisme :

« Chaque EHPAD a sa propre organisation. Je ne veux pas rentrer dans le détail de tel ou tel reportage ou on voit une forme, parfois, de non bienveillance, disons-le. »

Pour rappel, un euphémisme est une figure rhétorique consistant à atténuer, dans l’expression, certaines idées ou certains faits dont la crudité aurait quelque chose de brutal ou de déplaisant.

Brutal et déplaisant correspond bien à la tonalité qui se dégage de ce documentaire. Mais le mot qui nous interroge est celui de non bienveillance. Il s’agit d’un concept, assez peu usité, le négatif de la bienveillance, et surtout utilisé dans le domaine de la communication non violente.

Dans un premier temps, on se dit qu’il s’agit d’une manière, minimale, qu’a la ministre d’exprimer une critique de ce qui est dévoilé. Ce qui est (dé)montré est tellement choquant, la duplicité des directions de certaines maisons de retraite, la sorte d’impuissance de représentants de l’ARS et cette conception des vieux (l’Or gris)…

Mais la tournure de phrase est telle qu’on pourrait aussi comprendre que c’est le reportage qui est non bienvieillant, c’est-à-dire malveillant, animé qu’il serait de mauvaises intentions, comme pratiquer l’EHPAD bashing ?

Or à la place du mot non bienveillance, peu clair dans son usage et son intention, c’est celui de « non bientraitance » qu’on aurait attendu, car plus en accord avec le langage en gérontologie. Mais la ministre, si elle est en relation avec les représentants de la silver économie-ça s’entend-, ne l’est pas avec la philosophie gérontologique- ça s’entend aussi.

Il existe pourtant un autre mot qui qualifiait précisément ce qui était montré (brutal et déplaisant) durant ce reportage, un mot qui ne fut pas dit par la ministre : MALTRAITANCE.

Les éléments de langage de la Silver économie : ce qu’il ne faut pas dire.

Le reportage décrit, très finement, une maltraitance institutionnelle et structurelle, fruit d’une logique administrative centralisée couplée à une logique de bénéfices. La rationalité de la gestion de ces établissements, comme celle des hôpitaux d’ailleurs, vise à serrer les moindres coûts et augmenter les possibilités de profits. On ne peut d’ailleurs s’en étonner puisqu’on a affaire à une industrie, dite du bien vieillir, dont l’objectif est affiché.

Le défaut structurel provient d’une politique, strictement bipartite quant à sa direction, de l’organisation des soins. Manque un tiers qui serait les vieux, les usagers, la société civile avec un poids égal et non un strapontin.

On ne peut saisir ce qu’est la silver économie si on ne prend pas en compte l’intense activité de communication et de lobbying, de marketing, de relations publiques qu’elle génère. Cela passe par un travail sur les mots et les images, quotidien et omniprésent, certains qu’on promeut et d’autres qu’on ne nomme pas.

Le mot vieux, par exemple, est à bannir comme le dit Serge Guérin, un des principaux communicants de la société des seniors, sociologue et docteur en communication, très impliqué dans les travaux de la fondation Korian: « c’est un mot douloureux, qui ne fait envie à personne. Etre senior, c’est prendre de l’âge mais rester dans le coup. Mais être vieux, c’est encore trop souvent une circonlocution pour « dépendant. Mieux vaut donc se revendiquer senior qu’être traité de vieux par les autres ! »(1)

Dans la terminologie « silver économie », vieux n’est pas un mot juste (c’est-à-dire adapté).

Mais adapté à quoi ? Si je réponds, adapté au développement d’un Marché, on me supposera animé d’un mauvais esprit, ce qui serait profondément injuste(sic) puisque je ne fais que lire un rapport fondateur en 2013 dirigé par Anne LAUVERGEON sur les 7 ambitions quant à l’innovation, à l’origine du développement de la silver économie :

« Elaborer un marketing adapté à cette nouvelle cible:

L’approche marketing des marchés de la silver économie est complexe. L’image de la vieillesse renvoie dans les sociétés occidentales à un désengagement social, au conservatisme et à la dégradation physique et mentale. Il est difficile de construire un discours positif. Les seniors développent d’autre part des comportements paradoxaux : refusant d’être stigmatisés, ils revendiquent pourtant des aspirations et des besoins spécifiques. C’est pourquoi les efforts en termes de marketing doivent être particulièrement développés…»(2)

On peut faire le lien avec le « Rapport sur les bons Mots du Bien Vieillir » présenté en 2017 par la Fondation Korian du bien vieillir qui a engagé une réflexion sur “les mots du bien vieillir” permettant de désigner de façon positive les personnes âgées, leurs activités, les lieux de vie et la maladie et dont les trois grands objectifs sont :

  1. Évaluer l’impact sur les publics des mots utilisés
  2. Aider à choisir, sur une base comparative et objective, les “mots justes” qui permettront de mieux désigner
    et qualifier : les personnes âgées, le vieillissement et la dépendance, les établissements, les métiers et les
    pratiques (soins, hébergement, services, animation, etc.)
  3. Entraîner et convaincre la société française, des parties prenantes jusqu’au grand public, à utiliser des mots justes.

 

Un mot « juste » serait donc un mot qui positive, dont la fonction principale serait de ne pas dire les éléments de réalités déplaisantes. Dans cette conception, les mots ne sont pas à la disposition de tous, mais sélectionnés et orientés selon des intérêts.

On comprend alors que maltraitance ne soit pas un mot « juste », c’est-à-dire adapté; puisqu’on nous demande de faire confiance à nos instances sanitaires et administratives d’une part et aux acteurs de la silver économie d’autre part, pour améliorer les dysfonctionnements…

« Bonne nuit les petits » disait le marchand de sable. Il est tard, je vais dormir.

Ou pas!

 

NB : Pourquoi ne pas aller voir du côté de « Dictionnaire impertinent de la vieillesse » (3)qui ne craint pas les mots et les réalités qu’ils recouvrent ?

José Polard

(1)http://www.leparisien.fr/informations/vieux-c-est-un-mot-qui-ne-fait-envie-a-personne-28-03-2015-4643845.php

(2) http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/134000682/index.shtml

(3) https://www.editions-eres.com/ouvrage/4105/dictionnaire-impertinent-de-la-vieillesse

« Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne »

 

Upset surgeon sitting alone after she failed an operation

Infirmier en Ehpad pendant 18 ans et Formateur depuis 2 ans (bientraitance et autre) je sillonne les routes de France, et visite de nombreux Ehpad.

J’entends et je rencontre des soignants motivés, faisant le maximum pour accompagner nos aînés. Cependant depuis plusieurs mois, un bruit sourd se fait entendre, des attitudes, des propos de lassitude s’expriment maintenant sans retenue.

Le nombre de soignants en réelle souffrance est de plus en plus important, ils tentent de faire au mieux, avec les outils dont ils disposent mais les obligations, les contraintes s’accumulent sans cesse : moins de 6 minutes pour une toilette ! Un budget d’environ 10 € pour réaliser les 3 repas pour les résidents, l’absence de personnel qualifié.

Des restrictions de personnel, des absences (maladies, congés .. ) non remplacées : « reposez-vous bien durant vos 15 jours de vacances car à votre retour vous devrez remplacer vos collègues et vous n’aurez pas de remplaçante ». Restrictions de papier toilette et essuies-mains !

Dans plusieurs établissements, l’équipe de direction est présente et à l’écoute, mais dans de nombreux autre Ehpad, l’absence de communication est un frein supplémentaire à la qualité de la démarche, plus encore lorsqu’il n’y a plus de capitaine à la barre, que l’équipe de direction est absente, en arrêt, en attente de mutation, ou à baissé les bras…

Ces équipes sont au bord de la rupture, pour beaucoup après de nombreuses années d’exercices, la saturation est à son comble. Les glissements de tâches sont habituels et la responsabilité prise par ????

Se mettre en grève : impossible le sens du devoir, l’obligation de soins prennent le dessus sur tout, et c’est sur cela que compte certains décideurs mais qu’ils se méfient, la colère gronde. La souffrance, l’épuisement peuvent conduire à des réactions extrêmes. Que risque t il de sortir de ce « huis-clos » ? (CF. J.Polard et P. Linx « Vieillir en huis clos De la surprotection aux abus » Ed. Eres 2014)

Dans tout cela quelle est la place de nos aînés : ils sont « pris en charge ! Doivent rentrer dans des « projets de vie » ! Un comble ! » Après avoir eu une douche par semaine !

La démarche politique a fortement incité au « maintien » à domicile diabolisant les établissements, augmentant la culpabilité des familles et créant ainsi un climat suspicieux, conscient ou inconscient, entre les deux. Les familles peinent à trouver leur place, les résidents peinent à trouver leur place, les soignants peinent à trouver leur place. Il existe des Ehpad où chacun trouve sa place mais ces lieux sont rares.

Qui trouvera une solution pour que chacun y trouve sa place, pour diminuer la souffrance et la culpabilité des aidants (augmentée ou induite par la société et le prix de l’hébergement) . Qui donnera aux soignants les moyens de mettre en place un accompagnement de qualité et non plus une « prise en charge »?

Une augmentation des moyens financiers serait déjà un premier pas, pour permettre aux soignants d’être disponibles et ainsi aux résidents et aux familles de s’y retrouver. Mais cela passe par une réelle volonté politique afin de permettre un réel accompagnement. Une société qui ne s’occupe pas de ses aînés est une société qui se meurT, qui s’oublie, qui se perd.

Alors laisserez-vous mourir notre société ? Ou lui donnerez les moyens d’accompagner nos aînés qui nous ont précédés et de qui nous avons encore tant à apprendre ! Seul l’Être est important, le reste n’est qu’éphémère.

 

Gwenaël André.

Médecin traitant ou Médecin maltraitant ?

stéthoscope-et-prescription-médicale-22342112Il est vrai que nous n’aimons guère le mot « maltraitant » ou « maltraitance » qui est extrêmement galvaudé ces temps-ci. On n’entend plus que cela : des chartes, des congrès, des Diplômes d’Université lui sont entièrement consacrés.

Plus précisément consacrés à ce qui est présenté comme son symétrique inverse : la « Bientraitance ». Synthèse chimiquement pure du contentement de soi élaboré par des commissions technocratiques dont la signification est la suivante : nous sommes si bons de bien vouloir condescendre à « bientraiter » ces personnes âgées qui ont l’outrecuidance de ne pas « bien vieillir ».

Examinons cela : nous avons eu connaissance d’un certain nombre de cas d’EHPAD dans le Val de Marne où sont mises en place des procédures qui nous scandalisent. Il est possible que des faits identiques se produisent ailleurs, mais nous n’en avons pas connaissance.

Plusieurs médecins généralistes nous ont rapporté le fait suivant : l’administration de ces EHPAD décrète que le contrat de désignation par le patient de son médecin généraliste comme « médecin traitant » est désormais caduc et non avenu. Désormais il est décrété que le « médecin traitant » sera un médecin  gériatre désigné par l’EHPAD. En effet, depuis quelques années tout patient est tenu de désigner un »médecin traitant ». Il va de soi que c’est le patient qui désigne son médecin traitant, manifestant ainsi la confiance qu’il a en lui . Et non le médecin qui s’auto désigne.

Quelles en sont les raisons ? Ce sont des raisons officielles de restructuration de la chaîne des soins. Mais de façon officieuse, implicite, ou inavouée, voire inavouable : il y a là des accords entre les EHPAD et l’ARS (Agence Régionale de Santé) pour que les médecins généralistes libéraux, à terme, n’interviennent plus en EHPAD.
Mais le principal : est brisé là, avec une brutale autorité, le lien de confiance établi souvent de longue date entre le vieillard et son médecin. Ce qui sous tend cette décision autoritaire, c’est le point de vue selon lequel un vieillard dont les fonctions cognitives déclinent n’a plus à décider de quoi que ce soit.

Qu’il éprouve du plaisir à recevoir la visite de son médecin qu’il connaît depuis longtemps est sans importance : ce médecin traitant ( le médecin de famille, porteur de mémoire) qui reste un lien avec sa vie d’avant. Lorsqu’il se considérait comme un homme libre, acteur de sa vie.

Est signifié là qu’aux yeux de l’administration, le vieillard n’est plus rien.

Aux yeux de la société, il a été mis sous tutelle.

L’Administration joue pleinement son rôle : elle administre.

Finalement, la réalité de la « Bientraitance » dont on nous rebat les oreilles, c’est cela.

Comme dit Madame X., seule dans sa chambre, allongée sur son lit : « Ici, je suis dans une salle d’attente, pour ne pas dire une cellule. Les visiteurs ne peuvent être choisis, ils sont désignés, ils ont des laisser-passer. Mais par qui sont-ils délivrés ? »

 

 

Alain Jean, Maria Da Silva, Bernard Szelechowski sont médecins

De la Réunion à Paris, à l’écoute de la maltraitance

1418733787Pour faire suite au billet d’Alain Jean, une réflexion sur un séjour à la Réunion et une autre issue de mon expérience d’écoute des plaintes.

Il est vrai que le terme placer est très souvent utilisé en métropole; à la Réunion, il s’agit du terme déposer. On dépose son proche âgé dans l’EHPAD comme on déposait dans les temps anciens le bébé devant la porte de l’église                                                                                           ou dans le tour de l’Assistance Publique

On se débarrasse de son fardeau, en sachant que le fardeau n’est sans doute pas la personne elle-même, si on en croit Zarit[1], mais sans doute la charge de travail physique et mental. Mais, il est vrai, que certains professionnels utilisent volontiers l’expression « je te remercie de prendre en charge Mr / Mme … » quand ils s’adressent à un confrère ou consœur ! Les soignants parlent même de prise en charge globale, ce qui m’a toujours effrayé, le totalitarisme n’est pas loin, et l’autonomie de la personne mise à mal ! On destitue, on prive quelqu’un de son autorité, de sa dignité quand on le dépose.

On peut aussi déposer une chose immatérielle, comme son autorité. On peut déposer une somme d’argent à la banque, on fait confiance, on en attend des intérêts. De quels types d’intérêts parle-t-on quand il s’agit d’un être humain ?

Ce terme ambivalent est susceptible de compréhension contradictoire. Que peut-on comprendre ou mieux faire comprendre pour que parent et enfant n’aient plus ce sentiment d’abandon, de relégation, de culpabilité quand la personne âgée rejoint l’EHPAD plus ou moins contrainte et forcée !

Alma Paris est une association loi 1901, crée en 2003 dans le cadre du réseau Alma France, adhérente à la fédération 3977 contre la maltraitance. Plateforme d’écoute de situations maltraitantes ou vécues comme telles, que nous disent les enfants quand ils se plaignent des soignants en général ou de la direction des EHPAD ?

Dans le cadre de l’appel initial ou du rappel suivant la transmission du 3977 réalisé par les écoutants d’Alma Paris, les plaintes portent constamment sur des préoccupations relatives à la nourriture, aux vêtements, à l’organisation de la vie quotidienne. Lors des appels suivants, à côté de ces plaintes vont petit à petit se révéler, un manque de communication avec la direction; une défiance vis-à-vis du conseil de vie social, la culpabilité d’avoir placé son parent, la crainte de voir expulser son proche en cas de plainte. On entend aussi s’exprimer une inversion du rôle enfant-parent. Certes, ces maltraitances sont dites non avérées ou difficilement évaluables rapidement, mais il a quand même été possible d’identifier un certain nombre de situations dans lesquelles les motifs d’appel sont la résultante de plusieurs phénomènes.

Un phénomène important semble devoir attirer notre attention : dans le cas des personnes atteinte de démence vasculaire, maladie d’Alzheimer ou autre, « l’ignorance » par les familles de l’évolution de la maladie conduit à de possibles méprises. Ainsi, pourquoi cette personne est-elle couverte d’hématomes ? Est-ce nécessairement le résultat des soins d’une aide soignante malveillante ? Nous n’avons aucune plainte pour contention.

Même si ces situations sont hors EHPAD, ce qui est régulièrement rapporté c’est la « méconnaissance » de « la prise en charge » des démences lors d’hospitalisation dans des services de médecine aigue ou de chirurgie et de ce fait une prise en soin déficitaire et inadaptée des personnes porteuses de troubles cognitifs.

Nous sommes également appelés à la suite de décès en institution, la famille suspectant quelque chose d’anormal. Le discours tourne alors autour de l’injustice de cette mort là et de l’appel aux structures judiciaire pour avoir réparation. Le rempart qui sépare ces enfants de la mort vient de tomber.

Enfin relativement aux institutions mises en cause à plusieurs reprises, il nous semble judicieux de connaitre le nombre de lits, et le type de personnes accueillies. Avec l’accord des familles, des contacts avec les directions sont pris, ce qui est nous est facilité par la présence de 2 bénévoles, ex directrices d’EHPAD.

Dire que les maltraitances ne sont pas avérées ne règle bien sûr en rien le problème de la souffrance des appelants ou des victimes comme l’avait montré une étude menée par les docteurs Boiffin et Beck à partir de nos dossiers en 2008.

Le séjour en EHPAD peut être très ancien, sans qu’il soit possible de percevoir ce qui fait changer le comportement du personnel envers la personne âgée. On peut évoquer un changement de personnel soignant, de cadre, de direction, de médecin coordonnateur. La communication entre les équipes et les familles s’en trouve compliquée. Nous ne connaissons pas en général, la pathologie qui a conduit à l’institutionnalisation et avons peu d’information sur l’évolution et le stade de la pathologie. En revanche, les maltraitances avérées sont toujours en lien avec la brutalité de certains personnels due à la perte de patience, à la non connaissance des maladies, à des failles médicales, des refus de remplacement de prothèses et à l’état de dénutrition et à la privation de plaisir qui s’ensuivent.

 

Claude Lepresle

 

[1] Grille de Zarit d’évaluation du fardeau des aidants

Alors, le mal nous manque ?

Et si le Bien devient pesant(1), c’est peut-être que le mal nous manque. A la loterie pseudo-éthique des structures, qu’elles soient de soin, économiques, politiques ou sociales : pair, impair, passe et manque… A la roulette de cette éthique-là, c’est perd ou gagne, blanc ou noir – et effectivement les vieux ne sont pas blancs -, et ça nous manque !

Bientraitance pour éviter Maltraitance. Bien vivre pour ignorer ce que vivre veut dire. Bien vieillir pour ne pas voir vieillir, ni se voir vieillir. Ce règne du Bien, depuis la fenêtre de l’occidentalisme furieux, signifie obérer avant tout la nature oxymorique de l’homme. Ainsi comme le dit Alain Jean, à la suite de Deleuze et Spinoza, « sans jugement moral », notre terreau originel, notre argile – ce que les boites de com vous transformeraient en « notre ADN », car il faut vivre sans gêne avec ses gènes (sic !) – est d’abord notre être oxymorique.

L’homme n’est ni bon, ni mauvais, il est bon et mauvais… Ce n’est ni Bien, ni Mal, c’est ainsi. L’homme est tout à la fois l’hospitalier et l’assassin à l’Auberge rouge de la vie des peuples.

Quant à Georges W. Bush, il a sans doute trop vu les westerns et les mauvais films de Ronald Regan, et ça n’aide pas, ni à penser, ni à se décentrer du monde… Les mêmes films sont sans aucun doute dans les têtes des communicants qui ont fait des rescapés du cancer et maintenant de ceux qui affichent une alcoolémie au volant à zéro de nouveaux héros.

Cinéma, quand tu nous tiens !

 

Christian Gallopin

(1) Voir le billet précédent d’Alain Jean