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Pathos

 

Du grec : « ce qu’on éprouve » « épreuve » « évènement »

Ce sont bien ces termes que j’ai à l’esprit ces temps-ci  où, méprisant le printemps qui ne demande qu’à le rencontrer, je m’enferme avec cadre et infirmière pour remplir les cases du fameux algorithme censé apporter -ou retirer- quelques sous aux établissements exsangues. Je sais, je sais, notre ministre débloque, parait-il, quelques millions, des infirmières de nuit et peut être des aides-soignantes de jour. Espérons.

En attendant, j’éprouve l’épreuve du Pathos, sans preuve de son efficience.

J’ai demandé à notre sympathique apothicaire de me donner quelques anxiolytiques destinés à ne pas perdre son sang froid devant l’écran qui refuse obstinément d’obtempérer, prétextant l’oubli d’un mot de passe que, bien sûr, la CNSA est incapable de me donner. Pathos, Galaad, PMP, GMP, pitié ! Je crie : « A moi Galaad, à moi Manassé; Ephraïm est le rempart de ma tête »  Mais le psaume biblique ne me vient pas en aide !  Et j’ai mal au crâne !

Je me souviens qu’il y a cinq ans, le « PMP » de notre établissement était au plus bas, et qu’il risque d’y être encore cette année, bien que nous nous efforcions de marchander autant que possible, et que le médecin de l’ARS sera reçu avec café et croissants. Seulement voilà. Nos vieux ne sont pas vus comme malades. Au moindre trouble dit du comportement, nous n’appelons pas le psychiatre et un « P1 » qui cote bien nous passe sous le nez… on préfère chanter, sortir, jouer. On ne prescrit pas trop de psychotropes.  Les préventions d’escarres ne comptent pour rien, par contre, un gros pansement, lui, est « rentable »… mais on préfère  se fatiguer à mobiliser, masser, mettre debout.  On ne s’acharne pas, au prix de techniques souvent deshumanisantes -et chères- à maintenir en vie quelques heures de plus, ou quelques jours, un résident qui n’en peut plus. Et voilà le « T2 » qui nous passe entre les doigts. Les patients dits « déments », qui nous sont si présents, ne prennent plus depuis longtemps les anticholinestérasiques que notre ministre vient de dérembourser. Il n’y a plus de malades d’Alzheimer, donc des « S 0 », qui ne rapportent rien.

Il faudrait conseiller, pour avoir des sous, l’abandon des préventions d’escarres, la contention généralisée, témoignant des situations psychiatriques « de crise », la multiplication d’examens biologiques ou d’imagerie pour prétendre des « DG » rentables, même si la plupart des examens demandés ne changent strictement rien aux thérapeutiques. Ne pas prescrire est suicidaire pour un Pathos bien chargé.

Il faudrait brutaliser les gens, qui souhaitent se reposer au fauteuil, par de la kiné intensive qui rapporte gros. Que de « R1 » nous échappent !  Nous préférons la patience de l’aide-soignante, qui connait les petites habitudes, et qui « rééduque » à sa bonne manière.

Et si la coupe Pathos, qui coupe dans les budgets, nous cassait un peu dans notre désir de faire des maisons de retraite des vrais lieux de vie…

 

Dominique Rivière