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Le défi d’une culture de la responsabilité chez les retraités et personnes âgées

Dans le conte philosophique de Voltaire, publié en 1748, “Le Monde comme il va”, reflet de la société de Voltaire à son époque, nous trouvons une analyse fine et extrêmement perspicace, qu’on dirait presque de notre propre époque.

Dans ce conte, les génies qui président l’empire du monde se trouvent en colère contre les excès des Perses.

L’ange Ituriel, un de ces génies, confie une mission au Scythe Babouc : se rendre à Persépolis et observer ses habitants accusés de tous les maux, afin de lui rendre un compte rendu fidèle qui déterminera, s’il faut châtier ou exterminer la ville.

Arrivé à Persépolis, Babouc observe le comportement des habitants de la ville, et y découvre un monde où règne la violence, l’injustice, le vice, le crime.

Babouc déchiré tantôt par la violence de cette ville, tantôt par quelques manifestations de vertu chez ses habitants, s’étonne : “Inexplicables humains, comment pouvez-vous réunir tant de bassesse et de grandeur, tant de vertus et de crimes?” Ce monde devrait-il être détruit ?1

 Edgar Morin déclare en 2013 «Tout indique que nous courons à l’abîme et qu’il faut, si possible et s’il en est encore temps, changer de voie.» (E.Morin, 2013).

 «Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ils en voient la nécessité que dans la crise» Jean Monnet2

 L’âge de la retraite est aussi celui de deux tiers de vie accomplie, et la vie c’est le changement.

Il est donc toujours temps de changer de voie, il suffit, c’est là le triste constat, que nous le voulions, que nous en ayons le courage, ensemble, pour développer nos capacités et moyens de demeurer des citoyens, acteurs, d’une société mondiale entre trois, quatre, voire cinq générations, sans être esclaves d’un avenir gouverné par l’intelligence artificielle.

Nous connaissons « bassesses et grandeurs, vertus et crimes » bien au-delà de nos territoires de vie puisque nous sommes informés, depuis ces dernières décennies, dans les secondes, souvent visuellement, de l’événement produit à l’extrémité du monde.

Retraités, donc aînés, nous sommes en partie, responsables de la situation actuelle du monde.

Forts de nos expériences, face à l’obligation ou la nécessité morale de répondre et d’assumer nos responsabilités, de nous porter garants de nos actions ou de celles des autres, nous devons participer de façon active à une autre voie pour une société mondiale de paix et de bonheur en étant connus et reconnus dans nos aptitudes et nos compétences.

Celles-ci commencent par l’éducation, la formation, se développent par les apprentissages tout au long de la vie.

Il nous appartient d’apporter la preuve de leurs réalités, aux autres d’en reconnaître le bien fondé.

Ce troisième tiers de vie est une nouvelle chance de construire ce que bien souvent les contraintes de la carrières ne nous ont pas permis.

Osons un défi, celui d’une « nouvelle carrière », demeurons professionnels dans une profession choisie, apprise, comprise afin d’en exercer les compétences avec bonheur dans un développement personnel et collectif.

Devenir « retraité professionnel » c’est marquer sa volonté de vivre un long temps de retraite et de vieillissement, en bonne santé – nous savons que le travail, exercé avec plaisir, est le meilleur vaccin contre un vieillissement trop rapide – de façon bénévole ou lucrative pour des raisons personnelles, en s’engageant, par exemple, pour recentrer la science sur le vrai, l’art sur le beau, et la culture sur le bien.

Si le programme vous plaît, rejoignez nous !

Pierre Caro

retraité professionnel

1Extrait de l’Alliance pour les sociétés responsables et durables, les cahiers de propositions Yolanda Ziaka

2Jean Monnet 1888-1979 promoteur de l’atlantisme et du libre échange, il est considéré comme l’un des pères de l’Europe.

Personnes âgées – Familles – Professionnels, quelles relations possibles ?

Comment faire des familles des partenaires du prendre soin ?

Comment, en qualité de proche, trouver sa place au sein de l’institution ?

 

es soignants confrontés à un contexte de conditions matérielles tendues et à une importante charge psychique nous renvoient parfois ce questionnement : « le travail avec les personnes âgées étant déjà suffisamment difficile, comment trouver le temps d’accompagner des familles exigeantes voire agressives envers nous ?». Certes, leur formation issue du champ sanitaire les a préparés à s’inscrire dans un contexte de relation soignant / soigné. Sont-ils pour autant préparés à accueillir ce proche qui « s’invite » au cœur de leur pratique de soignant ? Si les tensions s’accroissent, le recours au cadre institutionnel est parfois invoqué pour rappeler au « contrevenant » le contrat de service à domicile ou bien interdire au proche, sa présence lors de la toilette en ehpad.  Avant d’examiner la question de la gouvernance et du positionnement du projet d’établissement ou de service à l’égard des proches, observons la dynamique lors de l’évolution de cette relation triangulaire tout au long du parcours de la personne âgée.

Au commencement était la cellule familiale confrontée à l’épreuve de la perte d’autonomie

Le système familial est chargé de son histoire. Au sein de ce système s’inscrit l’histoire d’un couple et celle des relations entretenues avec chacun des enfants. La survenue d’incapacités chez la personne âgée (époux (se) / parent) avec perte d’autonomie fonctionnelle peut amener à une modification des « états du moi » définit par Eric Berne comme concept central de l’analyse transactionnelle[1]. Le modèle du parent nourricier ou de l’adulte rationnel peut laisser place à celui de l’enfant rebelle refusant toute aide professionnelle à domicile, percevant la survenue d’un tiers comme une menace dans l’équilibre familial voir la reconnaissance d’une forme de vulnérabilité.

Il peut alors s’engager une négociation au sein de la fratrie auquel pourra prendre part la personne concernée par l’aide ou son conjoint. Quel sera l’enfant désigné comme aidant principal ? La sociologue Simone Pennec nous rappelle que ce sont les ainés de la fratrie et principalement les filles ou à défaut belles-filles qui seront désignées par les bénéficiaires[2] avec une double logique : celle de la transmission d’une coutume filiale (les filles s’occupent traditionnellement de leur parent âgé) et de la notion de dette dont l’enfant serait redevable (« après tout ce que j’ai fait pour toi, tu me dois bien ça ! »).

Cette négociation peut aussi s’adjoindre d’une injonction « Surtout tu me le promets, tu ne me mettras jamais en maison de retraite ! ». Toutes les conditions sont réunies pour que s’établisse un huis clos familial avec les conséquences qu’il comporte (isolement social, maltraitance active ou passive, etc.)[3]

La survenue de troubles cognitifs peut encore compliquer le lien filial, avec parfois une inversion de la relation de parentalité et des propos déjà entendus : « avec papa, c’est un peu comme s’il était retombé en enfance ».

Selon Pierre Charazac : « La conception commune selon laquelle les parents deviennent en vieillissant les enfants de leurs enfants, repose sur une dissymétrie comparable à celle de la relation parentsenfants, l’âge plaçant le parent en position de dépendance vis-à-vis de ses enfants vécus comme forts et puissants.» [4]

La relation Personne âgée – Proche, à l’heure de la triangulation par l’intervention d’un professionnel

Il faudra un évènement extérieur tel qu’une mise en danger ou un retour d’hospitalisation conjugué avec les arguments d’un médecin pour que la personne âgée accepte ou se résigne à admettre l’aide d’un professionnel. La liste des recommandations donnée par le proche peut parfois être longue à l’intention de cet « intrus ». La compréhension du contexte familial et la qualité de la relation de confiance créé par le professionnel sur la durée conditionne la réussite de l’intervention.

Ajouté à la crainte pour l’aidant d’être dépossédé de son rôle et pour la personne aidée de rompre le pacte d’alliance établi avec lui, il sera donné à voir au professionnel des objets intimes, un corps en souffrance, à entendre des propos privés et être témoin de toutes les incapacités jusqu’alors compensées dans la sphère intime[5]. Tout l’enjeu de cette nouvelle relation triangulaire est qu’elle se maintienne dans une « juste proximité » où les identités et les rôles sont préservés.

Nous pouvons être frappés à domicile comme en ehpad par le comportement parfois « tatillon » de certains proches, comme le « syndrome du post it » disposé dans les salles de bain témoigne des attentions attendues. Ce qui est parfois perçu par les professionnels comme un manque de confiance pourrait déceler un message caché : « dites-moi que je suis un bon enfant qui veut le meilleur pour son parent ».

L’accueil en institution : Fait-il si bon ménage, à 4 désormais : Le Résident – Le Proche- Le Professionnel – L’Institution ? 

De nombreuses études montrent que l’âge d’entrée en EHPAD recule et intervient le plus souvent en urgence, après épuisement des ressources à domicile ou de la multiplication des déficiences cognitives et/ou physiques.

Ce temps de la préparation et de la négociation, si nécessaire pour cette étape importante dans le parcours de la personne âgée se trouve parfois même inexistant ne serait-ce que « pour mettre en ordre ses affaires » et ritualiser d’une certaine façon, cet abandon subi du domicile.

Comment est prise en compte, par l’institution, cette perte de territoire domestique dont le futur résidant et son proche gardaient tous les deux la maitrise jusque-là ?

L’enthousiasme de l’hôtesse d’accueil lui rappelant qu’il est ici désormais « chez lui », en lui remettant la charte des droits et libertés, ne saurait suffire…

Souvent, les discours d’accueil lors de la visite de préadmission, contiennent à l’encontre de la famille un message du type : « Vous allez pouvoir désormais vous reposer, votre parent sera ici en sécurité ». En assignant un rôle passif au proche, cette présentation bienveillante ignore toutefois son besoin éventuel de rester acteur de quelque chose dans l’accompagnement de son proche (l’attention au linge personnel par exemple).

D’autres institutions considèrent que ce passage de témoin a besoin de se nourrir de l’expertise développée par la famille durant de longues années de proximité et qui pourrait contenir de précieuses informations en termes de personnalité comme d’habitude de vie afin d’adapter le mode d’intervention dès le premier jour.

Ce risque de se sentir dépossédé peut se mêler à d’autres sentiments comme celui de ne pas avoir réussi à tenir la promesse d’éviter à tout prix le « placement » en maison de retraite. Mis devant une situation impossible à tenir et animé d’un un fort sentiment de culpabilité, « l’enfant coupable » peut chercher plus ou moins consciemment à transformer ce dilemme en « parent vengeur », où le soignant et/ou l’institution vont être désignés très vite comme coupable. La moindre indélicatesse va alors être montée en épingle quitte à augmenter très fortement le niveau d’exigence. Certaines familles ont pu qualifier de « taudis » un logement pour un mouton trouvé sous le meuble TV, ou d’autres exigeants que le revers du drap de lit soit de 32 cms…

Les soignants ont tendance à idéaliser la « bonne » famille, celle qui, discrète et avenante multiplie les signes de reconnaissance envers eux concernant la difficulté à remplir leurs missions et ne remet jamais en cause la qualité de leur travail.

Le jugement pourra parfois intervenir également à l’égard de telle autre famille qualifiée d’abandonnique en raison d’une visite annuelle rendue pour la nouvelle année. Que sait-on (doit on le savoir ?) de l’histoire intime de cet enfant avec son parent ou de la difficulté à accepter ses symptômes de démence?

De la place des proches dans le projet institutionnel

On peut se demander, compte tenu de la persistance du statut de « visiteur » accordé aux proches (et du nombre de panneaux à leur intention toujours présents sur les parkings…), si l’ehpad de demain est bien préfiguré pour accorder aux usagers et à leurs représentants, la place centrale qu’il leur est dévolue dans la loi du 2 janvier 2002. L’institution est-elle prête à accorder aux familles un autre statut que celui de visiteur – râleur – payeur ?

Les nombreux constats de dysfonctionnements des conseils de la vie sociale (désignation de représentant des familles et absence de scrutin, pilotage de l’instance par l’institution, manque de transparence, etc…) témoignent de la frilosité à ce que des formes de contrepouvoir ou mieux de partenariat constructif puissent s’exercer au sein de l’institution, en maintenant le contrôle de cette instance essentielle qui devrait être le poumon d’une véritable démocratie médico-sociale.

Il existe cependant aujourd’hui des directeurs d’EHPAD audacieux qui organisent la mise en relation en fournissant aux délégués du CVS, les adresses emails des familles ayant donné leur accord. D’autres organisent des CVS ouverts à l’ensemble des familles dans l’esprit des conseils de quartier ouverts au public. N’est-ce pas là affaire de citoyenneté ? D’autres encore organisent des forums d’échanges sur tel aspect de la vie en établissement et associent les familles à prendre part à des groupes de travail thématiques dans le cadre d’une élaboration participative du projet d’établissement. Ces démarches pro-actives à l’égard des proches ne doivent cependant pas se substituer aux résidants.

La place accordée aux proches dans le projet institutionnel et le partage des orientations par l’ensemble de l’équipe conditionneront la qualité des relations entre les familles et l’équipe de professionnels : cela va de la personne de l’accueil qui aura compris l’importance de délivrer des informations claires et compréhensibles par tous, du positionnement éthique de l’équipe qui saura quoi répondre à une famille qui  exige , en passant par le professionnel de maintenance, qui aura compris l’importance de réparer le volet roulant d’un résidant un vendredi après-midi avant de s’absenter pour le week-end.

Nous avons vu que cette relation à 3 ou à 4, qui peut laisser la place à bon nombre d’alliances dont la plus noble pourrait être l’alliance thérapeutique (Professionnels – Proches – Institution) au bénéfice du bien-être de la personne accueillie, ne va pas de soi et comporte bien des aspects multiformes susceptibles de la contrarier. Elle nécessite une approche cohérente et concertée de la part de l’équipe où l’analyse de pratiques a toute sa place. Elle doit pouvoir s’inscrire dans un continuum où la notion de parcours du couple résidant-proche aidant est respectée et elle doit également poser comme principe d’accueillir le proche avec son bagage chargé d’émotions tant à l’égard de son parent que la maladie et/ou la perte d’autonomie a bien transformé, qu’à l’égard de l’institution tentée de raboter  les comportements singuliers.

 

Pascal Le Bihanic

 

 

[1] BERNE E Analyse transactionnelle et psychothérapie p28

[2] PENNEC S Vieillir entre proches et professionnels, revue Empan n°52

[3] POLARD J, LINX P Vieillir en Huis clos, de la surprotection aux abus

[4] CHARAZAC P Psychothérapie du parent âgé et de sa famille 1998

[5] DJAOUI E De l’intimité du professionnel dans l’intervention au domicile, Gérontologie et Société n°122

Un regard sur la pub

 

Une pub met en scène des menaces infantilisantes sur des personnes âgées

 

 

Ce soir, à la télévision, une publicité : des personnes, peu visibles chahutent. Puis, surprise, derrière un bureau dans une pièce aux boiseries sombres, une femme assise, directrice toute rigide avec son adjoint (ou peut-être éminence grise au propre et au figuré), tout droit sortie d’un conte du début du siècle (du 20è bien sûr !) qui fait la morale à des personnes que l’on nomme âgées, les chahuteurs du début de l’histoire, les menaçant d’alerter leurs familles ! Le décor, le ton employé, les mots nous projettent dans du Dickens.

Une pub qui relaie une image dégradante des personnes âgées

Pas de censure pour ces clips télévisuels où ces personnes, mais peut-on encore parler de personnes, quand ces résidents d’une maison de retraite tremblent devant une femme qui se croit toute puissante pour faire régner l’ordre et contrôler les ébats de « ses résidents » !!! Un vieux, ça ne chahute pas, ça ne rit pas, ça ne vit qu’une vie biologique. Vive le bromure !

Terrible regard porté sur le statut des personnes en institution

Car, vous ne le savez peut-être pas, mais cette forme olympique est due à l’ingestion de viande de la marque « C… », une viande saine qui les dope et leur redonne goût à la vie !!! Excellente publicité sans doute pour le marchand de viande, mais terrible regard porté sur le statut des personnes en institution, sur la manière dont on considère qu’il est convenable qu’elles se conduisent. De quelle nature est cette norme attendue ? De l’ordre d’une imbécile éthique de précaution appliquée aux personnes ? De l’ordre d’un vieux qui retomberait en enfance et devrait être traité comme tel, à moins qu’il ne s’agisse d’un règlement de compte, « comme j’ai été traité enfant, je traiterai mes parents » ?

Abandonnez vos vieux parents, avec la Poste, ça ne coûte pas cher…

Je ne peux que faire le lien avec une autre publicité, celle où les enfants paient le facteur pour rendre visite à leurs parents afin d’être tranquilles ! Où est passé le lien sociétal, le plaisir d’aller voir l’autre, gratuitement, pour partager le temps ? N’y aurait-il plus de lignes téléphoniques dans nos campagnes, pour qu’enfants et petits-enfants parlent avec leurs grands parents ? Payer pour aller voir l’autre, le prix de l’abandon. Si ce qui a une dignité n’a pas de prix comme le proclamait Kant, quelle dignité laisse-t-on à la personne âgée ?

Une personne âgée qui dépense son argent, quel scandale !

Nous voici obligé d’aborder le problème financier. À Alma-Paris, un homme de 99 ans, vivant seul, richissime nous dit-on, et parce qu’il avait 99 ans était surveillé par sa famille via des voisins, la femme de ménage, le banquier. Une véritable intrusion dans sa vie, sans le lui dire, pas question pour lui de pouvoir dépenser son argent sans que le ban et l’arrière-ban ne le sache !!!. A 30 ans on peut dilapider sa fortune, pas après 60 ans, âge officiel de la vieillesse, c’est interdit !!! Quand on est vieux on a plus de chance de mourir et les descendants attendent avec impatience de devenir héritiers !

Tous les vieux ne sont pas vulnérables

C’est oublier que le législateur a pensé à ne pas catégoriser tous les vieux comme vulnérables ! Si on veut parler d’abus de faiblesse, il reste à le prouver ! Seuls certains vieux sont vulnérables, faibles, et faciles à abuser.

Enfermer pour mieux protéger l’héritage…

Alors, posons-nous la question de ce qu’on veut protéger, la vieille personne ou l’héritage à venir, la question des moyens de protection mis en place qui souvent ne sont pas loin de l’enfermement, voire de techniques de surveillance dénoncées dans les pires utopies totalitaristes ; « Big Brother n’est pas mort ! »

Écoutons ce que veulent nos aînés

Soyons lanceurs d’Alerte, sans en oublier que son étymologie italo-latine est All’ Erta, tenons-nous droits et prenons de la hauteur pour entendre et écouter ce que nos aînés veulent et ce qui leur feraient plaisir !

Claude Lepresle

 

Pour une vraie politique innovante de l’habitat des personnes âgées

Dans le cadre d’un »Collectif Habiter Autrement », l’association « EHPAD de côté- Les pas de côté » co-signe  ce communiqué de presse, du 16 mars 2017, à l’occasion des Présidentielles 2017. 

A l’approche de l’élection présidentielle, alors que les quelques propositions concernant l’habitat des personnes âgées se concentrent sur le développement de l’offre d’EHPAD, le collectif « Habiter Autrement » interpelle les candidats et présente des propositions concrètes visant à promouvoir et développer des formes alternatives d’habitat pour le public vieillissant.

Aujourd’hui, pour les personnes âgées, surtout les plus fragilisées, le choix d’habitat se résume soit à rester à son domicile, soit à entrer en établissement. Un choix restreint qui n’est pas aussi libre qu’il n’y paraît, contraint par le niveau de ressources, les besoins, les territoires, la disponibilité des entourages ou des services d’aide à domicile.

Le collectif « Habiter Autrement » qui réunit des militants associatifs et des professionnels de l’habitat ne peut se satisfaire de cette situation. Alors que le souhait de rester à domicile est plébiscité par 8 Français sur 10 (baromètre DREES 2015), 25 % des 85 ans et plus résident en maisons de retraite (rapport DREES 2015). Ces établissements, espaces d’accueil indispensables, demeurent la seule solution quand l’isolement et la vieillesse fragilisent le maintien à domicile.

Face au défi démographique, il est temps d’imaginer de nouveaux lieux de vie adaptés aux besoins et envies d’une population variée.

Cette analyse est d’ailleurs partagée par une majorité de Conseils départementaux qui considèrent que le développement de projet d’habitat accompagné constitue une réponse aux attentes et aux besoins exprimés par les publics (Enquête nationale relative à l’habitat alternatif/inclusif, DGCS, février 2017).

S’appuyant sur une étude1 (http://fr.calameo.com/read/002357749de3f0dc456ea) réalisée auprès de 10 lieux, reflets de la diversité de l’habitat alternatif pour les personnes âgées, le collectif demande aux candidats à l’élection présidentielle de se mobiliser pour que choisir son lieu de vie, adapté à ses aspirations et besoins, soit un droit essentiel à tout âge, et présente des propositions concrètes et innovantes, notamment :

Reconnaître le rôle essentiel des formes alternatives d’habitat dans la prévention de la perte d’autonomie et leur utilité sociale. Elles s’inscrivent dans le champ de l’économie sociale et solidaire grâce à une pluralité de financements et une gouvernance participative.

• Reconnaître que l’âge peut être un critère prioritaire dans les attributions des logements du parc social, comme pour le handicap.

• Autoriser, au niveau national (et non de façon variable selon les départements), la possibilité de mettre en commun les moyens ouverts par les aides (APA – Allocation Personnalisée d’Autonomie, PCH – Prestation de Compensation du Handicap) pour financer, entre habitants, un service partagé leur redonnant ainsi un droit à la solidarité.

• Mettre en place un dispositif permettant la prise en compte de la coordination et de l’animation de ces lieux comme de l’aide à la personne (réduction ou crédit d’impôt en temps réel ; reconnaitre ce service comme contributif au maintien de l’autonomie et l’intégrer au plan d’aide financée par l’APA).

• Mobiliser les budgets du logement social pour le financement de l’intégralité de ces nouveaux habitats (logement et parties communes). Actuellement, les « aides à la pierre » sont attribuées uniquement pour le logement sans prendre en compte les parties communes (salle d’activité…) indispensables pour le « vivre ensemble » qui est au cœur de ces nouveaux modèles d’habitat.

• Mobiliser les acteurs institutionnels (CNSA, CNAV, MSA, caisses de retraite complémentaire, fondations …) pour un soutien et une promotion concertés aux nouveaux types d’habitats alternatifs : aide au financement des projets et de leur réalisation dans la durée ; réalisation d’une étude d’impact social et économique de ces nouveaux types de lieux de vie.

Le collectif « Habiter Autrement » a été créé en 2012 à l’initiative des petits frères des Pauvres et regroupe des acteurs inter-associatifs promoteurs d’habitat alternatif : les petits frères des Pauvres, Association Monsieur Vincent, Autonomie Paris Saint-Jacques, Béguinage solidaire, EHPAD de côté/ les pas de côté, Fabrick Autonomie Habitat, Fondation Armée du Salut, GPS de La Lendemaine, Habitat et Humanisme, Hal’âge, ISATIS, La Maison des Sages, La Pierre Angulaire, Villages à vivre, Ville de Grenoble et son CCAS, Anne Labit, Maîtresse de conférence en sociologie, université d’Orléans, Cécile Rosenfelder, doctorante ATER, université de Strasbourg. Ce collectif a pour objectif d’identifier les points de blocage rencontrés pour la création ou la pérennité de ces projets, proposer des pistes de solutions et contribuer ainsi à une meilleure prise en compte des lieux de vie alternatifs.

 

Hélène Leenhardt, José Polard pour « EHPAD de côté-Les pas de côté »

 

1 Etude « Les formes alternatives d’habitat, citoyen, solidaire et accompagné, prenant en compte le vieillissement », étude financée par la Fondation des petits frères des Pauvres, réalisée auprès de 10 dispositifs/lieux d’habitat alternatif des personnes âgées.

2 Contacts presse les petits frères des Pauvres Isabelle Sénécal 01 49 23 14 49 isabelle.senecal@petitsfreresdespauvres.fr

3. Très vite, vous trouverez sur le site de l’association( EHPAD de côté- Les pas de côté ), l’étude conduite par Helène Leenhardt qui a servi de base à ce communiqué, mais aussi bien d’autres études ou vidéos sur cette habitat alternatif.

Charte de l’éthique et des responsabilités des personnes âgées face au climat

Ampoule_TerreProposée par l’association A6

Préliminaire:

La déclaration universelle des Droits de l’homme du 10 décembre 1948, s’applique de la naissance à la fin de vie par les droits fondamentaux de l’individu, leur reconnaissance et leur respect par la loi ; le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ; le Pacte relatif aux droits civils et politiques

Par cette charte, nous souhaitons participer, dans nos conduites éthiques et responsables face aux changements climatiques, à diminuer les risques de mettre en jeu notre bien vieillir longtemps ensemble dans un monde où nous sommes toujours plus nombreux et plus âgés.

Art 1 – La dignité, l’éthique et les responsabilités ne s’estompent pas avec l’âge.
La personne âgée, riche des années vécues, est capable de s’engager face aux enjeux des changements climatiques

Art 2 – La situation nouvelle d’une humanité où l’allongement de l’espérance de vie contribue à l’augmentation du nombre des êtres humains, fait que les personnes âgées, en représentant près du tiers de la population mondiale, ont une influence grandissante face aux enjeux climatiques.

Art 3 – Les gouvernements, les élus et responsables politiques, les scientifiques doivent faciliter l’expression de la personne âgée dans ses droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels sans discrimination et de façon accessible.

Art 4 – L’éducation, la formation, la sensibilisation et le prévention demeurent, chez les personnes âgées des objectifs pour participer à une société «éco responsable » face aux défis actuels et futurs.

Art 5 – Quelles que soient les évolutions du climat, la vieillesse ne doit pas entraîner une image de faiblesse à protéger, de rejet ou de discrimination, pouvant faire des personnes âgées sous condition de droits ou de devoirs différents dans les populations.

Art 6 – Disposant de temps, riches de savoir être, de savoir-faire et d’expériences personnelles et professionnelles, les personnes âgées continuent d’assumer leurs responsabilités individuelles et collectives pour le bien vivre ensemble longtemps.

Art 7 – Sortie de leur carrière publique ou privée, les personnes âgées s’inscrivent volontiers
pour repenser que les espèces vivantes en voie de disparition, l’eau potable, l’air, les terres et leurs ressources menacées, ne sont pas un capital sur lequel il est possible de spéculer.

Art 8 – En développant leurs savoirs pluridisciplinaires, scientifiques, techniques et pratiques, les personnes âgées s’engagent à transmettre de façon professionnelle, les meilleures orientations aux générations plus jeunes, afin de lutter ensemble contre les causes des changements climatiques imputables à nos modes de vie.

Art 9 – Les progrès des derniers siècles ont fait qu’une partie de l’humanité a pu s’évader de la misère au prix d’inégalités aujourd’hui flagrantes entre les pays et les populations. Les personnes âgées reconnaissent leur part de responsabilité et s’engagent à porter un regard lucide sur le chemin qui reste à parcourir pour venir en aide aux laissés-pour-compte.

Art 10 – En s’engageant dans une conduite éthique et responsable, les personnes âgées, veulent apporter aux pouvoirs publics, aux entreprises publiques et privées, aux associations et fondations, toute leur énergie pour la protection des environnements, le développement durable harmonieux et équitable.

Art 11 – Le climat est comme la paix, une cause universelle. Les personnes âgées ont conscience que leurs valeurs culturelles et spirituelles contribuent à la volonté commune des 10 milliards d’êtres humains possibles avant la fin du XXIe siècle, au partage des espérances dans un monde futur qui n’a que deux issus : le bonheur pour le plus grand nombre ou la disparition de tous.

 

 

Pour conclure, nous, groupe de réflexions et d’actions, représentant quatre générations, réunis au sein du Gérontopole Pays de Loire, menons un travail sur la nécessité d’apprendre à bien vieillir longtemps, dans une société où nous voulons mettre la liberté et la sécurité, la coopération et la compétition au service du toujours mieux humain avant le toujours plus matériel.

 

Pour L’association A6[1]

Pierre Caro

 

http://www.infolocale.fr/saint-gildas-des-bois_44161_association-a6_176421