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Import, export… l’important, c’est la chine !

Nous l’avons tous déjà remarqué, se plonger dans les titres des journaux nous restitue une certaine atmosphère, un certain état d’esprit du moment. Ainsi éplucher les gazettes qui encourageaient les futurs poilus à monter au champ de bataille, nous rappelle cette drôle d’idée, qu’avaient les gens d’alors, selon laquelle il aurait suffi d’un aller-retour express Paris-Berlin pour dompter ces teutons à casques à pointes et leur Kaiser. Les manchettes des années soixante, quant à elles, sentaient le bon air de la Baie des cochons et les velléités anti-communistes primaires de l’époque, enfin l’Irak où l’on nous a vendu, clefs en main, une guerre indispensable, arguant des certitudes de surarmement massif d’un état qui ne l’était pas ou pas beaucoup plus qu’un autre.

Lisant tranquillement Le monde du week-end, je n’ai pu m’empêcher de m’agacer face à un titre qui en dit long sur ce que nous sommes à même de penser des personnes âgées et des conditions dans lesquelles nous entendons qu’elles finissent leurs vies. « Paris veut vendre des Airbus et de la viande bovine, mais aussi implanter des maisons de retraite »[1], sous-titre issu d’un article sur les échanges entre la Chine et la France que notre Emmanuel Macron national souhaiterait rééquilibrer. Dans ce raccourci, tout à fait odieux, que nos deux journalistes n’ont d’ailleurs probablement pas vu venir, tout est dit de ce que nous attendons de la Silver économie. « Car la France, nous dit-on, souhaite aussi raffermir sa position sur les marchés prometteurs de l’agroalimentaire, des nouvelles technologies ou de l’économie du vieillissement ». Ainsi, on implanterait de l’EHPAD comme on plante les choux à la mode de chez nous.

Il y eu la chair à canon, notamment lors de la Grande guerre, la chair des guérilléros et des chiliens enfermés au stade, celle aussi, déchiquetée, en orient de Babylone à Bagdad, et il y a la chair de nos chers bovins, en steaks et en rôtis, enfin il y a celle, « prometteuse » et juteuse, des vieillards. En France, on vend contenant et contenu. Et on les vend comptant et content. On exporte des EHPAD. À quand l’export des vieux ?[2] Vendre des Airbus − ou tout autre matériel technologique plus ou moins militarisé −, ou bien même des clapiers, pourquoi pas, dans un pays où le rongeur[3] est largement consommé. Et puis encore et surtout des cages à vieux dont nous avons le secret et que nous avons développé avec un savoir-faire que le monde entier nous envie.

Soyons certains que les marchands de maisons de retraite ne manqueront pas de vanter le rapport annuel attendu à près de deux chiffres, pourvu qu’on restreigne suffisamment le personnel à la portion congrue et qu’on n’habitue pas ces gens-là, vieillards qu’ils sont, à des choses inconvenantes telles que le besoin de parler, de regarder, de penser, de flâner, de rire, de prendre son temps, d’avoir du plaisir à manger, le besoin d’amitié, d’attention, de sourire, d’amour même bref pour le dire en un mot : le besoin de vivre. Et si ce personnel devient trop onéreux (Le niveau de vie monte très vite en Chine), il suffira de délocaliser le tout, contenant et contenu, pour aussitôt pouvoir à nouveau servir les actionnaires[4] (Peut-être alors en France, paupérisation aidante, proposera-t-on des soignants moins coûteux, avec des contrats de travail plus souples et des instances prudhommales liquidées…). Il faut chiner là où sont les affaires. Sur le plan de l’intendance : on remplacera avantageusement les fourchettes par des baguettes, les pommes de terre par du riz, le café par le thé, l’image télévisée d’Emmanuel Macron par celle de Xi Jinping, ou l’inverse, et ce n’est pas plus compliqué. Et puis, l’étude – en immersion − des langues étrangères, ça remplace largement toutes les universités du troisième âge.

Ainsi, la viande d’ancien est devenue chair à fric sans que désormais nous n’en éprouvions plus la moindre gêne. Nous sommes même capables d’en faire un sous-titre banal, au milieu d’un article de politique économique banal, dans un journal du dimanche banal… Seul le président n’est, parait-il, plus banal…

Au moins convenons-en, et c’est une avancée, nous ne faisons plus de différence entre les peuples. Qu’ils soient européens, asiatiques, et probablement africains dès qu’ils en auront les moyens (faut pas abuser non plus), du moment que ça peut rapporter, un vieux est un vieux. Trêve de chinoiseries, l’argent, c’est l’argent. Et si les vieux sont argentés, pourquoi ne pas s’agenouiller devant le dieu Silver ?

Pourtant, Si c’est un homme[5] disait déjà Primo Levi… Se questo è un uomo… Mais je ne sais pas comment on l’écrit en chinois. Peut-être quand je serai en maison de retraite, ici ou en Chine, un jour ou l’autre ?

 

Christian Gallopin

[1] Bastien Bonnefous et Brice Pedroletti, « Macron en quête de réciprocité pour sa visite en Chine », Le Monde, 7-8 janvier 2018, p.4.

[2] En fait, c’est déjà dans l’air du temps puisqu’on sait, par exemple, que certaines structures à l’étranger peuvent accueillir, pour un prix plus avantageux, des personnes âgées d’autres pays, là où les retraites ne suffisent plus à payer les hébergements… Nous l’avons déjà évoqué sur ce blog dans des billets plus anciens.

[3] La France est le second exportateur de lapins après la Chine.

[4] Près de 2000 maisons de retraite pas suffisamment « rentables » ont été fermées en Angleterre ces dernières années. Tant que le modèle économique rapporte, on développe, s’il prend l’eau, on ferme comme on le fait de la succursale d’une chaîne de supermarchés justifiant de trop peu de profit.

[5] Primo Levi, Si c’est un homme, Pocket, 1988.

D’autrefois à aujourd’hui

 

 

 

 

 

 

 

De la bienfaisance (l’assistance) à l’action sociale (on ne dit plus l’aide sociale).

 

 

 

 

 

 

 

 

Les origines sont restées gravées dans les murs.

 

 

 

 

 

 

Quant à la continuité idéologique, il faut aller voir ailleurs, mais, en cherchant bien, on trouve assez facilement.

D’autant que, d’inspiration de gauche comme de droite, il n’y a jamais eu vraiment de rupture.

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, les « personnes âgées»– on dit à présent les seniors – sont assimilées aux pauvres.
Autrefois, il y avait sans doute plus de pauvres mais moins de « vieux », encombrant l’espace social, notamment urbain.

Et, comme en raison des « politiques de logement », on ne sait plus trop qu’en faire dans des lieux de vie ordinaires, où ils n’ont pas été prévus par les promoteurs immobiliers et les bailleurs sociaux …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bernard Gibassier

Travailler: quels enjeux psychiques?

En ce début de XXI° siècle, la retraite fait débat et la durée de travail se négocie durement, on légifère à propos de la place et l’emploi (problématique) des « seniors ». Pourtant, certains humains, en vieillissant, n’envisagent pas de cesser leur activité professionnelle mais bien au contraire désirent la poursuivre. En somme, les uns courent à la retraite et la limite à leur durée de travail, objet d’intenses négociations, est posée par les institutions. Les autres devront fixer leur propre limite, renoncer à ces satisfactions professionnelles, non sans certaines difficultés.

Alors, quelle place, quelle fonction le travail occupe- t- il chez l’homme? Quelles sont les conditions qui le rendent pour certains si attrayants ? Comment met-on un terme à son activité professionnelle, et notamment quand elle est passionnante ?

Travailler.

Freud attribue au travail une place centrale dans l’existence humaine ; il constitue d’ailleurs avec le domaine de l’amour, un des deux buts attribués à la cure de psychanalyse. Pourtant d’un individu à l’autre, cette place et l’investissement qui la sous-tend ne sont pas identiques. Certains humains ont un rapport de contrainte au travail et en souffrent ; d’autres à l’inverse y trouvent un plaisir intense, évident et s’épanouissent; entre les deux extrêmes, de nombreuses situations intermédiaires. Sans oublier, bien sûr, les sans-travail pour qui cette absence pèse douloureusement sur leur existence.

Dans la perspective freudienne, le travail est une des techniques humaines de lutte contre la souffrance, et peut même susciter plaisir et jouissance. Mais resituons le propos. L’être humain au cours de son existence craint trois menaces, trois grandes causes de souffrance. Le corps d’abord, cette « formation passagère »peut faire douloureusement défaut ; la nature ensuite dont la puissance est cause de tant de catastrophes ; les relations entre les hommes enfin, qui sont toujours en danger de se détériorer en raison de l’agressivité, de la destructivité intrinsèque à l’humain.

Freud, en quelques annotations dans «Le malaise dans la culture([1]) », trace quelques pistes à propos de « la significativité du travail pour l’économie de la libido » : « Aucune autre technique pour conduire sa vie ne lie aussi solidement l’individu à la réalité que l’accent mis sur le travail, qui l’insère sûrement tout au moins dans un morceau de la réalité, la communauté humaine »(…) « La possibilité de déplacer une forte proportion de composantes libidinales, composantes narcissiques, agressives et même érotiques, sur le travail professionnel et sur les relations humaines qui s’y rattachent, confère à celui-ci une valeur qui ne le cède en rien à son indispensabilité pour chacun aux fins d’affirmer et de justifier son existence dans la société ». Qu’ajouter de plus ?

Pourtant cette « technique de vie » de lutte contre la souffrance est inégalement utilisée et investie. Pour un grand nombre (la majorité ?), le rapport au travail est de stricte nécessité, pas pensé, ni perçu comme une voie vers le bonheur ; Il n’apporte alors que peu de satisfaction. Pour ceux-là, Freud préconise qu’ils lui octroient « la place assignée par le sage conseil de Voltaire » : cultiver son jardin. Faire ce qui doit être fait et dans le meilleur des cas, saisir les possibilités de satisfactions, mêmes minimes. Pas ou peu d’investissement libidinal, mais plutôt d’auto-conservation, littéralement un gagne-pain. Le principe de réalité, avant tout ; l’accepter sans s’y soumettre excessivement, tel est l’horizon.

Ici, le travail de civilisation est un puissant moteur d’aménagements qui aident à rendre cette réalité supportable, avec ses inévitables rapports de force, conflits de travail, avancées sociales, etc.

NB à suivre demain »Aimer travailler »

José Polard

[1] Freud S., Le malaise dans la culture PUF 1995

L’autonomie et la mort sont dans un bateau…

 

Walk into the light

Les principales organisations d’aide au suicide en Suisse sont submergées de demandes, elles ont quadruplé en 7 ans le nombre d’accompagnement de personnes vers la mort (999 en 2015).

Les théologiens et des chercheurs expliquent l’augmentation de cette pratique récemment mis en place(2008) par un « changement de valeurs », (…), « la génération des baby-boomers qui arrive maintenant à la vieillesse veut vivre de manière indépendante jusqu’au bout ».

Est-ce une nouvelle culture qui s’installe ? De plus en plus de personnes ne souffrant pas d’une maladie incurable veulent quand même pouvoir décider de leur mort : « Un tiers des cas d’aide au suicide aujourd’hui en Suisse sont le fait de personnes souffrant de plusieurs maladies ou d’un début de démence sénile et qui refusent d’assister à la détérioration progressive de leur état. » A celles-ci s’ajoutent celles « fatiguées de vivre, qui ne supportent plus les infirmités liées à l’âge. »[1]

 « Nous vivrons dramatiquement plus longtemps… »

 D’un autre côté, conséquence de l’allongement de l’espérance de vie, les recherches en médecine régénérative sont de plus en plus nombreuses, de plus en plus financées. Ecoutons Joe Jimenez, directeur de Novartis, un groupe pharmaceutique suisse créé en 1996, qui constate : « Nous vivrons dramatiquement plus longtemps. Nous faisons de la recherche sur la manière de régénérer les muscles, le cartilage, les capacités auditives et la vue ».  

Un mot n’est pas présent et pourtant, il inspire ces quelques lignes tout comme ces faits constatés : L’autonomie.

Au nom de la perte de l’autonomie, de sa détérioration réelle ou annoncée (ô la future médecine prédictive !!!), la mort « choisie » sera l’ultime marque de l’autonomie. Je mets des parenthèses car la question du choix devient quelque peu problématique quand la pression sociale externe ou, pire encore, la pression interne surmoïque obscurcit la pensée…

On subodore alors que le projet transhumaniste n’est en somme que la réponse à cette impasse actuelle, et sa solution du suicide assisté…ou bien, plus subtil, il intègrera cet aspect radical pour ceux qui se fatigueraient à désirer vivre encore, et encore..

Mais aussitôt, une idée, probablement mal placée( !), vient ensuite. Et si cette figure d’un senior dont l’allongement de vie s’éternise et qui revêt les atours de la jeunesse, n’était que le chainon manquant qui reliera l’homme diminué à l’homme augmenté ?

  Notre futur?
L’autonomie et la mort sont dans un bateau…
Si l’autonomie l’emporte, la mort doit disparaitre
si la mort l’emporte, c’est que l’autonomie a disparu?

Peut-être, ça vaut le coup de rappeler ce que Pascal Koch et moi-même[2] disions, il y a10 ans, quand nous essayions de penser pour clarifier et distinguer ou pas, suicide et euthanasie, dans un chapitre qui traitait des paradoxes, oscillations, ambivalence de la fin de vie.

«  Certains parlent du suicide comme d’une liberté existentielle (droit de se donner la mort) et en même temps on met en place des politiques de prévention du suicide…celui-ci est alors dans le registre de la pathologie.

Dans le cas de l’euthanasie ou du suicide assisté, la décision est supposée rationnelle, au titre d’une liberté personnelle, voire revendiquée comme un droit humain par les partisans de sa légalisation : un choix légitime pour abréger une souffrance intolérable et incontournable qui attenterait à la dignité humaine.

Si l’intention suicidaire et le passage à l’acte ne procèdent pas, pense-t-on, d’un choix pleinement rationnel et libre, l’autonomie[3] du candidat à l’euthanasie ne semble pas douteuse…   

Paradoxe encore, on parle d’une part de meurtre de soi, de passage à l’acte, et d’autre part d’une mort digne, d’une « décision » respectable… »      

Paradoxe toujours, en référence à l’euthanasie, on parle volontiers d’« aider à mourir »,    d’« acte de solidarité », d’« acte de compassion ».  Ces expressions ne sont pas du tout associées au désir suicidaire. Et pourtant le vœu de mourir est là.

Il y aurait un souhait acceptable de mourir (quand on fait appel à l’autre, quand on est en relation avec l’autre= suicide assisté) et un autre souhait cette fois ci, inacceptable (quand on ne sollicite pas l’autre, quand on est seul).

Y aurait-il un bon suicide et un mauvais suicide ? Questionnement capital, d’autant, que nous savons que nos actes et notre écoute sont orientés, parfois formatés, par les représentations qui nous entourent ou qui portent sur de telles questions.

 

José Polard

[1] http://www.genethique.org/fr/suicide-assiste-en-suisse-la-generation-qui-arrive-maintenant-la-vieillesse-veut-vivre-de-maniere#.WEgj5fnhCM8  Pour le Temps (Lise Bailat) 04/12/2016

[2] Tous les 2 psychanalystes, à l’origine avec d’autres profesionnels du Pallium en Yvelines, 1° réseau de soins palliatifs à domicile en France. Ici, un extrait de notre post face du livre »Le suicide des personnes âgées » in M.Charazac Eres 2014

[3] Le signifiant maitre qui occulte la mort, comme signifiant ultime.

Les résidences pour les vieux, ça pourrait buller !

seniors-marketing-marche-boomers-silver-economieUn article du Monde[1] s’intéressait dernièrement aux travers possibles de cette course à l’enrichissement opérée par quelques sociétés[2] et fonds de pension sur le marché des résidences pour personnes âgées en situation de fragilité. Fragiles mais pas encore dépendantes (sic !). La différence est d’importance. Quelle est alors, ici, la définition d’une personne âgée fragile ?

Selon ce même article et surtout selon ces sociétés à usage strictement financier (aucune n’a de perspective humaniste bien entendu) : il faut que ces personnes soient rentables mais sans exigence particulière de santé. « C’est une population exigeante, informée, connectée, qui veut vivre en ville »[3]. On croirait lire une pub pour téléphone portable. En fait, « rentables et pas chiantes » aurait dit l’homme simple. On ne veut pas ici de personnes qui « détonnent » dans les couloirs ou au restaurant. Comme cette dame que j’ai connue il y a quelques années, résidentes d’une de ces maisons luxueuses, et qui avait été exclue du restaurant car elle avait cette fâcheuse habitude de poser son dentier sur la table avant et après manger ; propriétaire de son appartement, la direction, n’avait pu, à son grand regret, la faire déménager vers un ehpad… Á qui se fier !

Selon l’économiste Jean-Hervé Lorenzi, nos sociétés cultivent la financiarisation de l’économie[4]. Ainsi, la finance qui normalement se doit d’être support de l’économie ne l’alimenterait plus qu’à hauteur de 20 à 30 %, le reste de ses dividendes ne servant que son propre intérêt. Il n’est donc pas étonnant que l’on s’attende à l’éclatement d’une bulle immobilière dans ce domaine particulier des résidences pour personnes âgées. «  D’ici quatre ans, le parc des résidences de services pour personnes âgées aura sans doute doublé »[5]. Car, quoi de plus irrationnel que la finance, l’appât du gain provoquant un vertige comparable à celui de n’importe quel autre produit addictif. La crise des Subprimes, en 2008, n’avait pas pour origine un geste d’humanité bancaire vers les ménages américains à faible revenu, afin qu’ils accèdent à la propriété de leur logement, mais uniquement la culbute financière, encore et encore, à l’infini… Mais l’infini dans un monde fini[6]

Nietzsche − contrairement à ce que l’on pense habituellement − avait bien de l’estime pour un homme dont la trajectoire, il y a deux mille ans, fut courte autant qu’importante ; il aimait à l’appeler le Nazaréen. L’histoire de la vie de Jésus est passionnante par bien des points et notamment à travers ses péricopes, ces anecdotes qui veulent dire beaucoup plus que la simple historiette narrative. Ici, deux de ces anecdotes nous intéressent. La main tendue à Marie-Madeleine. Marie-Madeleine, la putain. Celle qu’on traitait plus bas que terre, la lie de la société de l’époque. Bref, Marie-Madeleine, la fragile, la précaire. Marie-Madeleine, l’inutile. Quelle main sommes-nous encore capable de tendre à nos Marie-Madeleine et notamment à nos vieux ? Une main tendue pour le paiement, tant qu’ils leur restent un peu d’argent, on les pressera comme le citron de François Béranger[7]. Et, les marchands chassés du temple ? Pour le coup, les financiers ont pris l’entière possession du temple ; qui pourra à nouveau les en chasser ? Attention, celle-là ou celui-là qui s’y frotterait, comme le Nazaréen, risque la mort. C’est une des raisons qui rend nos hommes politiques aussi résilients à la main mise de la finance sur l’économie et au-delà sur la politique elle-même. La mise à mort de l’empêcheur de financer en rond. Car, c’est une pratique qui, sous toutes ses formes, est encore fort en usage de nos jours.

Le mouvement néolibéral, à l’œuvre depuis trente ans maintenant, a d’abord suspendu toute pensée politique pour asseoir, à sa place, la pensée économique, réduisant la première à la seconde ; puis cette dernière est, peu à peu et à son tour, muselée par le pouvoir financier. C’est pourquoi, il est plus difficile pour Jean-Claude Juncker d’envisager les difficultés de vie au quotidien des hommes et des femmes grecs que l’évasion fiscale des multinationales sur un axe Luxembourg-Panama. D’un côté des hommes qui cherchent seulement à vivre, de l’autre la finance « finançante », le choix institutionnel est vite fait !

Et, sachez-le, il n’y a pas d’autre voie possible. Puisqu’on vous le dit !

 

Alors, ouvrons l’œil, et méfions-nous de la bulle…

 

Christian Gallopin

[1] Isabelle Rey-Lefebvre« Les résidences pour seniors, eldorado des promoteurs », Le Monde, 10-11 avril 2016.

[2] « Tous les grands promoteurs se sont lancés : Pierre et vacances a, en 2007, acheté Les Senioriales, qui comptent déjà 52 immeubles ou village et 20 en projet ; Bouygues Immobilier a, fin 2014, pris une participation de 40% dans les Jardins d’Arcadie, du groupe Acapace, qui totalisent 21 résidences en service et 24 en projet, soit 1500 futurs appartement … », et aussi Aegide Domitys/Nexity, Vinci, Réside-Etude/La Girandière, Groupe Pichet, Villa Médicis, Montana, Cogedim etc., Ibid., p. 1 & 3.

[3] Selon Gérard Pinneberg, directeur de la communication des Sénioriales, Ibid., p.3.

[4] J-H. Lorenzi, Un monde de violences, l’économie mondiale 2015-2030, Editions Eyrolles, 2014.

[5] Le Monde, 10-11 avril 2016, p. 3.

[6] D. Cohen, Le monde est clos et le désir infini, Albin Michel, 2015.

[7] « Mamadou m’a dit, on a pressé le citron, on peut jeter la peau », F. Béranger, 1979.