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Le « marché du lit rempli » jusqu’à la fin de vie…et même après

rumeur

Il parait que nous sommes des professionnels engagés, disponibles aux enjeux cliniques et éthiques de nos différentes fonctions en EHPAD comme ailleurs.

Il parait qu’il faut lutter contre la maltraitance, et que tout sera fait pour un accompagnement global, adapté et progressif, en fonction de l’évolutivité et jusqu’au terme de la vie…mais après, que se passe-t-il après le terme de la vie, dans les EHPAD ?

Les temps qui suivent le décès de la personne accompagnée font partie de la démarche de soins palliatifs, dans le souci des autres, professionnels et entourage personnel du résident décédé, conjointement.

Comment accepter et comprendre, cette injonction faite aux familles de devoir transférer le corps du défunt, par les pompes funèbres, en chambre mortuaire, dans les heures qui suivent le décès, ne laissant à personne le temps de venir de province par exemple, pour se recueillir au chevet de son proche ?

Aucun texte ne règlemente une telle pratique, une telle violence.

Nous avons 48 h après le décès pour pouvoir emporter le corps sans mise en bière.

L’article R 2213-11 modifié par le décret n°2011-121 du 28 janvier 2011 art 15 du code général des collectivités territoriales précise : « Sauf disposition dérogatoire, les opérations de transport de corps avant mise en bière du corps d’une personne décédée sont achevées dans un délais maximum de 48 h à compter du décès »

Après 48h, le transport ne peut que se faire qu’après une mise en bière, mais toujours pas de déplacement obligatoire.

Les soins de conservation du corps peuvent se faire au domicile sans aucune difficulté. Mais toujours pas de chambre funéraire obligatoire.

Aucun texte n’oblige à un transport en chambre funéraire sauf si, selon l’ Art 2213-8-1, dans les 10 h, le chef d’établissement n’a pas trouvé de proches susceptibles de prendre en charge de l’enterrement.

Le corps du défunt peut rester dans la chambre, fenêtre et rideaux fermés, si la famille et/ou les proches le souhaite. Les plaques réfrigérantes ne sont pas obligatoires.

Les provinciaux ou les proches vivants à l’étranger ont le temps de venir, s’ils le souhaitent.

Ils peuvent se recueillir dans le lieu de vie de leur proche, là où il était lors de leur dernier passage, là où il a vécu.

La loi ne régule pas le temps du recueillement…mais les institutions le régulent dans l’arrachement, présentant l’anonyme service des chambres mortuaires comme incontournable.

Pourquoi de fausses règles nous sont-elles imposées, présentées comme des obligations légales, et nous forçant à un transport précipité du corps du défunt ?

Et pourquoi les représentations qui circulent sur le fait de garder un corps dans une chambre que ce soit vis-à-vis de l’hygiène ou de l’impact psychologiques pour les autres résidents ne sont-elles pas travaillées et déconstruites au profit du respect dû aux morts et à leurs proches ?

Pourquoi ?

Serait-ce parce que :

-Le transport en chambre funéraire coûte plus cher que des soins de conservation du corps qui donnent le temps du recueillement et de la réflexion dans l’organisation des hommages à rendre ?

– Ils sont d’ailleurs bien souvent proposés, ces soins, en sus de la chambre funéraire…double paiement. Qui refuserait… ?

…Vite, vite, « en chambre mortuaire, on n’a pas le droit de le garder ici, c’est la Loi, on est désolé»

-Le temps en chambre mortuaire a un coût, un coût élevé, un « prix de journée », là aussi.

Le marché du lit rempli et de la filière « obligatoire » de l’EHPAD à la chambre      mortuaire rapportent.

Rentabilité et maltraitance vont bien ensemble …et de manière analogue à la volonté de prétendre à l’urgence à enlever le corps du défunt, Un lit vide, est un lit qui coûte…un lit plein est un lit qui rapporte. Il parait, que des primes d’intéressement sont proposés à des médecins coordonnateurs engagés dans les établissements privés à but lucratifs dans lesquels ils travaillent, il parait… que dans ce contexte, c’est difficile alors de pouvoir penser l’accompagnement de suivi de deuil.

Le processus d’humanisation le plus puissant de l’homme est sans aucun doute la capacité qu’il a de rendre hommage aux morts, et cela devrait commencer dans sa dernière résidence, l’EHPAD.

 

Odile David