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De quoi  le terrorisme est-il le signe ?

On pourrait parodier  le langage  actuel des jeunes, et même des moins jeunes, et reprendre avec eux  cette expression : « J’hallucine », lorsqu’un comportement  les étonne ou les surprend.

Il est vrai que cela dépasse l’entendement.

D’ailleurs rien d’étonnant, puisque c’est l’entendement même qui est visé. Attaque des corps mais aussi de la pensée.   On n’en croit  pas nos yeux ni nos oreilles. Corps jeunes et vieux voilés et meurtris occupent la  scène.  Où sommes-nous donc ? Dans un lieu où règne  une pensée venue d’un autre monde sans symbolique,  avec un autre sens du réel, où  la vie n’est plus articulée à la mort,  car celle-ci  peut se  donner de façon erratique comme avec une baguette sinistrement magique. Cette mort donnée à l’innocent qui passe là par hasard sous couvert d’idéologie  vise  le sujet humain  dans son existence même, dans son passé, son présent et son devenir. Le terroriste tue la première liberté celle d’être né quelque part pour en faire une marque infâmante. Jeunes comme vieux, nous portons les signes de cette nouvelle infamie promue par une pensée meurtrière qui  redéfinit  la culpabilité  aussi bien que l’innocence.  On tire à l’aveugle sur des cibles. Si la vie en est atteinte,  le sens même de la mort en est également entamé : celle  de soi comme celle de l’autre. Tout saute ! Epuration successive de la vie sous toutes ses formes désirantes !  Attaque de la jeunesse et de la vieillesse, le terrorisme tente dramatiquement de briser l’histoire de chacun,  celles des nations, celle des générations et celle du sujet auquel on n’accorde d’existence qu’au prix d’une négation de sa propre  identité, de ses origines tout  en adressant son sacrifice à quelques dieux obscurs.

Cette terreur porte atteinte à la part mortelle et immortelle qui s’inscrit dans toute génération et qui se transmet  de l’un à l’autre, jeunes comme vieux,  au-delà des guerres et des différents malaises dans la culture. Les adolescents kamikazes qui courent au sacrifice sont ainsi recrutés par quelques gourous illuminés pour rendre impossible et impensable une vie commune entre nations, cultures, civilisations, langues, qui au-delà de leur différence se retrouve en passant d’une génération à l’autre.

Mais comment être le père et le  grand père d’un adolescent kamikaze ? Le terrorisme  tente de mettre un coup d’arrêt à cette transmission intergénérationnelle, il est le signe d’un meurtre perpétré à l’encontre d’un père déjà mort, au sens symbolique freudien. Pour les meurtriers djihadistes, le père reste encore à tuer et nous restons tous jeunes comme vieux  les cibles potentielles de ces meurtres  présents et à venir.

 

Patrick Linx