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Médecin traitant ou Médecin maltraitant ?

stéthoscope-et-prescription-médicale-22342112Il est vrai que nous n’aimons guère le mot « maltraitant » ou « maltraitance » qui est extrêmement galvaudé ces temps-ci. On n’entend plus que cela : des chartes, des congrès, des Diplômes d’Université lui sont entièrement consacrés.

Plus précisément consacrés à ce qui est présenté comme son symétrique inverse : la « Bientraitance ». Synthèse chimiquement pure du contentement de soi élaboré par des commissions technocratiques dont la signification est la suivante : nous sommes si bons de bien vouloir condescendre à « bientraiter » ces personnes âgées qui ont l’outrecuidance de ne pas « bien vieillir ».

Examinons cela : nous avons eu connaissance d’un certain nombre de cas d’EHPAD dans le Val de Marne où sont mises en place des procédures qui nous scandalisent. Il est possible que des faits identiques se produisent ailleurs, mais nous n’en avons pas connaissance.

Plusieurs médecins généralistes nous ont rapporté le fait suivant : l’administration de ces EHPAD décrète que le contrat de désignation par le patient de son médecin généraliste comme « médecin traitant » est désormais caduc et non avenu. Désormais il est décrété que le « médecin traitant » sera un médecin  gériatre désigné par l’EHPAD. En effet, depuis quelques années tout patient est tenu de désigner un »médecin traitant ». Il va de soi que c’est le patient qui désigne son médecin traitant, manifestant ainsi la confiance qu’il a en lui . Et non le médecin qui s’auto désigne.

Quelles en sont les raisons ? Ce sont des raisons officielles de restructuration de la chaîne des soins. Mais de façon officieuse, implicite, ou inavouée, voire inavouable : il y a là des accords entre les EHPAD et l’ARS (Agence Régionale de Santé) pour que les médecins généralistes libéraux, à terme, n’interviennent plus en EHPAD.
Mais le principal : est brisé là, avec une brutale autorité, le lien de confiance établi souvent de longue date entre le vieillard et son médecin. Ce qui sous tend cette décision autoritaire, c’est le point de vue selon lequel un vieillard dont les fonctions cognitives déclinent n’a plus à décider de quoi que ce soit.

Qu’il éprouve du plaisir à recevoir la visite de son médecin qu’il connaît depuis longtemps est sans importance : ce médecin traitant ( le médecin de famille, porteur de mémoire) qui reste un lien avec sa vie d’avant. Lorsqu’il se considérait comme un homme libre, acteur de sa vie.

Est signifié là qu’aux yeux de l’administration, le vieillard n’est plus rien.

Aux yeux de la société, il a été mis sous tutelle.

L’Administration joue pleinement son rôle : elle administre.

Finalement, la réalité de la « Bientraitance » dont on nous rebat les oreilles, c’est cela.

Comme dit Madame X., seule dans sa chambre, allongée sur son lit : « Ici, je suis dans une salle d’attente, pour ne pas dire une cellule. Les visiteurs ne peuvent être choisis, ils sont désignés, ils ont des laisser-passer. Mais par qui sont-ils délivrés ? »

 

 

Alain Jean, Maria Da Silva, Bernard Szelechowski sont médecins