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Sommes-nous des blogueurs populistes ?

 

La question peut paraître incongrue. Elle se pose néanmoins, tant la manière dont les termes populiste/populisme ont pris récemment une trajectoire particulière.

En effet le mot « populiste » naît, en premier, dans la seconde partie du XIXème siècle sous l’acception de « membre d’un parti, d’un mouvement politique, prônant des thèses socialistes », et ce, particulièrement en Russie[1]. Socialiste, également dans le sens ancien du mot, aux antipodes des postures de nos édiles actuels ou en place depuis trente ans, et au bord de l’agonie d’ailleurs. Il y a politiquement autant de commun entre Jean Jaurès et François Hollande qu’il peut y en avoir, en termes d’organe vocal et de pilosité, entre Vanessa Paradis et Ivan Rebroff. Le substantif « populisme » n’apparaitra, lui, qu’un peu avant la seconde guerre mondiale, là encore, à propos de la Russie.

Mais, depuis l’avènement des nationalismes de tout poil et en particulier ceux du XXème siècle qui, entre autre, allumèrent et enflammèrent le second conflit mondial, on parle aussi de national-populisme (jusqu’au tournant des années 1970 pour les régimes d’Amérique latine comme le péronisme suite aux travaux d’un certain Gino Germani, sociologue de son état) et le plus connu d’entre eux est sans doute un parti national-socialiste, et populiste, des travailleurs allemands. Dès lors, le populisme perd ses lettres de noblesse que caractérisait un souci du plus pauvre, du plus démuni, du moins puissant pour aller vers un sens absolument péjoratif, sous-entendu un parti musclé, souvent haineux qui manipule le peuple en lui faisant croire qu’il est son seul intérêt. Ainsi en est-il tout à la fois du nazisme en Allemagne, des fascismes italien ou espagnol et encore du stalinisme etc. Ni de droite, ni de gauche, le populisme dès lors germe et pousse sur le terreau des autoritarismes. Mais, depuis une trentaine d’années, le sens se modifie encore car bien que puisant toujours dans ces racines fascisantes et autoritaires qu’on lui a attribué – de force −, le terme s’applique désormais à tout ce qui n’est pas discours officiel et en particulier discours néolibéral. Synonyme de démagogie, principalement installée dans les mouvements d’opposition[2], comme le dit Annie Collovald[3] : « la catégorie renseigne moins sur ceux qu’elle désigne que sur ceux qui l’emploient ». Ceux qui trouvent préférable de négliger les classes qu’on nommait autrefois populaires pour aller vers des démocraties d’élites – plus ou moins capacitaires[4] voire censitaires[5] −. Dans l’article que Wikipedia consacre au populisme, Emmanuel Todd est cité : « Ce qui est dénoncé – à travers le mot −, c’est tout simplement le peuple et son droit à s’exprimer, par le vote, la grève ou la manifestation »[6].

Ainsi, dans la bouche de certains hommes politiques ou de certains journalistes, le populisme est tout ce qui n’accepte pas le consensus libéral, européen et des institutions en place – en particulier économiques −. C’est pourquoi le Front national y rejoint le Front de gauche – et embarque même au passage la psychopathologie d’un Donald Trump −. Pourtant, et même si on peut ne pas s’associer forcément à l’admiration béate et emphatique du leader de gauche pour certaines dictatures sud-américaines, et même si on ne souscrit à aucune des deux, reconnaissons qu’il y a un écart de taille et des différences significatives entre ces formations. Les mettre ainsi dans le même panier, celui du – nouveau −populisme, permet simplement d’annihiler leurs discours respectifs. En ne séparant surtout pas le grain de l’ivraie. En jetant résolument l’eau du bain et le bébé. Cela permet de ne pas entendre ce qui se dit depuis les personnes qui se reconnaissent pour de multiples raisons, rationnelles ou pas, dans ces mouvements d’opposition. Une fois qualifié de populiste, plus aucun argument n’est recevable[7]. Nous l’avons déjà dénoncé ici maintes et maintes fois, le discours unique servit à la table de nos sociétés contemporaines, le « There is no alternative », le « il n’y a pas de plan B, le « Es Gibt Keine Alternative », trouve évidemment à travers ces attributs réducteurs une manière pratique de disqualifier toute voix et toute pensée divergente.

Alors nous ? Nous qui nous intéressons, notamment dans le domaine de la vieillesse, aux moins disant, à tous mais en particulier aux plus pauvres, aux plus démunis, aux plus précaires. À ceux qui n’ont pas la parole. Aux vieux bâillonnés. Aux soignants plus ou moins abandonnés ou sous la coupe de hiérarchies toujours plus verticales. Nous qui critiquons certaines postures institutionnelles, le marché débridé et son ordre à l’œuvre de construction d’un consumérisme démesuré, ainsi que les collusions politico-économiques qui vont avec. Qui nous offusquons de certaines organisations d’accueil des personnes âgées dont la version obligée – prêt-à-porter et prêt-à-penser− est souvent à l’origine de souffrances pour les résidents comme pour ceux qui s’en occupent. Nous qui nous indignons du discours unique de l’ultralibéralisme sans contrepouvoir et sans contre-pensée. Qui regrettons la débâcle et bientôt la mise à mort du service public notamment hospitalier. Nous qui avons pour vocation d’être la mouche du coche du système en place. Sommes-nous des blogueurs populistes ?

Nul doute que le qualificatif nous soit un jour – peut-être déjà – attribué. Afin de nous faire taire, et ainsi discréditer le moindre de nos mots. Alors, populistes ? Pourquoi pas, si populisme renoue à s’intéresser aux gens de peu et à accompagner les souffrances populaires… en Russie ? En France aussi…

 

Christian Gallopin

[1] Rioux J.-P, sous la direction de, Les populismes, Tempus Perrin, 2007.

[2] Quelque part les sens déviants dont on a affublé le populisme sont à rapprocher de ceux qui ont, en leur temps et jusqu’à aujourd’hui, disqualifiés irrémédiablement les valeurs positives d’origine d’un autre mouvement celui de l’anarchie. Á n’en pas douter, pour des raisons à peu près similaires…

[3]Annie Collovald, Le « populisme du FN », un dangereux contresens, Editions du croquant, 2004.

[4]Le suffrage capacitaire est un mode de scrutin dans lequel le droit de vote est accordé aux citoyens en fonction de leurs capacités intellectuelles.

[5]Le suffrage censitaire est le mode de suffrage dans lequel seuls les citoyens dont le total des impôts directs dépasse un seuil, appelé cens, sont électeurs.

[6] Emmanuel Todd, L’illusion économique, Gallimard, 1998.

[7]Une journaliste, sur les ondes d’une radio diffusant de la musique classique sur fond de musique libérale, parlant il y a quelques jours de l’assemblée nationale où siège en majorité le mouvement En marche d’Emmanuel Macron, distinguait la grande majorité centrale de l’hémicycle, au seul discours crédible, et les deux extrêmes d’ultra-gauche et d’ultra-droite, sous-entendu inaudibles car populistes. Ainsi, soit on est libéral, de gauche ou de droite, ou bien-sûr libéral selon Emmanuel Macron – ni de gauche, ni de droite −, soit on est populiste. CQFD.

 

Les vieux, c’est trop !

Nous connaissons tous cet élément de langage, largement utilisé par les adolescents à l’origine, et pratiquement passé dans l’usage courant et pour tous, « c’est trop ! » Ainsi, c’est trop beau ! C’est trop bien ! C’est trop cool ! C’est trop classe ! C’est trop top ! Bref, c’est trop tout.

On pourrait seulement s’en amuser, et pourtant. Et pourtant rien n’est anodin et cette anti-litote, sentence hyperbolique et définitive, ne vient rien faire d’autre que dire quelque chose qui caractérise notre société contemporaine. Penser, c’est chiant ! Ainsi, une fois que j’ai dit que ce tableau est trop beau, que cette rose est trop belle, je ne peux désormais rien en dire de plus. J’ai atteint une sorte d’apothéose dans ma pseudo-description, et l’autre face à moi ne pourra ni surenchérir, ni argumenter ; si c’est trop, ça devient impensable. Puisque c’est trop, ça entre dans le cadre, jusque-là très fermé, des choses inconcevables.

Ainsi en est-il de l’infini. Si les mathématiques l’utilisent conceptuellement, il est, pour nous autres humains, inatteignable et personne n’a une représentation de ce qu’est l’infini, parce que l’infini, c’est trop. La mort aussi, autre pierre de touche intouchable, inaccessible, et impossible à imaginer autrement que sous la forme de prêts-à-penser plus ou moins idéologiques ou de croyances – ce qui revient au même −. Car penser la mort du côté de ses dimensions qualitatives, la penser « en vrai », nous est refusé, parce que c’est trop. Ainsi, tout ce qui désormais est qualifié par ce trop, tombe dans l’escarcelle de la non-pensée. Ce n’est pas par hasard. Fréquemment, on entend maintenant ce discours qui autrefois nous aurait semblé iconoclaste, « ah non ! S’il faut encore réfléchir ! » La télévision est à ce sujet paradigmatique. Si un Michel Foucault pouvait apparaître en son temps à Apostrophe et y développer une pensée complexe en prenant le temps de s’y attarder, les pseudos émissions littéraires à l’œuvre aujourd’hui ne sont que mises en scène au service d’auteurs boostant l’économie de marché des grandes maisons d’édition et si ce n’est pas le livre qui tombe des mains, c’est l’animateur qui nous endort.

Ainsi, invité récemment à un « plateau – repas (sic !) – débat » sur la « fin de vie » et « la vieillesse » (re-sic !), je suis resté stupéfait en lisant le programme – menu – concocté par le gentil animateur et néanmoins journaliste. Habituellement, je décline ce genre de cérémonie des Césars mais cette fois, par un concours de circonstances, je m’y trouvais piégé. Pas moins de treize sujets tous plus complexes et abyssaux les uns que les autres. La psychologie des individus à l’heure de la mort ou de la maladie grave, le vieillissement, l’Alzheimer, sous toutes ses déclinaisons : personnes concernées, entourage, historique et avenir, encadrement juridique etc. en passant par les Directives, évidemment anticipées, les tenants et aboutissants de la loi Léonetti devenue, mariage pour tous oblige, Léonetti-Claeys, la sédation terminale et le fameux « pour ou contre l’euthanasie », car il n’y a pas de raison de se priver, ici c’est fromage, dessert, café et pousse… Bref tout y était ! En deux fois 45 minutes, il s’agissait de (pseudo) débattre à douze intervenants, au sein desquels des partis aussi dissemblables que les associations de bénévoles d’accompagnement, celle vantant le prélèvement d’organe, France-Alzheimer et les idéologies irrémédiablement ressassées, au mot près de l’ordre du parti, par les apparatchiks de l’ADMD. On s’étonne presque de ne pas avoir vu venir éructer l’habituelle égérie contre la violence routière et Agnès Buzyn, invitée à nous parler du paquet de cigarettes à 10 euros.

Que s’est-il dit à cette table pas très ronde ? Trop. Que s’est-il pensé ? Rien, ou presque. Quels furent les arguments dûment pointés et développés pour que l’échange, avec une salle clairsemée, puisse vivre ? Aucun. Aucun, parce que trop, c’est trop. Le défilé incessant des multiples parleurs venus pour dire leurs messes ne pouvait évidemment qu’aboutir à une seule chose : la mise en scène de l’animateur et de l’animation (cela, à l’image des trop nombreux symposiums qu’on nous organise à la télévision et sensés commenter l’actualité – quand ils n’entendent pas l’expertiser −). Mais, en aucun cas il ne s’agissait effectivement de discuter véritablement autour des questions qui se posent concernant la place sociale et sociétale des personnes gravement malades ou des vieux – d’ailleurs, au nom de quoi, ceux-ci et ceux-là seraient-ils mis dans le même panier (repas) ? −.

On l’aura compris, le trop fait définitivement la part belle au manichéisme au dépens de la nuance. Si les assortiments de mezzés sont épatants pour ce qui est de goûter les variétés de la cuisine libanaise, leur transposition sur un « plateau débat » n’est en rien pertinente. On n’en sortit donc pas beaucoup plus interrogé qu’après une confrontation Le Pen/Macron. Peut-être parce que la maladie grave, les « derniers moments de la vie » (ce qui n’est pas non plus la même chose) ou les vieux, pour une société intellectuellement fatiguée, c’est trop !

 

 

Christian Gallopin

Cette vieillesse qu’il ne faut pas dire (suite)

 

« Babel », 2013 – céramique/agencement de 17 pièces (110x90x60 cm) @ Valérie Delarue

 

C’est tellement vrai ce que dit Michel Billé dans sa dernière  contribution au blog début Octobre.

Les mots disent tout d’une époque. « Les mots pour le dire » expression quasi pléonastique, car, effectivement les mots sont l’expression d’une façon de penser et d’une façon dont on voudrait que les gens pensent (ou ne pensent pas).

Les mots, enjeu essentiel. Peut-être, finalement, le premier de tous. Freud écrivait : « On commence par céder sur les mots, puis on finit par céder sur les choses ». Point n’est besoin de s’appesantir sur la liste des mots technocratiques de l’époque dont le seul objectif est de ne pas penser et de constituer un consensus autour d’une non pensée indiscutable et incontestable : bientraitance, bien-vieillir ( le trait d’union va bientôt disparaître, soyez en sûrs , et une époque si prolixe en créations de néologismes de cette nature est une époque idéologiquement louche à n’en pas douter), bienveillance. Le bien est partout, c’est décidément extrêmement louche.

Si l’on abandonne l’aspect général du discours dominant contemporain, pour examiner ce qui se dit sur la vieillesse, on y verra une alliance entre une absolue terreur et une absolue hypocrisie. Mariage monstrueux entre une prétention démesurée à ce que toute chose soit écrasée sous l’insupportable chape de plomb du technocratisme dont le discours se présente comme allant de soi ( ce serait le bon sens et le bon sens va de soi, ce serait l’émanation de la vérité objective) et une société dont l’unique et misérable idéal est le consumérisme et le jeunisme. D’ailleurs les vieux, dont il est impensable de prononcer le nom, sont des « seniors ». N’ont-ils pas leur salon ? Mais, ne nous y trompons pas : les « seniors » ne sont pas tous les vieux, ils sont des acteurs économiques et sociaux, ce sont ceux qui ont de l’argent pour consommer et participer à ce sinistre rituel mercantile dont l’argent est le suprême veau d’or. Les autres vieux, ce sont des « invisibles », çà ne peut être que des vieillards « fragiles » ou malades. En EHPAD ou alzheimerisés à toutes les sauces. Le DSM, autre émanation du technocratisme contemporain s’y emploie.

Naturellement, l’hypocrisie est de mise. Plus on a une chose en tête, plus on tente dans le discours qu’on adopte de camoufler ce qui est obsédant, d’autant plus quand cela terrorise. Tartuffe qui n’avait en tête que de posséder Dorine, ce qui est quand même plus réjouissant que de rayer les vieux de la carte, lui déclarait avec la benoite onctuosité qui le caractérise : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées ».

"Babel qu'on pourrait sous titrer; les langues, les mots" Alain Jean

« Babel déconstruite », 2013 – céramique (110x90x60 cm) @ Valérie Delarue

Les coupables pensées, Shakespeare, lui, n’avait pas peur de les aborder de face :

 

« Le monde entier est un théâtre

Où tous – les hommes, les femmes – sont de simples acteurs.

Ils y ont leurs entrées, leurs sorties, et chacun

Joue bon nombre de rôles dans sa vie, et les actes

Y délimitent sept âges. D’abord, le nourrisson

Qui vagit et vomit, dans les bras d’une nounou.

Puis, l’écolier geignard – face luisante le matin,

Cartable au dos – qui se traîne, lent comme l’escargot,

Jusqu’à l’école. Ensuite, l’amoureux qui soupire

Tel un soufflet de forge et d’une triste ballade

Chante le sourcil de sa maîtresse. Vient le soldat –

Plein de jurons étranges, barbu comme léopard,

Jaloux de son honneur, vif, prompt à la querelle –

Qui s’en va conquérir cette chimère qu’est la gloire

Jusque dans la gueule du canon. Puis, c’est le juge –

Ventre bien arrondi, doublé de bon chapon,

L’œil sévère et la barbe en forme et bien taillée,

Plein de sages dictons, d’exemples rabâchés –

Et tel, il joue son rôle. Le sixième âge figure

Le vieillard de la farce, tout maigre et en pantoufles,

Sur le nez : les bésicles, au côté : l’escarcelle ;

Ses chausses d’adolescent, bien conservées, ballottent

Sur son maigre mollet, et sa voix mâle et forte,

Retrouvant le fausset du gamin, a le timbre

Flûté et chevrotant. Le tout dernier tableau,

Qui clôt cette chronique étrange et mouvementée,

C’est la retombée en enfance, l’oubli total –

Sans dents, sans yeux, sans goût, sans rien du tout. »

 

 

Alain Jean

NB: Babel, qu’on pourrait sous-titrer: les langues, les mots

Cette vieillesse qu’il ne faut pas dire…

 

 

Qu’il ne faut pas dire, dont il convient de ne pas parler, qu’il ne faudrait jamais appeler par son nom. Ne prenez jamais le risque de dire à quelqu’un qu’il a vieilli, qu’il est vieux ou même qu’il fait vieux… Si de plus ce quelqu’un est une femme et que vous osez lui dire qu’elle est vieille ou qu’elle fait vieille, vous passerez pour un goujat de première… Vieux et vieille sont devenus des qualificatifs péjoratifs auxquels il est de bon ton de préférer senior, aîné, ancien et autres euphémismes… On ne dit pourtant pas la même chose en employant un mot plutôt qu’un autre… Alors comment parlons-nous de la vieillesse, de celle des autres et de la notre déjà présente ou à venir? Quel est donc le mot pour dire la chose ?

Souvenons-nous…

« Madame, quel est votre mot,

« Et sur le mot et sur la chose?

« On vous a dit souvent le mot,

« On vous a fait souvent la chose,

« Ainsi de la chose et du mot

« Pouvez-vous dire quelque chose.

« Et je gagerai que le mot

« Vous plaît beaucoup moins que la chose! »

Dans ces quelques vers pour le moins suggestifs, l’Abbé de l’Attaignant, poète galant du 18ème siècle, dégustait le plaisir coquin de parler de « la chose » sans la nommer, de la suggérer pour la rendre plus présente… La sexualité est alors parfaitement tabou, il convient exactement de ne pas la nommer…

Risquons alors une transposition, légèrement adaptée à propos de la vieillesse, sujet devenu exactement tabou : cela pourrait donner:

Madame quel est votre mot

Et sur le mot et sur la chose?

On vous a dit parfois le mot

Vous vivez forcément la chose,

Ainsi de la chose et du mot

Pouvez-vous dire quelque chose.

Et je gagerai que le mot

Vous plaît beaucoup moins que la chose!

Oui sans doute le mot vous plaît moins que la chose parce que la chose, la vieillesse, au delà de toutes les difficultés qui accompagnent parfois l’avancée en âge, vous permet de vivre de belles choses, de belles rencontres, amicales, amoureuses mêmes, érotiques peut-être même, alors que le mot vieux, vieille, vieillesse, tel qu’il est actuellement employé, vous renvoie de vous-même une image dévalorisée et dévalorisante, vous n’avez le droit de vieillir qu’a la condition de rester jeune…

Le poète libertin poursuivait son évocation de la chose et du mot:

« Je crois même en faveur du mot

« Pouvoir ajouter quelque chose

« Une chose qui donne au mot

« Tout l’avantage sur la chose

« C’est qu’on peut dire encore le mot

« Alors qu’on ne peut plus la chose…

« Et, si peu que vaille le mot,

« Enfin, c’est toujours quelque chose! »

 Il se pourrait que, s’agissant de la vieillesse, les « choses » s’inversent largement… Il se peut effectivement qu’un jour, de redoutables troubles du langage, une aphasie, une dégénérescence cognitive, m’empêchent de trouver les mots… Et pourtant je vivrai la « chose vieillesse »… jusqu’au jour où…

Alors, il a raison, peut être, le libertin poète:

« De là, Je conclus que le mot

« Doit être mis avant la chose

« Et que pour le temps où le mot

« Viendra seul, hélas, sans la chose,

« Il faut se réserver le mot

« Pour se consoler de la chose! »

Résumons: je vieillis, tu vieillis, nous vieillissons… Alors je suis vieux, tu es vieille, nous sommes vieux ou nous ne tarderons pas à l’être, revendiquons le et profitons en parce que:

« Le temps s’en va, le temps s’en va ma Dame

« Las! Le temps non, mais nous nous en allons,

« Et tôt serons étendus sous la lame,

« Et des amours desquelles nous parlons

« Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle

« Donc aimez-moi cependant qu’êtes  belle! »

Pierre de Ronsard « Sonnet à Marie ». 1555.

 

Michel Billé

 

Illustration de Pascal Convert, blog:

http://www.pascalconvert.fr/histoire/joseph_epstein/sculptures.html

EHPAD, mon amour…

ou l’EHPAD, comme lieu propice aux innovations sociales.

Ce billet est issu d’un double rebond.

D’abord suite à l’article stimulant de Jérôme Pellerin « Gardons nos EHPAD et faisons mieux  » ; ensuite à une rencontre avec Hélène Leehnardt et Bernadette Paul Cournu quant à un projet de livre pour recenser et surtout comprendre les dynamiques des expériences innovantes hors (habitat partagé, etc.) et à l’intérieur des EHPAD. Ce que nous nommons utopies concrètes.

Mon titre quelque peu provocateur vise à interpeller sur les conditions qui pourraient faire de ce type d’établissement un lieu de vie aimable et proposer certaines pistes. Aimable ? Convenons que la tâche sera ardue tant les raisons qui amènent quelqu’un dans cette institution sont rarement de l’ordre du consentement et donc peu réjouissantes.

Ce non consentement est complexe puisqu’il concerne successivement :

– le refus de vieillir. Il y a dans notre fonctionnement psychique à tous une non acceptation de vieillir ; « mal » c’est sûr, mais aussi « bien ». En cela, il y a toujours nécessité d’un travail complexe d’élaboration psychique, car compte-tenu de notre tendance à la répétition, qu’y a-t-il de plus difficile que transformer un rejet d’une réalité en son acceptation ?

– le refus de la situation de dépendance et la béance régressive qui se profile.

– le refus de quitter son domicile, autant seconde peau que dépositaire de nos histoires intimes, bref une part de notre identité.

– le refus d’une vie collective et collectiviste avec des inconnus. Autant peur de l’inconnu que de la mort en perspective.

La seule réponse institutionnelle, à notre avis, qui puisse échapper à la logique dysphorique et close évoquée ci-dessus sera celle d’un lieu à inventer donc à investir, pour chaque personne.

Je précise que mon propos n’est pas de porter critique sur les EHPAD, certains écrits sur ce blog l’ont déjà faite, de manière pertinente. Il n’est pas non plus d’épingler les équipes en EHPAD, prises qu’elles sont dans un engrenage. Lors d’une participation à une table ronde le 16/9/2017 proposée par la radio « Là-bas si j’y suis », les propos d’Anne Sophie Pelletier aide-soignante et représentante de l’équipe des Opalines en grève des mois durant, traduisaient combien les revendications portaient autant sur « plus » de personnel, mieux payé, que la possibilité de s’occuper dignement des vieux. Dignement pourrait se traduire par donner du sens.

Questionner le social en EHPAD

Un EHPAD est une structure médico-sociale du secteur gérontologique, tout comme les foyers logements, les maisons de retraite pour personnes non dépendantes (EHPA) , les  (SSIAD),Services de soins, d’aide et d’accompagnement, les services d’aide à domicile.  Pour qui a rencontré toutes ces structures, ce qui distingue l’EHPAD des autres, c’est l’omniprésence du sanitaire et la faible part du social.

Le terme « médico » traduit une logique médicalisée et sanitaire qui voisine avec le mode de fonctionnement hospitalier. Actuellement l’hôpital fonctionne comme une entreprise, avec le même management, le même souci de rationalité économique où chaque acte équivaut à un tarif, or il est difficile de tarifer la relation humaine. Mais après tout un hôpital, on n’y fait essentiellement que passer, et notre cours de vie se poursuit ensuite.

La relation humaine dans un EHPAD est l’oxygène, l’unique intérêt de chaque journée.

Or on y reste durablement jusqu’à la fin de vie. Le jour où une entrée en EHPAD ne sera pas un équivalent de fin de vie, quelque chose aura radicalement changé. Je me souviens d’une situation où nous avions réussi en équipe à soutenir le désir d’une résidente à retourner chez elle, en province, malgré les réticences et résistances du système, quelque chose de la dynamique institutionnelle avait alors changé…pour quelques semaines ! Banal et exceptionnel, tout à la fois.

L’autre terme définissant la structure EHPAD est donc le social, mais admettons-le, un social assez particulier, puisqu’il est enclos, le plus souvent. Il s’agit d’un milieu artificiel avec un langage particulier, on évoque « un vieillissement hors sol », d’une micro société très complexe puisque structurée par une somme de textes, de vérifications et de lois, à laquelle le vieux et sa famille doivent s’adapter. S’adapter veut dire que l’effort accompli est essentiellement à la charge de la vieille personne… A moins qu’on ne s’y formate, on pense au faux self de Winnicott.

Ce social est essentiellement collectif, voire collectiviste (un système où la communauté prime sur l’individu), bref un environnement hébergeant des vieilles personnes qu’on nomme « dépendantes » et des professionnels divers, de passage. A aucun autre moment de la vie, nous ne sommes confrontés à de telles conditions, et par exemple, les internats pour lycéens sont loin d’avoir ce niveau d’hyper-organisation. Voilà le terme, actuellement un EHPAD est une hyper-organisation.

Si nous devions esquisser une définition du social ? Ce qui fait société/ Hors de soi.

L’EHPAD et l’innovation…sociale.

L’innovation est partout, dans l’air du temps, les slogans, les projets, devenu le signifiant de la modernité et même un équivalent de la jeunesse. Il s’agit le plus souvent d’une innovation scientifique et technologique, robotique, numérique. Elle est présentée comme une solution à des problèmes divers, économiques, humains, médicaux etc. Ici notre position est proche de Bernard Stiegler pour qui l’innovation est un « pharmakon », à la fois remède et poison.

D’autres secteurs de l’activité humaine fabriquent, inventent, créent ce qu’on nomme l’innovation sociale qu’on pourrait définir comme « un processus mis en place dans le but de changer les pratiques habituelles afin de répondre à une situation sociale jugée insatisfaisante à un moment donné, dans un lieu donné ».

Un peu partout, des expériences de terrain fourmillent pour répondre d’une manière singulière à certaines questions que le vieillissement pose. Beaucoup de structures alternatives au modèle dominant (vieillir le plus longtemps chez soi puis EHPAD). Des expériences inventives, mais toujours locales et isolées et trop peu reproductibles.

Quand on compare ces initiatives, qu’en ressort-il ?

Ce sont des lieux à taille humaine. La vie en commun et son organisation y fait la part belle aux interactions individuelles.

Des lieux qui ont été pensés par les concepteurs, les professionnels, parfois même par les vieux eux-mêmes. Avec à chaque fois un processus qui institue et qui semble procurer tant de satisfactions.

Ce sont des lieux où ces vieilles personnes accueillies sont encore enracinées dans un territoire connu et partagé par elles.

L’habitat y est partagé. Et non pas un lieu d’hébergement. Cela dit beaucoup.

La dimension intergénérationnelle est toujours là soit dans le projet directement, soit dans l’ouverture de ces lieux à l’extérieur. Car faut-il le rappeler cette dimension d’altérité par l’âge n’est possible qu’en ouvrant sur la ville, la campagne.

De fait, le fonctionnement y est participatif et contributif ; concrètement chacun y apporte une part même minime. Et le prendre soin s’accompagne d’une parole sociale, c’est-à-dire une parole citoyenne. Une parole citoyenne en EHPAD, on croit rêver.

Et de fait la réponse aux troubles démentiels, aux atteintes cognitives n’est pas simplement sanitaire, comportementaliste et sécuritaire mais aussi sociale.

La liste de ces invariants n’est pas close, bien sûr, mais soulignons un point central : Ce sont des lieux ouverts, dans la philosophie comme l’esprit. Certains y habitent, d’autres y travaillent ou sont en visite.

Aussi la conception et le fonctionnement de chaque EHPAD devrait intégrer et traduire concrètement et administrativement les principes :

– d’ouverture sur le territoire.

– d’innovations et d’invention, sans directives…

– de contribution. Ces aspects devraient devenir des éléments de base de ces futurs EHPAD(qui ne s’appelleraient plus ainsi)?

Utopie ?

Non, utopies concrètes.

 

José Polard

 

Pour aller plus loin:

Familles solidaire: http://familles-solidaires.com/

Merci à Hélène Leenhardt qui me signale ce catalogue des innovations:

file:///C:/Users/auchan%20pc/Desktop/livre%20utopie%20concrete/150917_etude_vieillissement_catalogue_innovation_complet.pdf

Le choix des mots, la mesure des gestes, pour une vie psychique.

L’Homme est un être de langage selon F. Dolto, en ce sens que tout « veut dire »[1]. L’être humain est en devenir de manière singulière selon qu’il est touché, nommé, ou encore regardé, considéré, et ainsi structuré dans son ensemble. L’enfant devient par ce chemin une personne, et qu’en est-il pour les plus vieux?

Chaque personne dite « âgée » est déjà nommée comme telle ce qui la dote d’une histoire, d’expériences, d’un savoir unique sur sa propre existence. Cependant, lorsque intervient une maladie, une déficience, des troubles cognitifs handicapants et l’ordonnant à la dépendance d’autres, le sujet dit « âgé » est réduit à cette place [3]. Si exiguë, qu’il en vient parfois à exprimer son unicité au travers de comportements décalés de sa convenance habituelle, adoptant des « troubles du comportement », ou plutôt des gestes sociaux troublés au regard de son équilibre et de l’ordre normatif [2].

Qu’en est-il du sujet dès lors qu’il est étiqueté comme étant « agressif », quel regard est-il dès lors porté sur lui, comment se développe-t-il ? Quel équilibre peut-il trouver dans ce mode d’expression? Peut-on suggérer qu’il est en premier lieu l’objet d’agressivité, notamment normative?

Le langage, et sa communication, qui traverse la vie du sujet participe à la structuration de son narcissisme, instance psychique qui se construit directement en lien avec l’extérieur, et notamment la qualité relationnelle, et ce, tout au long de la vie.

L’enfant que F. Dolto soignait était cet être qui souffrait de devoir être parfait, sage, et suivre la vocation parentale de les satisfaire. Cette tendance éducatrice peut se retrouver dans certains systèmes familiaux et institutionnels qui voient d’un bon œil que le vieux reste bien assagi de tout élan vital, plutôt apathique que contestataire, sans histoire. Quelle amnésie !

Vivre au même endroit car « âgés et dépendants » est-ce si raisonnable que cela ? Les signalements d’âgisme se font progressivement [3]. Un homme résidant au sein d’un EHPAD m’avait formulé sa réflexion: « pourquoi ne pas appeler ça des maisons de vieillesse ? Nous sommes tous vieux ici ! ». Serait-ce le propre de l’Homme que de chercher les dénominateurs communs qui le relient aux autres?

Est-il possible d’envisager vivre, ou faire vivre son proche, dans un établissement hébergeant uniquement des personnes communiant dans l’âge et la dépendance? Son devenir, son « projet de vie » en devient évalué et « giré » [4].

La progression de la dépendance étant souvent vécue dans le désespoir, à cela s’ajoute l’étau que forme ces « ghettos » comme certains « résidents » peuvent les nommer. Assignés à résider au sein d’un corpus sécuritaire où règne l’enfermement, la privation de libertés individuelles et intersubjectives. Car « On » (les spécialistes) sait ce qui est bien pour l’autre. Lieux d’exclusion, sources d’anxiété et générateurs de conduites phobiques, desquels il paraît plutôt sain de chercher à partir.

Alors une prise de conscience que certains maux sont liés à des abus de Langage propose concrètement de délivrer de nombreux et douloureux « mal-entendus ».

Cécile Bacchini

 

  • [1] Tout est langage, Edition Gallimard, Paris (1994)
  • [2] Les échelles et inventaires neuropsychiatriques s’attachent à les repérer (CMAI, NPI…)
  • [3] Âgisme: ensemble de discriminations liées à l’âge; selon le Glossaire du site Stop Discriminationpublié par l’Union européenne, l’âgisme est un « préjugé contre une personne ou un groupe en raison de l’âge ».
  • [4] en référence au GIR, Groupe Iso Ressources, indiquant le niveau de dépendance

Illustrations, y compris sonores: J.Polard

Ça y est je suis vieux…

 

Bien sûr quelques mauvaises langues ne manqueront pas de me faire remarquer que cela fait déjà quelques temps que je suis vieux… D’autres, peut-être plus aimables ou moins perspicaces, se garderont de prononcer des verdicts aussi rapides…

Bref, une récente histoire très personnelle m’a placé, bien malgré moi devant cette évidence, ça y est je suis vieux… Ça m’énerve mais je suis bien obligé désormais de l’admettre je suis brutalement devenu vieux et pas simplement parce que mes proches, mes amis, ma famille ont eu la gentillesse de fêter mon changement de dizaine de belle et tendre manière.

Déjà, il y a quelques mois, bricolant à l’extérieur de la maison, j’ai dû faire une maladresse ou une imprudence, mon échelle a glissé… J’ai fait une chute sévère, finalement sans conséquences dramatiques, mais mon entourage bienveillant, depuis, ne manque pas, dès que je commence le moindre travail manuel, de me prodiguer des recommandations de prudence: fais attention, n’en fait pas trop, tu devrais te faire aider, ce genre de choses tu devrais le faire-faire, il fait chaud, pense à boire, de l’eau bien sûr… C’est drôle, il y a peu encore on se serait réjoui de mes talents de bricolage et du fait que, justement cela permet d’éviter de faire-faire…

Et puis tout récemment une drôle d’idée me traverse l’esprit: je suis en vacances, seul chez moi, il fait un temps splendide, j’ai besoin de repos, de recueillement même… Je décide de descendre dans mon jardin, un moment seul au bord de la rivière qui le longe et, pour en profiter pleinement, je laisse volontairement mon téléphone…

Tout se passe bien pour moi en tout cas… Mais pendant que je savoure ma solitude à laquelle je trouve, comme disait La Fontaine « une douceur secrète[1] » mes proches essaient de me joindre, d’urgence… Quelque chose de grave est arrivé à Barcelone, un attentat odieux, abject, terroriste, insupportable et plusieurs de mes proches, sans être blessées physiquement sont sur les lieux et vivent l’horreur… Elles essaient de me joindre, normal! Je ne réponds pas! Que se passe-t-il? Elles alertent des amis, ils viennent jusque chez moi, ma voiture est là, je ne réponds ni au téléphone ni à la sonnette de l’entrée de la maison. Que se passe-t-il ? Que m’est-il arrivé? Une chute, un malaise, pire peut-être…

Finalement, pour boire un verre d’eau, je remonte et vais ouvrir la porte à ces amis qui sonnent, inquiets, très inquiets… « Ben alors? Qu’est qui se passe? Pourquoi tu ne réponds pas? On allait appeler le SAMU et la police pour forcer la porte… »

Bref, tout s’arrange et s’arrangera, du moins pour nous, le temps fait son œuvre et l’angoisse des uns et des autres s’apaisera. Les blessures des uns et des autres deviennent lentement plus supportables, sont soignées… Chacun prend conscience de la chance qu’il a d’avoir des proches, des amis capables de se mobiliser, de veiller, d’être attentif…

Un malaise me reste pourtant de façon continue… Imaginons qu’un homme de quarante ans, cinquante ans même, allez soixante ans, ait décidé de passer deux heures sans son téléphone… Je parie qu’il ferait alors l’admiration des uns et des autres… On parlerait de lui comme d’un homme, libre, indépendant, capable de résister à la tyrannie de ces technologies qui nous asservissent tant nous en sommes devenus dépendants…

Et moi? Mes quarante ans sont loin, les dizaines s’ajoutent, s’empilent, j’en ai conscience et tout va bien, j’ai cette chance, tout va bien… Pourtant ça y est dans le regard des autres je suis vieux! Moi si je ne réponds pas au téléphone ce n’est pas une affirmation de ma liberté mais un aveu involontaire de ma faiblesse liée à mon âge… « C’est dans le miroir des autres que, parfois, on se reconnaît », disait J. Prévert… Involontairement je me suis regardé dans ce miroir et j’ai bien compris ce qu’il me disait… Ça y est tu es vieux!

Décidément comme le suggérait Jean Cocteau, « les miroirs feraient bien de réfléchir avant de renvoyer les images »…

 

Michel Billé.

[1] Jean de La Fontaine: “Le songe d’un habitant du Mogol » Livre 6 fable 4.

« Solitude où je trouve une douceur secrète, 
« Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais,
« Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ? »